X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
Jackie Stewart, un styliste au volant

Jackie Stewart, un styliste au volant

Présenté par Rolex
Par Lionel Froissart , le 24 mai 2016

Cent Grand Prix ont suffit à l’Écossais Jackie Stewart pour se bâtir un palmarès exceptionnel en Formule 1, dont un record de 27 victoires. Chantre de la sécurité sur les circuits et virtuose du geste parfait, Sir Jackie reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux stylistes du pilotage, capable de dessiner sur la piste des trajectoires aussi radicales qu’efficaces.

Les caméras embarquées dans les monoplaces de Formule 1 n’existent pas encore. On parle du siècle dernier, au début des années 1970, une époque glorieuse de la course automobile – terriblement meurtrière aussi – au cours de laquelle les pilotes sont regardés comme de nobles chevaliers. Les volants de leurs frêles bolides ne sont pas encore des ordinateurs délivrant une multitude d’informations provoquant d’incessantes manipulations. Les cockpits grands ouverts des monoplaces laissent deviner le moindre de leur geste. Du bord de la piste, on devine alors, au surgissement d’un gant au sommet du volant, le coup de poignet décisif et précis. Lorsqu’une seule main apparaît, on sait que le pilote est en train de manier le petit levier de vitesses situé à sa droite, d’une précision diabolique mais dont le bon maniement relève du grand art.

Étonnement, pour certains pilotes, tout cela paraît assez simple. L’Écossais Jackie Stewart donne cette impression de facilité. Lorsqu’il est en action, on ne voit pas souvent ses gants sortir du cockpit. Il est le parfait gestionnaire de ses gestes qui collent à son état d’esprit. De l’efficacité avant tout, pas de mouvements inutiles. Lui-même, qui arbore fièrement le tartan écossais sur son élégant casque blanc, rappelle avec humour le naturel économe des Écossais.

Jackie Stewart, rouflaquettes généreuses, cheveux mi-longs, démarche aérienne et sautillante, appartient à cette catégorie que l’on appelle alors les stylistes. Helen, sa femme, longiligne blonde à la silhouette de mannequin n’est jamais très loin. Assise sur une chaise pliante, chronomètre en main, pour constater que son pilote de mari, malgré son style dépouillé, est bien le plus rapide de la meute. 

Aujourd’hui, on ne parle plus de styliste. Non pas qu’ils n’existent plus, mais la Formule 1 moderne ne met plus en valeur cette notion de fluidité et de maîtrise dans le geste. L’œil électronique des caméras déforme la réalité. Créer une confusion en laissant imaginer que la complexité du réel peut s’apparenter à la facilité virtuelle des jeux vidéo.


Jackie Stewart lors du Grand Prix de Monaco en 1971.

Concernant Jackie Stewart restent donc les témoignages et les images d’époque. Aujourd’hui encore, l’intéressé lui-même sait mieux que quiconque transcrire et transmettre ce que fut le pilotage en son temps. Un jour, l’Écossais a comparé la relation qu’il avait avec sa machine à celle qu’il est possible d’avoir avec une femme. À la douceur parfois teintée de détermination dont il faut faire preuve pour la conquérir. Pour Stewart, le pilotage doit être un savant dosage de douceur, de sensibilité et d’une certaine virilité. Comme tous les artistes, il a été inspiré par un maître. Le sien fut son compatriote Jim Clark, l’un des plus grands stylistes que la course automobile ait connu. Stewart reconnaît l’avoir plagié à la perfection dans cette expression du geste juste qui fait se tendre au maximum ses trajectoires jusqu’à donner l’impression de ne jamais aller assez vite tout en lâchant inexorablement ses poursuivants.

Dans l’habitacle de sa monoplace, Stewart le vit ainsi dans son cockpit, tenant fermement son volant, voyant défiler le paysage derrière la visière de son casque comme un film dont le défilement ralentit à mesure que le rythme augmente. C’est un gage d’efficacité et de maîtrise. Il peut alors soigner ses trajectoires et dessiner des arabesques pures dans chacune des courbes que son bolide franchit sur le fil de l’équilibre.

C’est bien connu, pour être reconnu, un artiste doit laisser derrière lui une œuvre, une « masterpiece ». Si au fil de sa carrière en Grand Prix, Jackie Stewart a peint quelques chefs-d’œuvre éphémères, certains sont restés dans les mémoires.

Dans son autobiographie Gagner ne suffit pas, Jackie Stewart reconnaît que certaines de ses 27 victoires lui sont particulièrement chères, souvent à cause de la manière. Ainsi, ce triomphe – le mot est faible – obtenu dans l’angoissant brouillard allemand du Nürburgring, en août 1968. Un circuit long de 22 kilomètres et truffés de 171 virages comme autant de pièges. Cet après-midi là, Jackie Stewart au volant de sa Matra relègue son premier adversaire à quatre minutes... Oui, 240 secondes ! Une éternité à l’échelle de la Formule 1. Quatre minutes qui valent bien les 25 secondes d’avance pour s’imposer sur le tourniquet de Monaco en 1971, alors que Jackie Stewart a pris le départ de la course en sachant qu’il n’a pas de frein sur l’arrière de sa monoplace. L’Écossais a constaté cette défaillance mécanique sur la grille de départ. Trop tard pour renoncer. Avec le recul, le lieu est assez symbolique. Il faut avoir vu le film que le réalisateur Roman Polanski a consacré à son ami pilote pour comprendre ce qu’est la science du pilotage de Sir Jackie Stewart. Un film tourné en Principauté justement. Il faut écouter les deux hommes deviser tranquillement au bord de la piste pour comprendre que le triple champion du monde écossais possède peut-être le coup d’œil « absolu ». Un regard entraîné – et un œil droit toujours mi-clos – par des années passées à défendre les couleurs de son pays au ball-trap. Ce que son œil voyait, son cerveau le traduisait en un geste  transmis au volant. Le geste parfait.


La princesse Grace remet le trophée à Jackie Stewart au Grand Prix de Monaco en 1971.

 

 

lire le magazine

IMAGE LAFC STORY

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.