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Le football fait son entrée au Mucem de Marseille

Le football fait son entrée au Mucem de Marseille

Par Carine Lepied , le 11 octobre 2017

Et si nous mettions de côté tout ce qui gravite autour de la sphère football, le foot-business, la starification des joueurs, pour revenir à l’essentiel, un sport qui fait vibrer les foules ? L’exposition « Nous sommes foot » au Mucem à Marseille lui rend un bel hommage et nous permet de cerner le football dans toutes ses dimensions.

Quelle autre ville que Marseille pouvait accueillir une exposition sur le football ? Le magnifique Mucem continue son exploration des cultures populaires et met cette fois un coup de projecteur sur la planète football. L’exposition est divisée en 11 sections et se visite en 90 minutes bien sûr !
Avec près de 400 œuvres, objets et photos collectés d’un bout à l’autre de la Méditerranée pendant 4 ans, Nous sommes foot explore l’univers du football au fil de trois grandes parties : « Passions », « Engagements », « Mercatos ».

Avec une scénographie très pertinente réalisée par le collectif espagnol Democracia, le visiteur est invité dès l’entrée à se débarrasser de tous les a priori souvent sombres que véhicule le foot, en pénétrant dans une sorte de vestiaire, de sas anti-foot. Au mur, des unes sarcastiques de Charlie Hebdo et une citation caustique de Pierre Desproges qui pose l’ambiance : « Les hémorragies cérébrales sont moins fréquentes chez les joueurs de football. Les cerveaux aussi ! ».

Le visiteur entre ensuite dans un vrai stade de foot et se frotte avec bonheur à cette passion animant les jeunes joueurs souvent supporteurs, qui exposent dans leur chambre-sanctuaire des écharpes et objets de clubs, collectionnent les images Panini, vivent et respirent foot. Sur les murs également, des images de clubs amateurs où l’on retrouve par hasard un visage familier, celui de Zidane tout jeune dans les années 80, sous le maillot de l’US Saint-Henri. Et au fil des vitrines, de beaux trophées chargés en émotion, la Coupe du monde de 1998 ou le Ballon d’Or de 2007. 

Chambre d'un adolescent supporter, Mazaugues  ©  Yves Inchierman/Mucem

Il est ici question de passion. Celle de tous les gamins, qu’il soient nés en Algérie, en Espagne ou en Turquie, et qui jouent avec des « ballons de peu » comme les appellent les commissaires de l’expo Florent Molle et Gilles Perez. Ballon improvisé en plastique ou « ballon-crâne » en Bosnie-Herzégovine. L’exposition est très sonore, comme l’univers du foot. Nourrie de sons, de bruits de stade, d’images de supporteurs qui donnent au spectateur la sensation d’être au milieu d’un match dans une ferveur quasi religieuse.

Cette passion universelle se transmet de génération en génération. Nous sommes foot consacre par exemple une grande enquête aux racines du mouvement des Ultras – ces super supporteurs qui dédient leur vie au football –, né dans les années 60 en Italie. Le visiteur peut ainsi voir exposée cette étonnante caisse réalisée en 1972 par un groupe d’ultras italiens contenant huit klaxons de Fiat 500. Sans oublier des éléments collectés dans les archives du Commando Ultra né à Marseille en 1984.  

Caisse de klaxons, Latina, Italie, 1972  © Yves Inchierman/Mucem 

L’univers du football renvoie également une image de violence et de fanatisme. Le visiteur peut ainsi faire le choix ou non d’entrer dans une sorte de cage, métaphore matérialisée du hooliganisme où l’on retrouve exposée une barre de fer collectée pendant l’Euro 2016 dans les rues de Marseille lors d’affrontements extrêmement violents entre supporteurs. « On a voulu dépasser la simple exposition de maillots, de chaussures pour parler d’autre chose. Montrer que le football est un reflet de la société, de ce que l’on vit aujourd’hui. Avec cette exposition, nous défendons l’idée d’un musée comme outil politique et social. Un outil que le public doit s’approprier pour prendre un certain recul, avoir un esprit critique » explique Florent Molle, l’un des commissaires de l’exposition en charge du sport au Mucem depuis 2013.

L’expo aborde le « foot-business » avec la partie « Mercatos ». Des années 60 où un joueur de foot ne gagnait pas plus qu’un ouvrier qualifié à l’arrêt Bosman qui libéralise la circulation des joueurs en 1995. Le football devient peu à peu une marchandise et le footballeur une figure people. On retrouve aussi au détour d’une vitrine la marionnette de Zidane des Guignols de l’Info, de vieilles affiches ou des pochettes de disque comme celle de Allez les Verts qui renvoient le spectateur à une époque où le foot n’était qu’un sport plaisir.

Les affaires de corruption sont bien sûr abordées avec une œuvre qui met Sepp Blatter derrière des barreaux ou ce graffiti de l’artiste brésilien Paulo Ito qui montre un enfant affamé, en larmes. Au cœur de sa favela, il ne possède rien, et il apprend le prix exorbitant de l’organisation de la Coupe du monde 2014. Cette œuvre mondialement connue a été installée sur la façade d’une école au Brésil.   

"Starving boy with football" de Paulo ito,  Sao Paulo, Brésil, 2014 © Paulo ito

Peut-on être optimiste sur l’avenir ? Pour Florent Molle, « soit le football va devenir un marché encore plus global, avec la Chine, le marché américain, le foot féminin... devenir toujours plus libéral, ou se nourrir de belles initiatives indépendantes, locales. Le système, c’est nous qui le créons. J’espère que l’on ira vers un football plus éthique et plus transparent ». La dernière partie de l’exposition, « Prolongations », se veut ainsi plus positive. Elle rappelle que le foot peut aussi aider à construire un monde solidaire. Le commissaire revient sur deux belles rencontres occasionnées par l’exposition : « Je suis très heureux d’avoir pu rencontrer Alejandro Benitez, parrain de cette exposition et président de l’équipe Alma de Africa. Une équipe composée de migrants et d’Espagnols qui jouent ensemble avec l’article 14 de la déclaration universelle des droits de l’homme sur leur maillot, qui indique que toute personne a le droit d’asile dans n’importe quel pays. L’autre rencontre que je n’oublierai pas, c’est celle d’Honey Thaljieh, notre marraine. Honey est la capitaine de la première sélection féminine palestinienne. Elle a dû se battre pour que l’on reconnaisse son droit à pouvoir jouer au football. Comme elle le dit elle-même, le football, ce n’est pas qu’un simple jeu, c’est bien plus que ça ».

Le football est donc le reflet d’une société aux contrastes sociaux importants, qui peut également être le vecteur d’un certain vivre-ensemble réussi dans une société plurielle et multiethnique. Nous sommes foot est un bel hommage à un sport populaire, dans une ville promue cette année capitale européenne du sport.

Exposition Nous Sommes Foot
Au Mucem jusqu’au 4 février 2018
Esplanade du J4, 7 promenade Robert Laffont
13002 Marseille
http://www.mucem.org

 

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