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Les champions de 1936 détournés

Les champions de 1936 détournés

Par Jawaher Aka , le 07 février 2015

Si les JO de 1936 continuent d’alimenter les discussions, cela passe aussi par la voie du détournement artistique. Les nouvelles règles de l’art.

Qui n’a pas un jour rêvé d’exhumer un trésor du fond de son grenier ? Il y a 15 ans, la mère du jeune artiste polonais Grzegorz Loznikow en trouve un dans la maison familiale de Jelenia Gora, en Basse-Silésie. Ce trésor ? Un album d’images à collectionner, à la gloire des Jeux olympiques de Berlin en 1936, abandonné par la famille allemande qui habitait la maison avant d’être expulsée à la fin de la guerre. Un album de pure propagande nazie que la mère de Grzegorz oublie jusqu’en 2012, année où ce dernier est invité à participer au festival Survival de Wroclaw. Le thème de cette édition ? L’art et le sport.

Le grand détournement
Si ce trésor n’a pas spécialement de valeur, le jeune étudiant des Beaux-Arts y voit une trouvaille opportune et passionnante. « À l’école, nous apprenions beaucoup sur l’Holocauste et l’empire soviétique. On ne parlait pas des JO de 1936. Avec sa croix gammée en couverture et les photos d’Hitler et de Goebbels à l’intérieur, cet album était évidemment un outil d’extrême propagande nazie par l’image, comme l’était le film de Leni Riefenstahl (Les Dieux du stade, 1938 – ndlr). » À l’époque, les albums de vignettes à collectionner permettaient au Führer de toucher jusque dans les campagnes. L’attribution des JO à l’Allemagne dès 1931 fut l’occasion d’exalter la patrie par le sport. Les photos représentaient des sportifs du monde entier, dont quelques athlètes juifs ayant pu participer aux Jeux – la Hongroise Csak Ibolya, championne olympique de saut en longueur, ou l’escrimeuse autrichienne Ellen Preis –, mais aussi l’incontournable Jesse Owens qui y trouva sa place aux côtés de l’« ami allemand » Luz Long.

Sur la centaine de photos que contient l’album, Grzegorz en choisit une dizaine pour son projet. Il va les « détruire à des fins artistiques ». Son idée est de casser le sérieux des photos « de la manière la plus naïve et la plus agressive qui soit ». Pour ça, il choisit la pâte à modeler, dont les couleurs fluo contrastent avec le noir et blanc des clichés et les formes molles avec les corps athlétiques des champions. Le résultat est drôle et rend ces« héros » des Jeux à la fois absurdes et irréels. « L’idéologie nazie est tout simplement impossible. C’est Utopia de Thomas More. Je voulais matérialiser cette idée. » À juger sur pièce.

Série Masters de Grzegorz Loznikow à voir au cours de l’exposition Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne, au CentQuatre à Paris jusqu’au 8 mars 2015.

 

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