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Pierre Rigal, chorégraphe du sport

Pierre Rigal, chorégraphe du sport

Par Jawaher Aka , le 21 avril 2016

La danse est-elle un sport ? Le sport est-il un art ? La danse est une activité physique qui peut faire du sport un art. La preuve avec « Arrêts de jeu », un ballet très sport. Et c'est à retrouver le vendredi 22 avril au Festival L'Entorse à Lille.

Avant de choisir la danse, le chorégraphe Pierre Rigal s’est essayé à peu près à tous les sports – tennis, aviron, ski, football, athlétisme. Une déchirure récurrente contrarie un avenir prometteur en course (400 mètres et 400 mètres haies). Alors il se met à la danse. Tard, à 23 ans. « Un peu par hasard » admet-il. Et avec le souvenir au corps de son passé omnisport. « J’ai commencé la danse en l’envisageant d’abord comme une activité physique. L’artistique est venu petit à petit. »

Dans son premier spectacle autobiographique, Érection (2003), son costume trahit déjà subtilement son histoire : combo veste-pantalon avec bandes sur les côtés, maillot floqué du coq de l’équipe de France et baskets aux pieds. En 2006, lorsqu’il crée avec Aurélien Bory son deuxième spectacle, le sport refait surface, mais de manière plus évidente. Le sport devient sujet. « Arrêts de jeu était une manière de créer un pont entre mon ancienne et ma nouvelle activité. Ce spectacle m’a permis de parler de ce que je connaissais bien, d’utiliser le vocabulaire chorégraphique du sport. » Une expertise qui assure la crédibilité du spectacle, et qu’il a voulu chez les autres danseurs. « Les gestes portent en eux une culture. Taper dans un ballon est un geste simple mais de spécialiste. Les danseurs n’en sont pas, mais il fallait qu’ils soient crédibles. » Pour ça, dès le casting, ils doivent convaincre en mimant un footballeur. Une fois sélectionnés, il faut s’entraîner avec un ballon – qui n’existe pas dans le spectacle –, voir ou revoir le match inspirant Arrêts de jeu – celui opposant la France à la RFA en demi-finale de la Coupe du monde de 1982 à Séville, tristement resté dans les mémoires françaises à cause du très vilain geste d’Harald Schumacher contre Patrick Battiston qui ne fut pas sanctionné – et ceux de la Coupe du monde qui se jouent au moment des répétitions.

Pour Pierre Rigal, le chorégraphe et l’ancien athlète, le sport ressemble à une évidence, presque à un réflexe. Mais on ne saurait réduire ses choix artistiques à cette singularité. Le sport fournit aux artistes, toutes disciplines confondues, une matière narrative exceptionnelle. La culture populaire est un moyen de parler d’autre chose. « Le sport n’est pas un art. Ce sont des histoires de la vie, des histoires humaines. Qui réussissent ou qui échouent. Des histoires d’amour, d’amitié et d’aventure sociale, mais aussi des histoires médiocres, des dérives, des excès » explique-t-il. Et ce match en particulier, qui a bouleversé la France au point que le chancelier Helmut Schmidt et François Mitterrand doivent publier un communiqué commun pour apaiser les passions qui renvoient Allemands et Français sur le champ de bataille, en est un exemple. « C’est un grand souvenir de dramaturgie sportive et un très mauvais souvenir. Je ne suis pas le seul à l’avoir vécu comme un traumatisme, même si ça peut paraître anecdotique. Mais la manière dont l’événement est entré dans l’imaginaire collectif est intéressante. Il s’agit juste d’un match de football, mais il permet de parler du souvenir, des émotions qui se transforment. De la capacité de l’enfant à s’émerveiller, à jouer, à créer des mondes poétiques qu’il perd avec l’âge. »

Et aller chercher des histoires dans la culture populaire, c’est aussi créer une connivence immédiate avec le spectateur, s’assurer son écoute, sa compréhension, et faciliter le travail de l’artiste. « Qu’on aime ou pas, le sport est un code que tout le monde connaît. On peut s’appuyer dessus. Avec un code commun, on peut aller ailleurs. » Une connivence qui, dans Arrêts de jeu, se joue sur les écrans de télévision avec la pelouse qui envahit l’image et les joueurs qui évoluent sur le terrain, dans le commentaire sportif – si typé – en fond sonore, dans les voix de Jean-Michel Larqué et Thierry Roland reconnaissables parmi toutes et dans les acclamations du public. Dans le vert du rectangle pour seul décor et dans les costumes. Mais aussi et surtout, dans le mouvement. Une matière brute réjouissante pour le chorégraphe qu’il faut distinguer du mouvement chorégraphique. « Le sport, c’est pratiquer avec son corps. Le corps est l’outil de l’action. Le danseur utilise son corps pour créer un mouvement. Le sportif aussi, mais l’objectif est différent. Le mouvement sportif doit jouer avec l’aléatoire ou le hasard, la chance, l’adversaire. L’improvisation est très importante. Le sportif doit s’adapter et être imaginatif pour créer un mouvement qui vient résoudre un problème. On est dans le domaine de l’efficacité, de l’utilité. Les danseurs sont dans le scénario, l’écrit et la recherche de l’harmonie du geste. » Le sport est donc à la fois un prétexte pour parler de la vie en général, mais aussi un objet chorégraphique en soi. Avec une gestuelle, des mouvements qui sont une source d’inspiration, des figures clé en main ou une matière brute que le chorégraphe peut utiliser comme base pour construire ou déconstruire. Ici, les gestes sont mimés mais aussi disséqués. Pour mieux les reconstruire. Tirs, têtes, reprises de volée. Ralentis à la manière de la télévision. Très réalistes.

« On me demande souvent si je vais parler du coup de tête de Zizou dans un prochain spectacle. Non. J’étais adulte quand je l’ai vu. Quand j’ai vu le match de Séville, j’étais enfant, l’émotion était décuplée. » Pierre Rigal ne sera donc pas le chorégraphe du sport, mais l’œil averti y trouvera toujours des références dans ses spectacles. « Je suis encore dans les deux. Dans Press, où je suis dans une pièce dont le plafond descend, comme le sportif, je dois adapter ou inventer un mouvement pour résoudre un problème. Dans tous mes spectacles, il y a aussi une idée de course. Dans Érection, je cours au ralenti, à l’endroit, à l’envers. Ça correspond à la fuite, à aller de l’avant ou vers quelque chose. Dans le 400 mètres haies que je connais bien, il y a cette idée de franchir un obstacle aussi qui est intéressant. » Ou quand sport rime avec métaphore.

Arrêts de jeu, de Pierre Rigal à la Maison Wazemmes de Lille, le vendredi 22 avril 2016, dans le cadre du Festival L'Entorse.
www.pierrerigal.net

 

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