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L'Eroica  Peloton vintage

L'Eroica Peloton vintage

Le 20 septembre 2011

Chaque année en octobre, l'Eroica rassemble des fondus de bicyclettes sur les routes de Toscane. En selle pour cette course au doux parfum vintage en compagnie d'allumés qui essaient de ne pas dérailler.

Ce samedi, c’est jour de fête à Gaiole in Chianti. Les fous du guidon, les zinzins de la pédale et les toqués du dérailleur ont envahi les rues de ce village au cœur de la Toscane. Les collectionneurs de vélo s’y sont donné rendez-vous pour un marché où les époques se confrontent. Un gentleman british, les chaussettes bien remontées sur le pantalon de tweed, promène son vélocipède anglais de 1878. Jean-Pierre, un petit bonhomme excité, brandit un étrange bolide taillé pour fendre le vent avec sa petite roue à l’avant : «C’est le vélo sur lequel Francesco Moser a battu le record du monde de l’heure en 1988 à Stuttgart. Il n’a pas de prix, il vaut peut-être une Ferrari.»

Giancarlo Brocci, le fondateur de l’Eroica, peut sourire, la fête est réussie. En 2010, la 14e édition de sa course a rassemblé 3 450 participants de 26 nationalités, du professionnel à l’amateur. De stand en stand, les fadas de la petite reine sont à la recherche de pièces rares. Ils y trouvent aussi les journaux et la littérature qui narrent les heures de gloire des forçats de la route. Roel Joling, un jeune Hollandais bâti comme un viking, résume avec philosophie ce qu’il est venu chercher : «Sans Histoire, il n’y a pas de futur, cela est valable aussi pour le cyclisme.»

Collectionneurs anonymes

Devant les bureaux de l’Eroica, les coureurs à l’ancienne attendent leur tour pour enregistrer leur engin. Giancarlo explique le règlement : «Pour participer, les bicyclettes doivent être antérieures à 1987 et tenir compte de trois caractéristiques principales: les gaines de frein doivent être extérieures au guidon, les leviers de vitesse sur le cadre et les cale-pieds avec courroies. C’est ça aussi la beauté de cet événement, faire revivre de beaux vélos dans toute leur gloire.» Les experts consignent les marques et vérifient que les différents éléments sont concordants. On ne monte pas des roues modernes sur un cadre d’époque ! Il faut être un peu masochiste pour affronter les collines toscanes sur un vélo ancien qui, en plus, n’a pas de changement de vitesse. Du coup, il y a quatre formules : 38, 75, 135 et 205 km.

Giancarlo se réjouit de ce défilé. Au palmarès des fadas du pignon, il n’est pas le dernier : «Mon vélo fétiche, je l’ai racheté au boucher à 17 ans. Plus tard, les collectionneurs de l’Eroica ont découvert qu’il avait été repeint et que c’était un modèle original Olmo de 1949... Tous ces vélos iront demain sur les routes de l’Eroica pour permettre aux cyclistes de vivre cette expérience extraordinaire.» Car l’autre fierté de l’événement, ce sont les routes blanches (les strade bianche), ces chemins de terre qui serpentent à travers les vignes du Chianti, le célèbre vin italien.

Enfin, Francesco Moser, le champion en personne, arrive. Il va courir sur le vélo avec lequel il a remporté le Paris-Roubaix en 1979 : «La Toscane est une région que j’aime mais aujourd’hui, pas de compétition, je suis là pour la randonnée. Je fais les 75km car je n’ai plus l’endurance d’antan. Et puis, quand on s’est habitué à un vélo plus léger, revenir en arrière est vraiment difficile.» Il y a un masochisme certain chez les coureurs cyclistes mais sur le parcours de l’Eroica, il est particulièrement prononcé.

Il faut être un peu masochiste pour affronter les collines toscanes sur un vélo ancien qui, en plus, n’a pas de changement de vitesse.

À bicyclette !

Le dimanche à l’aube, la lune veille encore sur Gaiole in Chianti. Dans la rue principale, les coureurs cyclistes, chambres à air de rechange croisées sur les épaules, attendent le signal de départ à 5h pile pour se lancer sur les 205 km du parcours. Devant la Caravane du Coq, un fourgon Citroën des années 50 remis au goût du jour par Le Coq Sportif, le directeur de la course, Giancarlo, fait contresigner les cyclistes et inspecte scrupuleusement les bicyclettes. Le dossard n°1, Marco Lebreton, affiche un maillot « La Française Diamant » à l’effigie de son vélo de 1925 dont il est très fier. «C’est une des grandes marques françaises d'autrefois, sur laquelle Maurice Garin a gagné le premier Tour de France en 1903.» Quand les coureurs s’élancent dans les ténèbres, lampes frontales pour les uns, lumières au guidon pour les autres, c’est une longue nuée de lucioles qui emprunte de petits ponts de pierre et qui serpente à travers la forêt. Quand le jour se lève, les premiers rayons du soleil blanchissent la Toscane. Les routes blanches, vierges de tout poteau électrique, prennent alors toute leur valeur.

Au bout de deux heures d’effort, certains ont déjà crevé. Ceux-là n’attendent pas la voiture mécano. Il n’y en a pas. Il faut réparer soi-même, à coup de clés et puis de pompe. Enfin, au bout du chemin, apparaît le premier des sept ravitaillements que compte l’épreuve. Les cyclistes font tamponner leur livret pour attester de leur passage et peuvent se restaurer à l’abri d’une masure de pierre. Charcuterie et fromages italiens, fruits, et pour les enragés, Chianti à volonté. Giancarlo éclate de rire quand on lui demande s’il y a des contrôles d’alcoolémie sur le parcours : «Nous ne l’avons pas encore institué. Mais si nous le faisions, nous serions obligés d’arrêter la majeure partie des participants...»

Entre folklore et rendez-vous de collectionneurs à la recherche de pièces rares, l'Eroica est une épreuve intemporelle où il n'y a ni perdants ni gagnants, juste des passionnés heureux.

Course à l'ancienne

Pour les délices de Bacchus, Marco Lebreton attend la fin de la journée. Il apprécie l’épreuve. Elle est sportive, mais il est entraîné et les vallons ne lui font pas peur. La montagne, il connaît car il vient des Pyrénées. Mais son vélo pèse son poids : 14 kilos. Les vélos de course de jadis étaient souvent plus légers avec leurs jantes en bois, mais sur ces routes caillouteuses, Marco a privilégié la fiabilité avec des jantes en acier. Le dossard n°1 est un adepte des épreuves à l’ancienne. En juin 2010, pour le centenaire du passage du Tour de France dans les Pyrénées, il a refait l’étape assassine Luchon-Bayonne sur un vélo Automoto de 1910, celle-là même qu’avaient fait les coureurs 100 ans auparavant, avec ses 6 cols et ses 326 km. «Le coup de pédale avec un vélo ancien et un vélo moderne n’est pas du tout le même. J’essaie de ressentir les sensations que les coureurs avaient. L’Eroica est très bien, parce qu’il y a du goudron et du chemin, comme à l’époque.»

Héros d'un jour

Depuis que la course est connue dans le monde entier, le parcours est devenu permanent et des panneaux permettent de le refaire tout au long de l’année. Ainsi, les routes blanches sont protégées. Au fur et à mesure de la journée et des kilomètres accumulés, les haltes aux ravitaillements se font plus longues. C’est une course où il faut aussi prendre le temps de prendre son temps. Certains jouent aux cartes, d’autres discutent. Massimo Poggio, comédien transalpin à succès, a la tchatche à l’italienne. Il relève ses lunettes vintage et s’enflamme pour narrer sa passion : «En Italie, le premier cadeau que tu reçois quand tu fais ta communion, c’est une bicyclette, la première saveur de la liberté. Il y a cinq ans, j’ai découvert l’Eroica. Depuis, j’ai commencé à collectionner les vélos, ça m’a pris comme un virus. Toute l’année, je pars à la recherche de roues, de pneus, de guidons et de selles pour construire la bicyclette avec laquelle je vais courir l’Eroica. Après la course, je la range dans mon musée et j’en cherche une nouvelle pour l’édition suivante.»
L’Eroica est une course atypique à tout point de vue : il n’y a pas de vainqueur, tous sont les héros d’un jour d’une épreuve hors du temps. La prochaine édition se déroulera le premier week-end d’octobre. Avis aux amateurs.

www.eroica-ciclismo.it

 

LA CARAVANE DU COQ
L’histoire du Coq Sportif est intimement liée à celle du cyclisme. En 1951, le Tour de France demande à la marque de réaliser les maillots officiels du Tour pour les 12 équipes engagées, parmi lesquelles des vedettes comme Louison Bobet, Gino Bartali ou Fausto Coppi. Pendant plus de 40 ans, Le Coq Sportif restera le fournisseur exclusif du Tour de France. Le fourgon Citroën HY est un véhicule solidement ancré dans la mémoire collective française : utilisé par la police, le fameux « panier à salade » était également le relais vers les campagnes de nombreux commerçants ambulants des années 50 à 80. En 2010, pour célébrer les années glorieuses du cyclisme, Le Coq Sportif a créé la Caravane du Coq. La marque a restauré trois vans : un bleu, un blanc et un rouge,  les couleurs d’origine du Coq. Et chaque détail est symbolique : une girouette de clocher, des fanions tricolores, des roues de vélo, la traditionnelle lanterne rouge pour identifier le dernier
au classement général, une ardoise pour transmettre les écarts de temps aux coureurs et un sound system qui rappelle la radio du Tour. 

 

 

 

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