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Health angels : ces nouveaux artisans du bien-être

Health angels : ces nouveaux artisans du bien-être

Par Manuelle Calmat & Nadia Hamam , le 01 juin 2016

Loin du coach bêtement pragmatique ou du médecin centré uniquement sur sa culture occidentale, les nouveaux thérapeutes accompagnent et soulagent via une gamme de soins alternatifs, incontournables en prévention et complémentaires en curatif. Une nouvelle manière de comprendre son corps et de devenir enfin les artisans de notre bien-être.

En avril 2015, sort en France le best-seller de Giulia Enders, vendu à 950 000 exemplaires en Allemagne, Le Charme discret de l’intestin, véritable phénomène de librairie qui repose sur un organe à la fois mal aimé, nié, mais clé de notre bonne santé. Dans son livre, l’étudiante allemande en gastro-entérologie explique que « nous ne sommes pas simplement les victimes de nos bactéries intestinales et de leur influence sur notre moral, mais aussi les jardiniers de notre propre paysage abdominal ». Le message est clair : le garant de notre bonne santé n’est pas seulement le médecin ou le thérapeute, mais nous-même. Bertrand Roy de la Chaise, directeur du spa du Grand Hôtel Loreamar de Saint-Jean- de-Luz, ancien apnéiste et coach sportif, en a acheté une bonne quinzaine d’exemplaires pour les distribuer à ses clients, convaincu que cette approche sans tabous de la remise en forme davantage tournée vers la santé séduisait de plus en plus de gens et correspondait à un besoin réel. « Au spa, nous ciblons nos soins et nos massages. Nous proposons par exemple un massage viscéral et crânien qui commence par le ventre. Cette zone très sensible est composée essentiellement de muscles lisses qui ne sont donc pas commandés par le cerveau et abritent toutes les émotions. Nous remontons dans un deuxième temps vers la zone du crâne, extrêmement irriguée et donc particulièrement réceptive à la détente. Si ce genre de soin ciblé remporte autant de succès, c’est aussi parce que la demande a beaucoup évolué en quelques années. Les gens se tournent de plus en plus vers du thérapeutique quand ils recherchaient auparavant du bien-être », note cet ancien surfeur et apnéiste formé au massage thérapeutique, à la naturopathie et au coaching.

À son arrivée à la direction du spa en 2014, Bertrand Roy de la Chaise réunit médecins, homéopathes, kiné-ostéopathes, esthéticiennes, masseurs et nutritionnistes – tous diplômés d’État, insiste-t-il. Une prise en main globale et cohérente où l’anatomie, la respiration, la circulation, la fonction digestive, mais aussi la pratique sportive sont prises en compte. Cette nouvelle manière de s’adresser à une clientèle aux allures de « patientèle » révèle plus largement une approche holistique de la santé et du bien-être ; remettre le client au centre, le rendre acteur et actif. En quelques années, la carte des spas de luxe s’est considérablement enrichie. La belle piscine, le hammam aux mille senteurs et le massage enveloppant ne suffisent plus, l’ère du bien-être thérapeutique est bel et bien là, même si la France est loin de rivaliser avec les mini-cliniques et autres médi-spas qui poussent comme des champignons chez nos voisins européens et outre-Atlantique.

Le Sha Wellness sur les terres andalouses ou la Villa Stephanie en Forêt-Noire en sont deux exemples. Des établissements de grand luxe qui proposent un hébergement hôtelier, une structure de remise en forme high-tech, mais aussi un accompagnement médical très poussé. On y établit un bilan médical dès l’arrivée et l’on y prodigue des soins esthétiques et chirurgicaux poussés. La Villa Stephanie est une véritable clinique-hôtel dans laquelle dentistes, gastro-entérologues, dermatologues, mais aussi gynécologues-obstétriciens côtoient physiothérapeutes et ostéopathes. Alors qu’ils ont d’ores et déjà conquis les États-Unis et l’Asie, ces médi-spas s’attaquent à l’Europe et fleurissent un peu partout. En France, nous n’en sommes pas là, pour la simple et bonne raison que la médecine dite non conventionnelle n’occupe pas la même place que dans le reste du monde. Notre loi encadre non seulement de manière très rigoureuse l’exercice de la médecine1, mais aussi les conditions dans lesquelles le médecin a le droit d’exercer2. Les établissements dans lesquels les actes médicaux sont autorisés 3     sont répertoriés et labellisés par le biais du Code de la santé publique. Autrement dit, les médi-spas n’ont pas le même blanc-seing que chez nos voisins de l’Union européenne.

UNE MÉDECINE NON CONVENTIONNELLE MAIS PROFESSIONNELLE
Si les choses tardent à se mettre en place en France, le mouvement est pourtant inéluctable. «Le public est très demandeur et la population fait de plus en plus appel à des professionnels qui pratiquent la médecine non conventionnelle. C’est d’ailleurs en ces termes que les pouvoirs publics désignent les disciplines telles que l’ostéopathie, la naturopathie ou la médecine chinoise, entre autres. Il suffit d’aller sur le site internet du ministère de la Santé pour le constater. Notre droit français a du mal à suivre le mouvement, mais les choses sont en train d’évoluer, lentement mais sûrement », explique Isabelle Robard, avocate, docteur en droit, spécialisée dans le droit de la santé. La première brèche date pourtant de 2002, lorsque le législateur inscrit le titre d’ostéopathe et de chiropracteur dans la loi du droit au malade (loi 2002- 303), mettant fin à la menace de poursuites pour exercice illégal de la médecine en cas de plainte. Depuis, la formation initiale en ostéopathie des médecins et des kinésithérapeutes a été renforcée. Mais pour le reste des pratiques, le chemin risque d’être encore long.

Les branches professionnelles, en naturopathie comme en médecines ayurvédique ou chinoise, se sont renforcées, structurées, professionnalisées, que ce soit dans l’exercice de la pratique ou dans la formation, ce qui a pour conséquence un nombre de plus en plus réduit de cas de dysfonctionnements. « Ainsi, on peut remarquer une évolution de la jurisprudence en matière de poursuites. Il y a de plus en plus de relaxes et lorsqu’il y a condamnation, elle est devenue symbolique. Or, dans les faits, il faut savoir qu’en France la loi ne change pas sans une évolution sensible des tribunaux », précise Isabelle Robard. « Dans une note d’octobre 2012, le Centre d’analyse stratégique de Matignon s’interroge sur la place qu’occupent les médecines non conventionnelles et la réponse que doivent apporter les pouvoirs publics à cet engouement. » La France prend la mesure du phénomène, observe ce qu’il se passe dans les pays voisins et convient qu’un meilleur suivi et un encadrement sont nécessaires. « Face aux risques et aux potentiels associés à l’augmentation conjointe de l’offre et de la demande en médecines non conventionnelles, une action des pouvoirs publics semble nécessaire. D’une part, il conviendrait de s’assurer de l’innocuité de ces techniques et d’encadrer la pratique et la formation des thérapeutes. D’autre part, il s’agirait d’organiser l’intégration de ces médecines au système de santé lorsqu’elles peuvent contribuer, en complément des soins conventionnels, à une prise en charge des patients plus complète »(note d’analyse 290 – octobre 2012 4).

L’enjeu est pourtant de taille. La médecine dite non conventionnelle pourrait à l’avenir devenir complémentaire de la médecine traditionnelle. « Les avancées sont importantes sur le papier, mais dans les faits c’est plus compliqué. Non seulement les médecins conventionnels ouverts à d’autres techniques ont un mal fou à intégrer et à globaliser les approches, mais plus les pathologies sont lourdes, plus les portes se ferment en France et s’ouvrent ailleurs. En France, par exemple, l’ozonothérapie tombe systématiquement sous le coup de la pratique illégale de la médecine et est considérée comme du charlatanisme, alors que dans le même temps, en Allemagne, cette pratique est non seulement autorisée mais elle est remboursée par la caisse d’assurance maladie » constate la juriste. On est encore très loin du modèle nord-américain où certains centres proposent en libre-service une palette de pratiques dans laquelle le client n’a plus qu’à faire son choix...

UNE ALTERNATIVE À LA PÉNURIE DE SOINS DANS LES CAMPAGNES
Christophe Opec, la petite quarantaine, s’est échappé de Paris pour vivre à la campagne, cultiver son potager et exercer sereinement son métier de praticien en médecine chinoise. Il vient de rénover de la cave au grenier une jolie maison dans un petit village de Bourgogne comptant sept cents habitants... et un seul médecin généraliste. La doctoresse vient de Roumanie et croule sous les demandes. L’hôpital le plus proche est à Auxerre, à une cinquantaine de kilomètres, et il faut compter le double pour se rendre chez un spécialiste à Dijon. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Christophe est attendu de pied ferme. « De nombreuses personnes cherchent une alternative aux antalgiques qui n’ont plus aucun effet sur eux. Je rencontre beaucoup de gens qui souffrent du dos, des épaules et qui sont prêts à s’ouvrir à d’autres thérapies. Il y a une pénurie de soins dans la région et les gens recherchent des solutions alternatives. Sans compter le temps que l’on passe avec chaque personne. Mon rendez-vous dure entre une heure et une heure trente. Pendant trente minutes je fais un bilan énergétique et je pose des questions qui peuvent surprendre sur la sensibilité au froid, le transit, les raisons de la visite. Ces dernières sont multiples... Un fumeur qui veut arrêter, un danseur qui fait des entorses à répétition, un chanteur qui se retrouve avec le diaphragme bloqué, une hôtesse de l’air qui souffre de problèmes de circulation sanguine à force de monter et de descendre...»

Christophe Opec se souvient de cette personne venue consulter pour des douleurs terribles et invalidantes liées à une arthrose dégénérative des cervicales, soulagées seulement en partie par des séances régulières chez le kiné. « Elle est venue compléter ce protocole par de l’acupuncture et des massages qi-gong tuina. Après quelques séances, elle était rayonnante et avait retrouvé son sourire. » La réciprocité et la globalité sont à la base de cette pratique ancestrale qui allie acupuncture, massage et pharmacopée, une appréhension de la médecine fondée principalement sur la complémentarité des approches plutôt que le cloisonnement des spécialités.

Être acteur au quotidien, prendre sa santé en main quitte à souffrir un peu – parfois beaucoup – mais pour la bonne cause. Rentrer davantage dans le muscle, dans la chair, dans les viscères et prendre en compte le corps dans sa globalité, c’est la technique de massage proposée par la papesse du soin amincissant, Martine de Richeville. On pourrait même ajouter qu’il remet au goût du jour le vieil adage de nos grands-mères: il faut souffrir pour être belle (ou beau) ! Cette archéologue des cellules se reconnecte à la mémoire de nos muscles, de nos tissus, de nos points de tension. Elle fouille et déloge nos vieux stocks de toxines et de graisses à la fois nuisibles et parfaitement inesthétiques. Elle débloque les tensions, disloque les masses adipeuses, ré-oxygène les zones asphyxiées. Martine de Richeville travaille sur la matière organique, modulable et changeante avec un geste précis et juste ce qu’il faut de douloureux.

« Les gens ont besoin de se réapproprier leur corps, leur santé. De maîtriser les choses, quelque part. Et même si la médecine est fantastique, elle est marquée par des affaires et des scandales. Des solutions alternatives, complémentaires, existent et les gens cherchent à améliorer leur état. Ils sont plus à l’écoute d’eux-mêmes, attentifs à la planète, à ce qu’ils mangent, ils cherchent à réduire leur consommation d’alcool et de tabac... Nous vivons plus longtemps et nous voulons vivre mieux », précise cette pétrisseuse de matière qui re-sculpte visiblement, séance après séance, nos contours. «Je ne regarde pas un corps, je le touche » tranche-t-elle. Induisant au passage qu’elle passe par notre corps pour nous faire accéder à notre propre mental. À l’origine acupunctrice et psychologue, elle touche et elle écoute. Et notre corps est assurément très bavard. Il exprime des blocages et piège des sentiments tels que la colère, la peur, la tristesse et construit des pare-chocs, des boucliers, des murs de protection assez blindés. Mais aucun blindage ne résiste aux mains expertes et à la poigne de Martine de Richeville. «Les gens viennent pour un soin amincissant et reviennent parce qu’ils ont envie d’aller plus loin.» Quitter sa zone de confort, c’est paradoxalement s’aventurer sur le terrain d’une réconciliation entre le corps et l’esprit, découvrir ses limites et ses propres ressources.

BIEN-ÊTRE ET MIEUX-ÊTRE, MÊME COMBAT
Dans le domaine du bien-être, les professionnels constatent une timide avancée. Jusqu’à ce jour, le terme « massage » était réservé à la profession de kinésithérapeute et celui de « modelage » à celle des esthéticiennes. Depuis le 26 janvier 20165, il semble que les termes «massage» et «gymnastique médicale » soient remplacés par « actes professionnels de masso-kinésithérapie» dans la Loi de modernisation de notre système de santé. Cela laisse présager que le terme de «massage» seul ne sera plus exclusivement réservé à la profession de kiné, et que les praticiens bien-être pourront en toute quiétude désigner leur activité non thérapeutique sous ce terme, sans risque d’être attaqués. «Il existe trois sortes de massage, le massage classique dit relaxant, le massage sportif et le massage thérapeutique. Le massage est avant tout une pratique préventive et tactile. Deux notions qui n’ont pas les faveurs du public français. C’est bien dommage car le toucher, pour une part, guérit », explique Thierry Planté, masseur professionnel depuis douze ans, exerçant en Savoie et à Paris, mais de plus en plus en Suisse et en Belgique.

Thierry aime son métier, mais voudrait élargir son champ de compétences. Il se sent à l’étroit dans sa pratique en France. «Nous, les masseurs, sommes des thérapeutes du préventif, nous travaillons en amont des complications. Nous aidons la personne à prendre conscience de ce qui va et de ce qui ne va pas. Mais travailler en prévention n’est pas du tout dans la culture française. Pourtant, que signifie thérapeute ? Tout simplement “prendre soin de”, et en ce sens je peux dire que je m’intéresse à l’état émotionnel, physique et mental de mes clients. Je m’attache à un inconfort dans sa globalité et j’établis un soin à l’aide de ma boîte à outils dans laquelle je pioche pour soulager la personne que j’ai en face de moi » explique-t-il. Sa démarche est donc globale, holistique. « Ce que les gens comprennent de plus en plus, c’est l’aspect préventif. Le gros travail à faire en France est d’éduquer les gens à la réelle fonction du massage, au lâcher prise entre autres. Accepter l’état dans lequel vous êtes et ce par quoi il faut passer pour retrouver du confort. » En attendant que la France comble son retard en matière de réglementation des formations des praticiens bien-être, Thierry Planté s’apprête à passer un diplôme de kinésiologie, une pratique qui se situe entre l’ostéopathie et la psy, qui lui permettra d’être reconnu par l’État suisse comme thérapeute officiel et de mettre un peu de confort dans l’inconfort, dans cet univers parfois opaque et flou du soin corporel.

 

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