X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
Les nouvelles arènes lyonnaises

Les nouvelles arènes lyonnaises

Par Alice Morabito , le 21 mars 2016

À l’image du Colisée antique de Rome, les stades représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple enceinte dotée d’un terrain sportif où des joueurs évoluent. C’est le cas du nouveau stade de l’OL à Décines, inauguré début janvier. Ce projet d’ampleur unique en Europe a pour ambition de prolonger l’espace public et urbain. Visite privée.

Vue de près – ou de loin –, la nouvelle arène du club de football de l’Olympique Lyonnais en impose. Quarante-cinq mètres de haut, cinq étages et un design ovoïde qui évoque une gemme avec son toit facetté... Le nouveau fief de l’OL, qui se dresse à Décines-Charpieu, dans la plaine de l’Est lyonnais, promet de beaux spectacles. Car l’intérêt de ce nouveau stade, qui compte presque 60 000 places et qui est signé par Populous, LE cabinet d’architectes des grandes infra- structures sportives (Emirates Stadium d’Arsenal, Olympic Stadium de Londres ou encore le futur grand stade de la Fédération française de Rugby), dépasse les considérations esthétiques. C’est surtout le concept dans lequel il s’inscrit qui en fait un projet unique en Europe. À savoir un parc d’activités et de loisirs, dont la livraison est prévue fin 2016.

OFFRE GLOBALE
Initié et porté par Jean-Michel Aulas, le président de l’OL, le Parc Olympique Lyonnais est inspiré des centres d’attractions made in USA, où le foot (soccer) est un loisir parmi d’autres. Un lieu dédié à la rencontre donc, mais pas seule- ment sportive. Un lieu de vie et de consommation avec concerts, hôtel, cafés et restaurants, centre d’affaires, boutiques, centre de remise en forme... La liste est longue! Comme le souligne Garry Reeves, architecte clé de Populous et chef de projet du stade: «Tout ce qui se passe autour est aussi important que ce qui se passe dans le stade. C’est très complexe car il faut de la flexibilité et suffisamment d’espaces autour pour que les gens disposent d’une offre globale qui leur donne envie d’y passer du temps. Un espace de vie et pas seulement de jeu. » Bref, on est loin du simple objet sportif qui, de vitrine et d’identité d’un club et d’une ville, devient enjeu local, national et international.

Depuis longtemps, les États-Unis ont pérennisé ce système où le spectateur est un consommateur en puissance. L’Angleterre aussi, histoire de calmer ses hooligans. Quant au Moyen-Orient, folie des grandeurs et moyens financiers quasi illimités obligent, cette direction a bien évidemment été choisie en vue de la Coupe du monde de 2022, chaque stade étant tous plus délirants les uns que les autres. Mais aucun parc de cette ampleur en Europe à ce jour. Côté enceinte, donc, on trouve le musée dédié au club et l’OL mégastore (OL-Adidas), une grande brasserie Paul Bocuse, jusqu’à 58 buvettes et cafés les jours d’événements et les bureaux de l’OL Groupe. Quant à l’offre VIP, elle est prépondérante avec 6 000 places.

Le stade, lui, joue un maximum la transparence, histoire d’amplifier l’expérience. Comme l’explique Garry Reeves, « chaque stade est une entité unique adaptée à son site, à la culture locale et à l’esprit du club. Et surtout, un stade se définit par l’expérience des gens dans un bâtiment. Ici, les supporteurs, Nord comme Sud, se font écho. La tribune, continue et plus proche du terrain, permet d’amplifier l’atmosphère. C’est aussi plus intimidant pour l’équipe adverse!». Le spectateur est toujours connecté visuellement au terrain, y compris depuis les coursives qui sont ouvertes. Impossible de perdre une miette du match.

Cette arène fait évidemment partie des stades connectés nouvelle génération. À savoir une énorme capacité de connexions simultanées en wi-fi (25 000 précisément), des applis spéciales avec du relais sur les réseaux sociaux... En résumé, tout est fait pour révolutionner l’expérience des spectateurs.
 

Chaque stade est une entité unique adaptée à son site, à la culture locale et à l’esprit
du club. Et surtout, un stade se définit
par l’expérience des gens dans un bâtiment.
 

ENVERGURE EUROPÉENNE
Autour du stade, le fameux parc. Sur 45 hectares, le Parc Olympique Lyonnais doit accueillir un hôtel de 250 chambres, des restaurants à thème, cinq terrains et demi extérieurs dont un avec tribune pour l’équipe féminine. Mais encore ? Le centre d’entraînement de l’OL, dessiné par Populous, un centre médical du sport (certifié FIFA, pour les athlètes et le grand public) et un centre de remise en forme. Sans oublier des salles de jeux très variées (laser game, karting, foot 5) et un centre d’affaires XXL comptant cinq bâtiments et 17000 m2 de bureaux dédiés aux entreprises. Bref, un lieu dédié aux loisirs, au shopping et au business, tournant 365 jours par an. Le visiteur doit être au maximum rentable, comme le spectateur qui, bien sûr, y trouve son compte avec un confort évident et une large offre. Un petit clic via l’appli spéciale, et on se fera bientôt livrer son plateau repas sur son siège chauffant, comme c’est déjà le cas aux États-Unis.

Concrètement, cette rentabilité est essentielle vu que ce projet est 100 % privé. Une première en France – les Anglais, eux, fonctionnent ainsi depuis longtemps. Financé exclusivement par l’OL et le groupe Vinci, c’est un peu plus d’un milliard d’euros qui a été mis sur la table. Une somme quand on ne passe pas par la case fonds publics. « Ce projet a germé en 2007, lors des visites effectuées dans le cadre des matchs de Coupe d’Europe où l’on voyait les 25 premiers clubs européens évoluer dans des stades ultra modernes, multifonctionnels comme l’Allianz Arena de Munich (signé du célèbre duo suisse Herzog & de Meuron, qui vient de livrer le nouveau stade de Bordeaux – ndlr) ou l’Emirates Stadium d’Arsenal », explique Jean-Michel Aulas. « Les enceintes de ces stades proposaient toutes une offre (commerciale – ndlr).

LES NOUVELLES ARÈNES LYONNAISES
Et parmi les 20 premiers clubs européens, tous sont propriétaires de leur enceinte moderne. L’idée était de donner à l’OL la possibilité de jouer dans des conditions parfaites en vue de revenir régulièrement dans le top 10 européen, mais aussi de bénéficier des ressources du parc. »

Mais impossible d’agrandir Gerland, le stade du club auquel les supporteurs sont très attachés. Le bâtiment est classé monument historique et Seveso (risque d’accident majeur). Et pourtant, il était impératif de développer le chiffre d’affaires. Comme le précise Jean-Michel Aulas, «les revenus éliminent une partie de l’aléa sportif. Or, on va changer de dimension puisque le club (Gerland – ndlr) faisait près de 100 millions d’euros de CA. Dès cette année, il va approcher les 200 millions alors que l’infrastructure ne sera ouverte que six mois, et l’objectif est d’atteindre rapidement les 300 millions ».

Un sacré business, ou plutôt « une nouvelle économie du sport » comme le qualifie Jean-Michel Aulas. « L’idée est de gérer un stade, mais aussi de créer un véritable lieu de vie permettant aux familles et aux entreprises d’y venir plus longuement.» Ah, les familles et les entreprises... LE nouveau public-cible depuis une vingtaine d’années. Plus policé que les insupportables supporteurs. D’authentiques spectateurs-consommateurs. Comme le précise Xavier Pierrot, directeur des événements et stadium manager, « un stade est comme une ville. On a toutes les couches de la population : étudiants, retraités, supporteurs, entreprises, familles. L’idéal est que le public vienne cinq heures avant le match et reparte quelques heures après ». Une amplitude de temps qui permet alors de profiter, consommer, sans parler de l’anticipation du trafic.

Même si, au grand dam de certains puristes, l’ambiance n’est plus vraiment de mise dans les stades. Et les « vrais » se retrouvent au pub, n’ayant plus vraiment les moyens de débourser la somme nécessaire pour le « spectacle ». Ici, il faut compter 15 % d’augmentation par rapport à Gerland mais, poursuit Xavier Pierrot, «si le prix moyen des abonnements a augmenté, c’est parce qu’il y a davantage de places plus chères. Le premier prix d’entrée est toujours le même, 15 euros ». Le premier prix d’un abonnement de 18 mois est, lui, de 297 euros.
 

L’idée est de gérer un stade mais aussi
de créer un véritable lieu de vie permettant aux familles et aux entreprises d’y venir plus longuement.
 

INTÉGRATION URBAINE
Comment implanter aujourd’hui un objet si encombrant dans le paysage urbain ? « On ne peut s’en tenir à des limites administratives, il faut prendre en compte l’environnement », explique Jean-Pierre Buffi, directeur du cabinet d’urbanisme Intens-Cité qui a dessiné le projet avec Vincent Jacob. L’implantation a été faite dans la prolongation d’un axe végétal déjà existant, avec un « mail » – une allée donc, à prononcer « maille » – planté reliant le stade et son parc au bois du V-vert au sud et au réservoir du Grand-Large au nord, en lisière du parc naturel de Miribel-Jonage. « Ce mail est devenu un vrai élément de stabilisation du territoire » poursuit Jean-Pierre Buffi. « Il est l’élément fondateur de ce grand ensemble. Et son dessin a précédé la fonction puisque au sud s’est greffée une gare routière et au nord un tramway. Il apporte une visibilité limpide du site, comme une rue, ou plutôt une avenue dans la ville. Ce qui est fondamental, car les trames urbaines restent dans le temps, même si les structures (tels des bâtiments – ndlr) bougent. Et c’est très intéressant de voir comment une vision génère des espaces et des usages ensuite. »


La verdure y joue un rôle-clé, afin d’atténuer l’encombrement visuel. « Tous les parkings extérieurs sont enherbés, ce qui apporte un confort visuel et thermique, ainsi qu’une amélioration de la qualité de l’air. La nature accompagne et rééquilibre les nuisances comme le stationnement. Elle n’est pas seulement décorative.» Ce sont d’ailleurs quelque 5 000 arbres dans le parc qui ont été plantés. Évidemment, une telle structure doit aussi offrir quelques atouts, et pas seulement des nuisances !

Car c’est vrai, l’enceinte est très proche des habitations, on dirait un molosse qui se dresse depuis la plaine. Le projet ne s’est d’ailleurs pas fait sans heurts. Les recours, blocages et autres, côté écolo et habitants, ont été légion. Mais ils ont finalement été déboutés un à un. Aujourd’hui, avec les aménagements réalisés par les collectivités alentour – pistes cyclables, routes et aires de jeux – et les emplois en perspective, les choses se sont, bon gré mal gré, tassées. « Durant la période de construction, sur deux ans, environ 2 000 emplois ont été créés. La phase d’exploitation, elle, va créer environ 800 emplois permanents et 1500 à 2500 les jours d’événements», souligne Jean-Michel Aulas, fier de cette implication. «Nous avons un rôle à jouer, une responsabilité.» Le business, oui, mais pas seulement. Au programme 2016 de cette arène 2.0? Le stade accueillera, entre autres, six matchs de l’Euro, dont un huitième de finale et une demi- finale, ainsi que deux finales de Coupe d’Europe de rugby. Sans omettre un concert de la sulfureuse Rihanna ! Ne reste qu’à l’équipe de l’Olympique Lyonnais – qui n’a pas atteint cette année, fait rare, les huitièmes de finale de la Ligue des champions –, d’exaucer les vœux de top 10 de son président, à la tête du club depuis presque trente ans, qui lui a déroulé un beau tapis vert...

LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE AU STADE
Évolution des nouvelles technologies oblige, tout stade de dernière génération se doit d’être connecté. Ici, la capacité est d’ampleur : 25 000 connexions en wi-fi simultanées avec de la 4G et 4G+. Mais aussi des écrans géants et surtout des écrans TV en veux-tu, en voilà (environ 300), qui diffusent des séquences clés du match enrichi, lui, par des statistiques, des modélisations et du contenu vidéo fourni par OLTV. Apports relayés sur l’appli spéciale du Parc Olympique Lyonnais, bien sûr, qui permet aussi de gérer l’accès et l’achat de son billet. Évidemment, une place de choix est faite aux réseaux sociaux qui vont pouvoir bruisser, avec modération, des textes et visuels de l’OL et de ses supporteurs. Last but not least, le paiement cashless, sans contact donc, avec la carte de paiement OL, histoire de gagner du temps après avoir passé commande de ses boissons ou encas depuis son mobile. En clair, du 2.0 qui promet de se faciliter la vie avant, pendant et après match.

 

IMAGE LAFC STORY

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.