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Japon, poudre du paradis

Japon, poudre du paradis

Par Emmanuel Le Ber , le 06 décembre 2014

Comment finir un périple made in Japan ? En complétant son séjour à Tokyo par une escale tout schuss à Niseko, distinguée pour sa meilleure poudreuse. Et ce n’est pas rien.

Il est six heures du matin et quelques flocons sur Niseko. Du grand lit avec vue sur un paysage d’estampe hivernal, le réveil est à la fois doux et violent... Quelle heure est-il à Paris ? Première leçon zen : lâcher prise. J’oublie d’où je viens et les milliers de kilomètres parcourus (13 334 pour être précis). En kimono mal ajusté et flip-flop tressés, j’ai plutôt l’air d’une courtisane de l’ère Meiji, le fard en moins, l’œil blafard en plus. Cinquante mètres de couloirs d’hôtel plus loin, j’atterris dans la vaste salle baignée de lumière du petit-déjeuner.

Un réflexe d’Occidental consiste à chercher le sacrosaint croissant. En vain. Exit couteau et fourchette, il va falloir se frotter au « planter de baguettes, Monsieur Dusse » ! Au menu : nouilles sautées, riz gluant, feuilles de verdure et mollusques visqueux arrosés d’hectolitres de thé vert. Bref, du nouveau pour notre palais d’audacieux aventurier. On pourrait dire à vue de nez que les Japonais ne représentent guère plus du tiers des convives. Avec la crise économique, le ski est devenu un passe-temps pour riches, du coup les stations font les yeux doux aux autres membres de l’APEC – Australiens et Néo-Zélandais en tête. Quelques Russes et une poignée d’Américains complètent le panel. Pourtant ce sont les Japonais qui aimantent nos regards mal réveillés par leurs us et coutumes. Alors, en bon ethnologue jetlaggé, je les observe manier les baguettes impeccablement. On se dit qu’ils ne peuvent pas être aussi bons dans le maniement du bâton. On les attend au tournant, sur les pistes.

Dévaler des paysages d’estampes
Neuf heures dans la province d’Hokkaido et la neige tombe à la fenêtre en slow motion. Le désir de lécher la poudreuse à travers la grande baie vitrée me prend subitement. C’est qu’elle fait envie cette peuf ! En fait, si Niseko est mondialement (re)connue, c’est parce que cette petite zone du globe jouit d’un microclimat exceptionnel. Coincé entre les grandes plaines venteuses de Sibérie, d’où souffle un froid glacial, et la mer du Japon (située à seulement 60 km de la station) qui tempère, adoucit et transforme le tout en neige abondante – aidée par la barrière naturelle du mont Yotei –, le domaine skiable de Niseko est sans doute l’un des plus attractifs du pays parmi les 600 stations qu’il recèle pour sa taille et son aspect pratique. Et peut-être même le meilleur au monde pour la qualité et la quantité de sa neige. Il peut tomber jusqu’à 25 mètres de neige par saison ! Pour une station située à seulement 260 mètres d’altitude, cela relève de la magie... blanche.

Une fois dans les œufs, le mont presque chauve ressemble à un crâne de géant où les saules d’altitude sont comme des cheveux roux clairsemés qui ondulent dans le vent. Vus d’en haut, sur les pistes, les traces d’objets glissants non identifiés ressemblent à des dessins, sortes d’arabesques japonaises. À la poésie des paysages s’ajoutent les délicates attentions des autochtones. Un vieux monsieur aux gestes répétitifs et mécaniques nettoie d’un petit coup de balayette chaque remonte-pente avant que l’on s’asseye. À l’arrivée du télésiège, une voix féminine aussi suave que robotique nous annonce qu’on est arrivé... Où donc ? Au nirvana. Une seule montée et une descente suffisent pour traverser tous les états. Grand ciel bleu, puis tempête de neige, puis à nouveau plein soleil, puis... Il peut neiger vingt fois dans la journée. Ainsi, le même tracé, en fonction de la météo, oscille entre petite balade pour débutant et opération survie où seuls les sourcils maculés de blanc ressortent dans la tempête. Un temps capricieux, farceur, et au final le must de la poudre, fine, indomptable et légère, qui s’efface sur vos gants et vous chatouille les yeux.

Il est midi et la kyrielle de snowboardeurs tokyoïtes ultra lookés a disparu. D’ailleurs, les pistes sont tout à coup presque désertes. C’est que la pause déjeuner au Japon est sacrée. Alors on en profite pour dévaler ces jolies autoroutes de vacances. Mais attention à ne pas emprunter tout schuss le « mauvais » versant sous peine de se retrouver dans un autre domaine skiable. Car, autre particularité de la station de Niseko, les quatre resorts se partagent la montagne. Du coup, c’est quatre domaines skiables avec chacun son forfait. Après la dose de ski, il est temps de penser à l’after !

Un after au bain
Parmi les activités multiples proposées après le ski – la très sportive balade en raquettes ou le très polluant raid en motoski –, j’opte pour le bouillonnant et relaxant bain Onsen. Littéralement « ruisseau brûlant », le bain Onsen est une véritable institution au Japon. Après quelques minutes d’acclimatation, je me décide enfin à ôter mon lycra moulant pas très feng shui face aux saules hivernaux qui se dressent dehors. Heureusement, un ultime accessoire vient à ma rescousse : une petite serviette blanche qui va me servir de cache-sexe. Car on n’entre dans cette eau thermale à 42 degrés qu’entièrement nu et triplement lavé.

J’ouvre la porte coulissante et j’ai soudain la vision d’un safari zen : dans le bain vaporeux émergent quelques têtes inertes. On dirait de gentils hippopotames ou d’inoffensifs crocodiles qui joueraient à 1, 2, 3 statue. Après quelques minutes d’immersion – le temps paraît si long à 42 degrés –, je décide de prendre l’air et de rejoindre l’Onsen extérieur, construit dans la pierre volcanique. La neige se met à tomber : magique association du yin et du yang ! L’eau chaude fait bouillir mon corps tandis que la neige en poudre glacée caresse les parcelles de peau à l’air libre par -10 degrés. Le soleil orange pâle qui joue à cache-cache derrière le mont Yotei finit de dérègler les sens. Je ne sais plus où j’habite mais j’ai faim.

Fondus de crabes et de bœuf
Je me ferais bien une fondue ce soir ! Pourtant, même si dans ce resort tout est fait pour vous faciliter la tâche et vous éviter de sortir (on peut dormir, louer ses skis, boire un verre, prendre un bain ou dîner dans l’un des multiples restaurants sans grand effort), impossible de trouver une fondue savoyarde... En quête d’authenticité et d’ailleurs, une envie de découvrir la vie hors du resort nous prend. Un chauffeur impeccable arrive en gants blancs et masque de protection dans une automobile rutilante, carrée et sans âge. C’est notre taxi. Après un dialogue très minimaliste, nous voici arrivés à Hirafu, village accolé à la montagne. Très vite, je dois admettre que je ne croiserai aucun bûcheron dans ce village dénué de charme. Colonisées par les Australiens, les rues sont pleines de pubs et de delicatessen flambant neufs. Sur les trottoirs, des food trucks aux pneus ensevelis dans la neige proposent même de la paëlla à emporter. Où suis-je ?

Finalement, après avoir observé des gens par la fenêtre d’un restaurant qui se dépatouillent et se délectent d’énormes pinces de crabes – une spécialité locale –, nous nous réfugions dans un teppanyaki réputé de l’hôtel Hilton. On s’installe au comptoir pour observer la dextérité du chef devant son barbecue. On enchaîne les plats jusqu’à l’expérience avec un grand E : gober du bœuf d’Hokkaido, qui n’a rien à envier côté tendreté à son cousin de Kobe, élevé aux massages et biberonné à la bière. Sur le chemin du retour, la lune éclaire ces paysages d’îles flottantes. Apparaît alors un igloo, comme un mirage. Il s’agit en fait d’un bar éphémère. Éphémère ou presque, car l’hiver à Niseko dure d’octobre à mai. Autant dire une éternité pour les amateurs d’or blanc.

Good flights
Vol direct Paris-Tokyo au départ de Paris CDG avec Air France. Ensuite, la compagnie japonaise Jetstars assure la liaison jusqu’à Sapporo (3h30 de vol). Pour gagner Niseko, vous avez le choix entre bus, navette de l’hôtel ou taxi (3h30 de trajet).
À partir de 800 € l’A/R Paris-Sapporo en classe éco, www.airfrance.fr
Office du tourisme du Japon, 01 42 96 20 29, www.tourisme-japon.fr

Good nights
Hilton Niseko Village. Rénové en 2008, très pratique et situé au pied d’une gondola (un œuf remonte-pente), cet hôtel a été élu meilleur hôtel ski du Japon en 2013. On y trouve cinq restaurants variés, un bar-salon dantesque, un spa réputé – possibilité de massage en chambre –, un Onsen évidemment, des boutiques...
À partir de 215 € la nuit, www.ytlhotels.com, www.niseko.hilton.com.

The Green Leaf Niseko Village. Plus modeste, il n’en demeure pas moins cosy, pratique et lumineux. Cuisine internationale, salon lounge, wi-fi gratuit, Onsen extérieur magique.
À partir de 155 € la nuit, www.ytlhotels.com, www.thegreenleafhotel.com

Le domaine skiable
Hokkaido est la deuxième île du Japon en superficie. Le mont Yotei, volcan encore en activité culminant à 1 898 mètres, est la fierté de l’île. Niseko est officieusement le premier resort mondial pour la qualité de sa neige. Quatre resorts se partagent la montagne (le mont Annapuri, 1 308 mètres) : Annapuri, Niseko, Niseko Grand Hirafu et Hanazono. Les stations sont reliées par des navettes gratuites. Accès avec un billet individuel (28 €/jour environ) ou un United All Mountain Pass (35 €/jour environ). Nocturne, en raquettes ou motoneige, la neige se vit dans tous ses états sur les 48 kilomètres de pistes. Par contre, on ne plaisante pas avec le hors-piste sévèrement puni et réellement dangereux.

Se restaurer
Teppanyaki Pirka. Parmi les cinq restaurants de l’hôtel Hilton, ce discret barbecue au design impeccable et aux chefs précis dans leurs découpes, cuissons et dressages, propose tout simplement une expérience anthropologico-extatique. Du sushi de crevettes au filet de bœuf d’Hokkaido accompagné de ses légumes croquants du terroir.
Environ 70 € le diner

Crab Shack. À la bonne franquette, à deux pas de l’hôtel Green Leaf, on mange avec les mains des pinces de crabes poivrées. On peut aussi opter pour une potée de la mer, des maquereaux ou des tripes grillées aux légumes de saison.
À partir de 17 € le plat

The Lookout Cafe. Au sommet des pistes, ce petit chalet japonais au design épuré baigné de lumière propose des en-cas sans chichis et des soupes miso à tomber. Idéal entre deux descentes.
10-12 € la soupe

 

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