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Avoriaz ou les métamorphoses
Ski

Avoriaz ou les métamorphoses

Par Alice Morabito , le 18 février 2015

Après le passage à vide des années 2000, Avoriaz renoue avec son âge d’or. À l’heure où l’hôtel des Dromonts rouvre ses portes, le cœur de la cité des neiges idéale se remettrait-il enfin à battre ? Auscultation.

Brigitte Bardot a d’emblée aimé ce décor de cinéma. Claude Lelouch y a eu un appartement au dernier étage des Dromonts, le seul hôtel de la station tout juste rouvert par la famille Sibuet. Les Dromonts, c’est un mythe. Surtout durant le festival du film fantastique qui a fait frissonner la station durant vingt ans. De 1973 à 1993, tous les grands du 7e Art y défilent. C’est simple, il suffit de s’attarder au bar de l’hôtel pour apercevoir la foule de célébrités épinglées aux murs.

Aujourd’hui, les Sibuet, pionniers de l’hôtellerie version « ski palace », ont l’ambition de faire revivre ce lieu mythique un temps éteint. Car c’est dans cet hôtel que se mélangeaient, sans fard ni paillettes, happy few et anonymes. Un repaire convivial et atypique où le vernis de la célébrité n’altérait pas la simplicité des rapports humains. « Il n’était pas rare de voir Birkin lovée contre Gainsbourg dans les salons de l’hôtel, près de la cheminée », raconte Florine Burger, architecte qui vient ici depuis qu’elle a huit ans. Mais les Dromonts, c’est surtout le premier bâtiment construit de la station. Ouvert à l’hiver 1966, il est au cœur d’un projet fou en tous points novateurs : celui d’une épopée immobilière, architecturale et humaine hors du commun.

Une station avant-gardiste
À l’origine de cette aventure, une poignée de trentenaires qui décident de créer, pour reprendre les mots du promoteur Gérard Brémond, « la cité des neiges idéale ». Qui sont ces visionnaires ? Primo, le skieur Jean Vuarnet, enfant de Morzine qui vient de rafler un titre olympique aux JO d’hiver de Squaw Valley en 1960 et regarde du côté d’Avoréaz, un plateau d’alpage, avec l’alpiniste Edmond Denis. La municipalité de Morzine a déjà le projet d’une station et veut profiter de l’aura de son champion. Secundo, Gérard Brémond, dont le père dirige une société immobilière. Ce dernier, plutôt enclin au cinéma et au jazz, prendra goût à ce métier grâce à ce projet-là. Un bon choix, puisque de cet alpage sont nés une station pionnière et un empire, celui de la « nouvelle propriété » – « la résidence de tourisme » – incarnée par sa société Pierre & Vacances Center Parcs. Tertio, les architectes, avec en tête Jacques Labro qui travaille alors pour Brémond père, et Jean-Jacques Orzoni, son collaborateur et associé. Mais aussi Pierre Lombard, Jean-Marc Roques puis Andrzej Wujek. Sous leurs traits de crayon se dessine une station aux allures de « metropolis des neiges » avant-gardiste et écologique. Une station aux antipodes de tout ce qui se fait à l’époque, que ce soit à la ville ou à la montagne. « Notre démarche était anti-marketing », explique Gérard Brémond. « C’était d’abord une intention collective que je partageais avec un groupe d’architectes passionnés de musique, de cinéma et de montagne comme moi. L’idée était d’imaginer la station de nos rêves. »

Leur approche nouvelle ne connaît pas d’équivalent, hormis Zermatt, en Suisse, où il n’y a pas de voitures. « Il fallait d’abord rompre avec la vie urbaine, son stress et sa pollution », poursuit Brémond, « à l’opposé du modèle de Los Angeles où l’homme et la voiture ne font qu’un. » Seuls les piétons ont ici droit de cité, à pied ou à ski. Fait rare, des pistes traversent la station. Une idée de Vuarnet qui veut un immobilier en osmose avec le ski. La station est accessible en téléphérique (celui des Prodains à Morzine), seule voie d’accès les premières années, et les transports collectifs sur place se font avec des rennes. Peu obéissants, ils seront remplacés par des chevaux, relayés le soir par des chenillettes. 

Avoriaz promet la réconciliation de l’architecture et de la nature. 

L’écriture architecturale est révolutionnaire. La rupture est totale et la page, comme le site, totalement vierge. « En cinquante ans de travail, je n’ai eu aucun moment de lassitude », confie Labro. « Je n’ai pas eu de routine, grâce à un perpétuel renouvellement de la station. » Nulle influence savoyarde, donc, avec ses chalets traditionnels, nul urbanisme galopant avec ses immeubles en béton qui barrent le paysage. Ici, l’architecture se veut mimétique, vivante, capable de modifier ses lignes au fil des saisons, adaptée au relief et à l’environnement. « Sans oublier un côté baroque », ajoute le promoteur, « pour créer le dépaysement avec la vie urbaine. » Bref, Avoriaz promet la réconciliation de l’architecture et de la nature. « Ici, l’immobilier n’est pas figé, mais vit avec la transformation des saisons », explique Labro, « et particulièrement sous la neige. » L’harmonie préside ainsi aux lieux. Et, fait exceptionnel, ce sont les mêmes architectes – Labro et Orzoni notamment – qui ont pensé, dessiné et suivi toutes les constructions depuis les années 60. Labro, qui fête cette année ses 80 ans, veille d’ailleurs toujours au grain, avec Simon Cloutier qu’il a pris sous son aile dès ses études à l’école d’archi.

Laboratoire architectural
Pas une façade, une toiture ou une perspective qui ne soient droites, linéaires. Conformément à l’idée de Labro, tout se ressemble et rien n’est pareil. Chaque construction est unique et adaptée à l’environnement et à la topographie des lieux qu’elle révèle : adossée à la paroi en pied de versant, incorporée sur la butte ou dressée sur le plateau. Les tracés en éventail offrent des vues différentes sur le site. Les immeubles dessinent des pyramides, dont certaines en forme de tours.

À l’intérieur, les perspectives sont travaillées selon ce même penchant, où tout se fait écho sans jamais être semblable. Côté matériaux, l’idée est d’innover. « La variation des matériaux dans leur naturalité, leur aspect brut, me semblait très importante », insiste l’architecte. « Je ne voulais pas abuser du bois partout. » Le bois, du cèdre rouge, se travaille sur toutes les façades et les toits, en bardage ou en écailles appelées « tavaillons » ou « shingles ». L’ardoise pare les sols et certains murs. Elle provient des carrières toutes proches, comme la pierre souvent utilisée en soubassement. Les systèmes d’isolation sont à la pointe. « Nous avons choisi d’envelopper les bâtiments par l’extérieur avec un matériau isolant, le bois », explique Labro. « C’est un système d’isolation efficace. Le double ou triple vitrage était également de mise. » La station, qui fêtera bientôt ses cinquante ans, n’a pas vieilli. Au contraire, elle s’est patinée avec le temps, sans jamais se figer.

Parmi les bâtiments emblématiques, le palais du Festival avec son horloge façon beffroi des temps modernes et sa toiture-sculpture ou les chalets des Ardoisières aux lignes expressionnistes, dont l’Arkéta, propriété de Brémond. Et bien sûr les Dromonts, bâtiment-manifeste d’Avoriaz avec sa façade-toiture. Un exploit architectural et aussi le théâtre d’un exploit local : celui de Daniel Charié, propriétaire du ski shop qui fait face à l’hôtel. Sa boutique est le deuxième bâtiment édifié de la station. C’est aussi là que la majeure partie du show-biz vient s’équiper, voire plus, comme Brassens qui joue les jours de neige au milieu de clients sidérés. Bref, c’est en attendant le client qu’il se lance le défi de descendre la façade-toiture des Dromonts en ski. Ce qu’il fait six ans plus tard, en quatre sauts, au moment où son ami Yves Mourousi interviewe Gérard Brémond devant l’hôtel ! L’exploit passera même au 13 Heures.

La naissance du club Le Roc révèle bien l’état d’esprit d’alors. « Le club est né de manière spontanée », raconte Labro. « Nous avons fait des fouilles à la dynamite pour l’implantation de l’hôtel et nous sommes retrouvés avec une grande cavité rocheuse. Du coup, nous avons décidé d’en faire un club ! L’architecture ne s’improvise pas en principe, mais il y avait quand même une part de spontanéité, d’impro maîtrisée au fur et à mesure que “la bête” apparaissait. » Idem pour les banquettes de l’hôtel. « Le plâtrier m’a demandé quel était le modèle des assises », se souvient l’architecte. « Je suis sorti du salon et me suis assis dans un tas de neige pour lui donner la forme de mon corps. Tiens, tu l’as ton gabarit ! » Aujourd’hui, un spa Pure Altitude remplace le club. Aux excès de la nuit a succédé un havre de bien-être. Une autre époque.

 

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