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New York, la cité de la sueur

New York, la cité de la sueur

Par Nadia Hamam , le 23 novembre 2015

Une dose de high-tech, un twist de folie et un souffle de new age. New York croit au sport. Indispensable pour forger l’ADN du guerrier créatif qui fait turbiner la ville sans sommeil.

Si New York avait sa monnaie, la devise « In Sport We Trust » remplacerait celle du dollar national « In God We Trust ». Une vraie culture. Dans la ville-monde, suer est un art et gagner, une quasi sagesse. Incontournable pour réussir sa vie ici. En pole position, le culte de l’ego, mais de l’ego rentable. Donc de l’image, donc du corps. Le New-Yorkais doit être « fit », autrement dit mince et musclé, suffisamment agile pour saisir les opportunités les plus fugaces. Endurant aussi, s’il veut tenir la cadence des journées sans fin, des nuits trop courtes et des week-ends dédiés à cultiver son réseau pro. Ajoutez-y la touche de réactivité nécessaire, et l’ensemble va de soi. Une activité sportive synonyme d’une énergie au centre de tout est vitale et incontournable pour acquérir définitivement une citoyenneté guerrière et créative.

Culture fitness
En hiver, New York plonge dans de mini ères glaciaires où les températures stagnent parfois à -15 ° durant des semaines. C’est le moment où chacun doit puiser dans son métabolisme de quoi résister à l’enfer productif. Libérer la pression devient vital pour les nerfs et la santé, comme retrouver la lumière qui fait défaut à l’extérieur. Le succès phénoménal de la vague fitness et des salles de gym ultra sophistiquées ne s’explique pas autrement. Cours de HIT – High Intensity Training –, spinning et cycling essaiment dans des salles à l’éclairage tamisé, parfois agrémenté de bougies, musique à fond. Depuis qu’un certain David Barton a lancé dans les années 90 ses salles de fitness aux allures de discothèque, l’ambiance et l’esthétique des lieux sont particulièrement soignées pour rendre le sport addictif. À cette époque, l’identité sociale se raconte dans ce que l’on porte, les endroits fréquentés, les salles de gym où l’on prend un abonnement. Les cours d’abdos sont donnés par des profs habillés dans des tenues fitness ressuscitées des années 30. Sur les tapis, drag queens, transsexuels et bodybuilders côtoient anomymes et classiques – une curiosité en soi à New York.

Aujourd’hui, le concept de David Barton Gym n’a de cesse de se réinventer. Dernière ouverture en date ? Dans une église de TriBeCa. Histoire de prier pour un corps meilleur, en extase post-moderne sur des tapis de running dernière génération. Les infrastructures d’entraînement investissent les lieux les plus improbables. Le très confidentiel Vanderbilt Tennis Club propose depuis peu des terrains de tennis couverts dans la célèbre gare de Grand Central Terminal. On s’y bouscule pour ses courts ultra clean – les plus courus sont ceux du quatrième étage, baignés de lumière naturelle –, ses couloirs d’entraînement, son centre de fitness et son équipement d’analyse de swing au ralenti (le seul de la ville). Martina Navratilova, John McEnroe, Dustin Hoffman... Accessoirement, sa clientèle triée sur le volet – récupérée de l’époque où Monsieur Trump himself possédait les courts, dans les années 80 – permet de briller dans les dîners en ville.

Entre pelouse et bitume
Au printemps, quand la météo vire et fait monter le mercure à 30 °C en moins de deux mois, la fièvre sportive et hormonale draine des nuées d’habitants vers les poumons de la ville. À pied ou à vélo – grâce au programme Liquid, une sorte de Airbnb pour deux-roues –, cap sur les parcs, miracles de nature au cœur de la ville verticale. Chaque quartier possède son joyau vert : Prospect Park à Brooklyn, Van Cortlandt Park dans le Bronx, Flushing Meadows Corona Park dans le Queens, et bien sûr Central Park à Manhattan, qui concentre l’offre sportive la plus exhaustive de tous. Sur les pelouses de la ville, dès l’aube, des centaines de corps disciplinés entament leur séance de yoga par une salutation au soleil synchronisée. En juin, la séquence du « Solstice Yoga » déborde sur le bitume et colonise jusqu’aux trottoirs de Times Square. La végétation reprend parfois ses droits pour envahir des pans de la ville, comme en témoigne la High Line, un parc urbain surélevé situé sur une voie ferrée industrielle désaffectée. Sur le modèle de la Coulée Verte parisienne, cette promenade plantée vient d’être prolongée. Elle déroule désormais 1,6 km entre le Meatpacking District, West Chelsea et Midtown West. Dorénavant, les joggers peuvent respirer New York en admirant le Chrysler Building, l’Empire State Building et le New Yorker Hotel.

Terrains du bout du monde
À quelques stations de métro ou quelques minutes en ferry, New York dévoile un tout autre visage, libéré et sauvage. Interdite aux voitures, l’île de Governors Island, au sud de Manhattan, s’étend sur 69 hectares et possède un peu plus de 11 kilomètres de pistes cyclables. Vélo, jogging et sports collectifs s’y pratiquent avec vue sur la statue de la Liberté, s’il vous plaît. Phase de récupération possible dans un transat sur l’herbe ou la plage.

Également entre skyline et nature ultra préservée, le nouveau Trump Golf Links de Ferry Point déploie un 18 trous professionnel dessiné par Jack Nicklaus. Inauguré au printemps dernier, il est le seul terrain de golf pour l’organisation de tournois d’envergure à New York. Prochain bout du monde en voie de mutation ? Rockaway Beach, une « plage de surf authentique » aux confins de Brooklyn. Aux antipodes de la sophistication de Manhattan, cette langue de sable et de vagues aux édifices un brin destroy est en passe de devenir un haut lieu sport et arty grâce à la ténacité de Klaus Biesenbach. Installé depuis peu à Rockaway, le directeur du musée MoMa PS1 a tout simplement eu un coup de cœur pour l’endroit et a décidé d’en changer le destin.

Ascendant arty créatif
À la même enseigne que la mode, le high-tech, la scène gastronomique ou l’actualité culturelle, le sport made in New York se doit de donner le la au reste du pays, voire au monde entier. Prenez le bubble soccer, cette nouvelle manière décomplexée de pratiquer le football, où les joueurs sont nichés dans des bulles gonflables XXL et transparentes. Ils peuvent ainsi rouler comme des tonneaux, s’affronter comme des sumos, sans se blesser ni commettre de faute – cela dit, il y a des règles. Le sport ovni se pratique dans les lieux hautement recommandables de la ville – chaque samedi au Chelsea Piers – et une ligue est en cours de formation. Si, si. Autres lubies locales : le yoga du rire, ou le yoga tout nu, parce que le yoga tout simple, c’est ennuyeux – « boring » restant la pire insulte dans une ville dont la religion est d’étonner à chaque minute. Et quelle meilleure réplique pour monopoliser la conversation, que de dire de manière ingénue que votre vie a changé depuis que vous pratiquez la german wheel (roue allemande), un double cerceau géant dans lequel vous enfilez les acrobaties au fur et à mesure qu’il roule ? « Comment, tu ne connais pas ? Tu n’as pas vu le spectacle Queen of the Night au printemps dernier ? Absolument fabuleux. »

Côté quais
C’est la nouvelle ruée urbaniste de New York. Les quais ne sont pas seulement pris d’assaut par les terrasses et bars branchés, ils se reconvertissent les uns après les autres en hauts lieux de la pratique sportive, sur le modèle du Chelsea Piers, centre sportif XXL où hockey sur glace, escalade et autre yoga bénéficient d’infrastructures monumentales – on aime son practice de golf suspendu avec une vue imprenable sur la ville. La dernière génération de terrains sportifs posés au bord de l’eau challenge son aîné par une créativité in situ. Le nouveau Hudson River Park, plus récent et plus moderne, innove avec une architecture riche en aires extérieures et une école de trapèze établie... sur les toits ! Pour de mémorables pirouettes hors gravité en admirant les gratte-ciels de Downtown.

Pile sur la rive d’en face, au pied du pont de Brooklyn, le Brooklyn Bridge Park ne se contente pas de proposer des activités insolites comme la pétanque ou le bocce ball en marge des classiques terrains de sports collectifs. Il accueille jusqu’en avril prochain une exposition en plein air de l’artiste danois Jeppe Hein. Please Touch the Art (s’il vous plaît, touchez l’art) invite les badauds à toucher les dix-huit œuvres disséminées dans les espaces verts. Au menu, seize bancs publics savamment déformés ou encore, sur le Pier 3, un labyrinthe composé de miroirs ou votre image croise celle de la skyline de downtown Manhattan. À vivre en priorité le dimanche, jour où les food trucks les plus pointus de la ville animent une séquence gastronomique hors normes. Le terrain de sport géant se mue en méga party. Les tribus de hipsters, afro-américains des cités environnantes – les « Projects » – et autres méchés aux looks preppy assumés se frôlent et se checkent. Le parc offre aussi une aire de pique-nique géante équipée de barbecues mis à disposition des familles du coin, qui viennent avec leurs saladiers géants et leur barbaque. Trente personnes par table au bas mot. Parce que le sport doit être une fête.

Brooklyn mania
N’en déplaise à Manhattan, c’est ici que se dessine LE New York d’aujourd’hui, sport compris. Après le quartier de Brooklyn Heights et ses élégants immeubles de brique, place à Williamsburg, pas aussi gentrifié que le premier, mais pas loin. S’y active une jeunesse dorée obnubilée par le lancement d’applications qui révolutionneront le paysage numérique, ou de la ligne fashion qui défraiera la chronique stylistique de leur rue, nouveau centre du monde de la Côte Est. Pas moins. Leur agenda fluctue entre une fausse nonchalance et un art certain de la consommation décalée.

Morceaux choisis. 9 h. Dernier cours de yoga dans votre salle habituelle car le loyer de l’immeuble a encore pris 20 % et votre prof met la clé sous la porte. 11 h. Brunch avec des business partenaires potentiels. 14 h. Déjeuner au Brooklyn Surf Bar, les pieds dans un sable importé dans un immeuble en béton. 15 h 30. Visite d’une nouvelle salle de yoga à quelques blocks, dans le quartier de Bushwick – le coupe-gorge des années 2000 a été envahi par des promoteurs immobiliers aux bras tatoués et aux cheveux longs. Mi-studio, mi-centre ayurvédique, mi-galerie d’art, Bathi Space for Creative Wellness assure. 17 h. Retour à Williamsburg pour un jus d’herbes-légumes et une pause à l’atelier Flkr Surf histoire de vérifier l’avancée de la fabrication de votre longboard minimaliste. 18 h 30. Séquence skate au Black Bear Bar, équipé d’une rampe. 20 h. Vous attrapez un taxi pour aller manger de grosses pinces de crabe avec un marteau et un tablier géant au Brooklyn Crab, le restaurant culte du nouveau quartier qui monte, Red Hook. Ne pas se fier à son côté destroy et ses dealers de méthadone, il est pris d’assaut par les créatifs et artistes de tous bords – la moindre bicoque pourrie est déjà hors de prix. Votre prochain business ou bureau-atelier, c’est sûrement là-bas.

Le futur du sport
À l’horizon 2017, on scrute l’ouverture du Super Pier sur les quais de Midtown. Un centre de fitness et de bien-être imaginé par le génial hôtelier Andre Balazs qui sera équipé d’un mur d’escalade... sous l’eau ! Également très attendue, la piscine +Pool sera la première piscine flottante à eau filtrée au monde. En forme de croix, remplie par l’eau du fleuve Hudson et sans produits chimiques. Autre signe particulier : chacun des carreaux qui pavent le bassin sera gravé au nom d’un mécène participant à son financement. En échange, le généreux contributeur recevra un double du bout de carrelage en souvenir. Ou quand le dollar reprend ses droits sur le Who’s Who sportif de la ville-monde.

 

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