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Les nouveaux paradis du surf

Les nouveaux paradis du surf

Par Thomas Héteau , le 14 décembre 2015

Exit Bali, Tahiti et autres spots de rêve généralement associés à l’imaginaire du surf. La tendance est aujourd’hui aux contrées nordiques et aux rides en eaux froides. Cela porte même un nom, le « Cold Water Surfing ». Et les marques l’ont bien compris.

« l’ exploration est l’un des éléments fondamentaux du surf. C’est l’aventure, à travers des eaux cristallines et des paysages à couper le souffle qu’offrent les fjords de Norvège, dans l’espoir de découvrir aux pieds des falaises des vagues encore jamais surfées auparavant.» Loin de l’iconographie traditionnelle du surf, plus souvent empreinte d’eau turquoise, de corps dénudés et de sable fin, on évoque ici le littoral scandinave et les mers du Nord. C’est pourtant cet univers quelque peu hostile qui a inspiré les designers de Billabong pour concevoir leur nouvelle collection Adventure Division (ou A/Div), une gamme spécialement pensée pour une pratique hivernale de la discipline, aussi bien dans l’eau qu’en dehors, composée d’une combinaison néoprène Furnace Carbon mais aussi de parkas, doudounes et autres pulls.  «Évidemment, il est plus facile de surfer en boardshort sous le soleil, mais pour moi, le surf d’hiver reste bien plus attractif» lâche Greg Long, rider de grosses vagues de la team Billabong. «C’est un challenge supplémentaire, une expérience plus intense et plus extrême. Et puis, avec les technologies des combinaisons actuelles, on peut surfer partout.»

VRAIE TENDANCE OU EFFET MARKETING ?
Si les surfeurs core et les riders de big waves ont toujours attendu l’hiver avec impatience, une saison généralement synonyme de grosses houles, on constate depuis quelques années une réelle démocratisation de la pratique, notamment en Europe. C’est ce que certains appellent le Cold Water Surfing. «Plus qu’une tendance, il s’agit selon moi d’un développement naturel de la discipline», observe Franck Laporte, directeur exécutif de l’EuroSIMA, l’association européenne des industriels de la glisse. «Le nombre de surfeurs est en constante augmentation et beaucoup de spots sont aujourd’hui saturés. On va donc chercher des destinations plus isolées et plus froides.» Les surf trips à la mode ? La Norvège, l’Islande et même l’Alaska. Et les événements sportifs s’y mettent, à l’image du Coldwater Classic de O’Neill ou encore du Nixon Surf Challenge passé l’année dernière par la Russie. L’eau y est glaciale, il neige et les canards – technique permettant de passer sous la vague – sont une souffrance, mais ça cartonne ! Cet été, l’International Surf Film Festival d’Anglet a même attribué sa mention spéciale du jury à Headache, le premier long-métrage de surf allemand réalisé dans l’extrême nord de l’hémisphère Nord en plein hiver. «Le terme de Cold Water Surfing est peut-être nouveau, mais le surf d’hiver a toujours existé», tempère François Liets, manager de la Billabong Adventure Division. «Pour moi, c’est ce qui sépare le vrai passionné de celui qui surfe occasionnellement l’été.» Et le responsable d’admettre néanmoins un certain élargissement de cette pratique, dû notamment à l’augmentation globale du nombre de surfeurs. «Ils commencent l’été et ils aiment tellement ça qu’ils veulent continuer l’hiver. Celui qui aime vraiment le surf se dirige naturellement vers l’hiver, car c’est à ce moment-là que les conditions sont les meilleures.»

À en croire les historiques du secteur, le surf en eaux froides aurait toujours existé, seulement, aujourd’hui, les marques n’hésiteraient plus à communiquer dessus. C’est d’ailleurs le constat fait par un autre géant du surfwear, le Californien O’Neill. Positionnée sur le segment de l’eau froide depuis sa création, la marque américaine propose aujourd’hui sa gamme Psycho Series. «C’est une tendance marketing qui, finalement, ne fait que promouvoir ce que nous faisons depuis plus de 60 ans», analyse Joe Turnbull, chef de produits. «Mais il est vrai que les ventes sur cette catégorie n’ont jamais été aussi bonnes.» Pur concept marketing ou réelle évolution de la pratique, le Cold Water Surfing a au moins le mérite d’avoir fait évoluer le matériel et les technologies. Les équipementiers ont su réagir face à cette dynamique en améliorant la qualité de leurs produits et ils proposent, aujourd’hui, des combinaisons en néoprène plus performantes, plus flexibles et même des modèles chauffants comme la H-Bomb de Rip Curl. Aujourd’hui, la marque australienne mise sur sa FlashBomb, reconnue comme la combinaison la plus rapide à sécher (15 minutes). «Nous avons cette volonté d’améliorer le confort thermique de nos gammes pour repousser les limites de l’exploration en eaux froides. Pour nous, cela a toujours fait partie de notre ADN», rappelle Jean-Sébastien Estienne, responsable marketing Europe. «Mais il y a aujourd’hui comme un revival de la pratique, de nouvelles marques se créent autour du surf d’hiver et redynamisent le marché. Cela s’accompagne logiquement d’un équipement de meilleure qualité.»

VÊTEMENTS DE L’EXTRÊME
De plus en plus de surfeurs se jettent donc à l’eau l’hiver, et cela profite d’abord au marché du néoprène. Mais aussi à celui du sportswear. Au-delà des combinaisons développées pour des eaux glaciales, le Cold Water Surfing nécessite aussi des vêtements pensés pour profiter et non subir ces environnements nordiques. Voilà peut-être la vraie nouveauté. Ainsi, les collections s’étoffent de doudounes, pulls et autres coupe-vents, à l’image de la collection A/Div de Billabong qui propose des pièces fonctionnelles et techniques pour rester au chaud avant et après une session. «Au fil de nos surf trips en Irlande, nous avons mis au point du matériel adapté», précise François Liets. «Cette ligne est destinée à accompagner et protéger les surfeurs dans n’importe quelle situation: sous la pluie, le vent, la neige...» Même logique chez le concurrent Rip Curl avec la gamme Anti-Series. «En complément de nos combinaisons, on apporte un confort thermique», explique Jean-Sébastien Estienne. D’autres grands acteurs du surf préfèrent quant à eux s’appuyer sur leurs gammes déjà existantes, à l’instar de Patagonia. Si elle propose aussi des combinaisons pour les eaux les plus froides, comme ses R3 Yulex et R4 Hooded qui utilisent la laine mérinos, la marque américaine pioche dans ses collections montagne pour se positionner sur l’hiver. «De toute évidence, l’équipement qui fonctionne pour nos ambassadeurs alpins permet de protéger les surfeurs dans les zones les plus froides», note Gabriel Davies, responsable surf pour l’Europe. «Sur terre, nos sous-vêtements techniques Capilene sont d’ailleurs parfaits pour les riders.»

RELAIS DE CROISSANCE
Et si l’avenir du surf avait finalement sa place de décembre à mars plutôt que sous un soleil de plomb ? Certains préfèrent rester prudents. «Cet attrait peut être une mode passagère, nous faisons donc très attention», explique Jean-Sébastien Estienne de Rip Curl. «Cette tendance de l’hiver et des eaux froides fait surtout rêver le pratiquant pur et dur, mais ce n’est pas forcément quelque chose qui amènera les gens au surf. C’est quand même plus facile d’aller surfer sous les tropiques.» D’autres, en revanche, comptent bien miser dessus. En février dernier, l’EuroSIMA s’est ainsi associée à l’ISPO de Munich, le salon international destiné aux sports d’hiver et à la montagne, pour proposer la toute première plateforme B2B dédiée au Cold Water Surfing. «On reconduit l’expérience pour 2016», annonce Franck Laporte. «Je pense vraiment que ce segment de notre marché est amené à se développer.» D’autant qu’à côté des leaders historiques, une nouvelle génération de marques investit le business, à l’image de Finisterre. Le fabricant britannique a même fait le choix de se positionner uniquement sur le surf d’hiver. Sur un marché du surfwear qui sort tout juste d’une crise sans précédent, cela pourrait-il être pour les équipementiers un relais de croissance ? «Cette collection va nous apporter encore plus de crédibilité et nous positionner sur un segment où nous n’étions pas avant. Dans le surfwear, il y avait peut-être ce petit truc à prendre», avoue François Liets de Billabong. «C’est un bon secteur de croissance pour nous. Mais attention, ce développement a été pensé pour répondre à un réel besoin. C’est un bon concept qui rendra service aux surfeurs d’Europe.» Après avoir construit leur notoriété à base d’images de cartes postales, de boardshorts et de palmiers, Billabong & Co pourraient bien puiser dans cette version glacée du surf une nouvelle source d’épanouissement.

 

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