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Langkawi, nouvelle destination eco-touristique

Langkawi, nouvelle destination eco-touristique

Par Emmanuel Le Ber , le 04 juillet 2016

Et si l’archipel malaisien de Langkawi formait, face aux destinations touristiques éculées, aux visites guidées et cliché, l’un des derniers édens pour redécouvrir la nature ? Parmi les milliers d’espèces vivantes de cet écosystème unique, retour à l’état sauvage sans pour autant abandonner tout à fait l’idée du luxe. Non mais...

L’Hôtel sétire le long d’une plage privée d’1,5 km formée par un bandeau de sable blanc. Quelques cocotiers posés de-ci, de-là histoire de faire carte postale et une mer bleu indigo d’où sortent trois îlots verts et vierges à environ un kilomètre du bord. Je suis bien. Depuis la cabine privée de la vaste piscine, je joue avec mes doigts de pied en éventail à masquer les arbres exotiques qui jaillissent de la piscine à débordement. Devant, derrière, tout n’est que luxuriance. Je reprends mon souffle, confortablement allongé dans un transat en bois XXL. Je profite des derniers instants de mon séjour, la navette pour l’aéroport va venir me chercher dans moins d’une heure. Je revis en somnolant mon court mais heureux séjour en terre malaise. Tout avait pourtant mal commencé.

7 heures du matin, je m’ouvre aux paroles du prof de yoga. Très vite, ma relaxation est perturbée par les cris incessants des « red-wattled lapwing », ces oiseaux locaux fins et colorés, avec leurs «did he do it? Did he do it?»; besoin de me concentrer sur mon souffle mais impossible: «did he do it?», la réponse est clairement non! Mais le pire est à venir. Au moment critique de la position du lotus, voici qu’une Chinoise longiligne, aussi souple qu’une liane et plutôt belle, décide de faire basculer la séance de yoga en un shooting mode, aidée par sa mère, sa plus grande fan. Cette dernière déserte les postures enseignées pour mitrailler sa progéniture sous toutes les coutures : sa fille qui fait bien le lotus, sa fille en pleine salutation au soleil... Sur les plans larges, j’ai l’impression d’être un mauvais figurant.

Et le safari photo se poursuit lorsque la top-modèle de Langkawi apparaît au petit-déj en robe du soir, créant la sensation parmi un public mal réveillé, toujours suivie de sa mère et de son Nikon en mode rafale. À ce moment précis, et malgré la qualité du buffet, je me demande ce que je suis venu chercher ici. Heureusement que quelqu’un allait faire basculer mon séjour en un vrai moment de reconnection avec la nature.

Heidi puise son énergie dont ne sait où. Il ne cesse jamais de parler, avec ce grain de voix unique et rauque. Son métier de naturaliste est sa passion. Une passion qu’il sait transmettre, il a été enseignant. Chaque matin, il part inlassablement à la (re)découverte de la faune et de la flore locales avec son téléobjectif digne des paparazzis tropéziens. Et aujourd’hui, à bord d’une barque nerveuse, il a décidé de nous faire visiter les trésors de son île : les mangroves et leur écosystème unique.

Nous quittons les installations luxueuses de l’hôtel et sa plage de sable blanc pour nous aventurer dans un étroit corridor d’eau de mer. Je suis dubitatif devant ce ballet de palétuviers, ces milliers de racines enchevêtrées que forment les mangroves. Heidi nous explique que la compétition dans la forêt tropicale est tellement acharnée – seulement 3 % de la lumière du soleil atteint le sol – que de nombreuses espèces d’arbres sont dans l’obligation de migrer vers les mangroves et de s’adapter. C’est le cas des rhizophora qui peuvent vivre 150 ans et dont les feuilles possèdent une fine membrane transparente qui laisse passer le soleil mais empêche le sel de les ronger. Un peu plus loin, dans une portion du lac, un ballet d’aigles agiles voltige en silence à la recherche de proies. Notre professeur nous rappelle que la famille des aigles tue avec les serres tandis que celle des faucons déchiquète avec le bec. J’ai l’impression d’être en classe découverte. Plus nous pénétrons dans les entrailles des mangroves, plus le temps se suspend et ma sensibilisation à l’écologie augmente.

MANGROVE MON AMOUR
Dans les eaux à marée basse, l’espace de quelques dizaines de mètres, flottent dans cet écosystème pourtant protégé́, une veille semelle, une bouteille en verre, un sac bleu délavé́ accroché dans les arbres, et une bouteille de soda dont Heidi détermine l’origine grâce à son étiquette : celle-ci est thaïe apparemment... Au début des années 90, les eaux des mangroves sont si polluées que les poissons ont disparu. Du coup, les aigles se sont déplacés en mer pour chasser. Les conséquences directes ont été́ une raréfaction des poissons en mer et une augmentation des accidents d’avion, dus aux vols intempestifs des rapaces. C’est ce qu’on appelle l’effet papillon. L’archipel accède en 2007 au statut envié d’écoparc, délivré́ par l’UNESCO. Interdiction de pêche, de cueillette et de chasse, limitation de vitesse, tout un arsenal est mis en place pour protéger les merveilles de l’île. Une aubaine pour le tourisme vert qui se développe à vitesse grand V.

Nous entrons dans une grotte à la recherche de chauves-souris. C’est l’embouteillage : les bateaux de touristes se frôlent et se jaugent au nombre d’appareils photo et de flashes crépitant espérant capturer les chiroptères dans leur position favorite. Un peu plus loin, sur le rivage, des poissons de la taille d’une petite friture font des bonds de 60 cm. Hallucinants, ces petits gobies qui gambadent à fleur d’eau, condamnés à vivre entre terre et mer. Je fixe mon regard sur le monticule de sable boueux : j’aperçois un crabe, puis deux, puis quatre... En fait, il suffit de poser les yeux quelques instants pour que s’offre à voir un monde miniature grouillant – d’après les études, ils sont en fait plus de 50 crabes au mètre carré. Les mâles, dotés d’une unique et démesurée pince de combat, fanfaronnent.

Dans ces mangroves décidément très peuplées, un varan géant se dorant sur la roche plus tard, me voici nez à nez, dans mon long travelling en barque, avec toute une famille de macaques. Des nourrissons accrochés au ventre de leur mère au vieillard assoupi en passant par l’ado fougueux et péremptoire. Il semble réclamer son du, pourtant, là encore, notre guide nature nous met en garde : en jetant de la nourriture, on dérègle le social. En lançant un morceau de pain au hasard sur un maillon faible du groupe, ce dernier est attaqué illico par le boss car la règle veut que ce soit le mâle alpha qui goûte le premier.

En débarquant sur la plage pour un déjeuner à base de gambas et d’avocats accompagnés d’une eau pétillante italienne – apparemment le comble du chic dans la mer d’Andaman –, je repense à cet alpha-male simiesque se présentant fièrement à nous, bras croisés dans le dos, jambes écartées, attributs conséquents exhibés sans complexe. Le regard perçant, il semble nous défier pour savoir « qui a la plus grosse » ? Justement, j’ai rendez-vous au spa pour un soin de vigueur masculine, avec Stéphanie, une Française exilée. Au milieu des frangipaniers, elle m’explique le concept : « Lorsqu’on s’immerge dans les forces de la nature, on ne peut que se relaxer, se restaurer et se régénérer. Se reconnecter à la nature, c’est aussi se reconnecter à soi.» J’écoute le laïus de mon hôte d’une oreille distraite car je n’ai plus qu’une idée en tète, mon soin : « un truc revigorant pour rebooster mon sex-appeal » m’a-t-on promis.

SEA, LUXE ET SOINS
Au commencement, il y a l’ouverture des chakras. L’encens fait son effet face à la mini-cascade vieille de 40000 ans. Puis, désorienté́, je me couche pour un massage intégral qui, compte tenu du décalage horaire, équivaut à une maxi sieste. Heureusement, le bain de vapeur me fait sortir de ma torpeur. Les vertus aphrodisiaques, voire dionysiaques de la racine locale tongkat-ali vont-elles produire leur effet? À l’issue des deux heures et quelque de soin, j’ai juste envie de me coucher. D’autant que la pluie s’est mise à tomber. Le dîner, originellement prévu sous une tente sur la plage, est rapatrié dans le dur. Les croassements démesurés des crapauds jouent de pair avec les cordes de pluie, tandis que le chef en habit traditionnel nous sert un grill d’anthologie: pièce de bœuf, poulet, poisson blanc et langouste, cuits à la perfection. Lorsqu’enfin la pluie cesse, le personnel aux petits soins nous propose de prendre le dessert sur la plage. Nous voici autour d’un feu de camp à faire griller des chamallows.

Mes quatre tasses de thé au gingembre peinent à adoucir les courbatures engendrées par la session de standing paddle de la fin d’après-midi. Pourtant, l’île en face n’est qu’à un kilomètre, mais je pagaye contre le vent. Le ciel est tourmenté. Sur mon engin, je rame tel un galérien des temps modernes. Mais, très vite, devant l’orage au large et les éclairs au loin, j’abandonne l’idée de l’expédition « Robinson Crusoé » sur l’île mystérieuse. Je me réconforte en longeant le bord avec l’impression de marcher sur l’eau.

L’ILE À VÉLO
Si le tourisme est la principale ressource de l’archipel de 500 km2 et que quelques projets pharaoniques attrape-touristes ont vu le jour ces dernières années, le charme de Langkawi réside indéniablement dans son côté sauvage, son authenticité. Par un après-midi versatile, nous tentons donc l’aventure hors resort et à vélo. Très vite dégoulinants, nous faisons halte dans un hameau où une bande de jeunes rigolards nous accueille en grande pompe. L’un des plus téméraires grimpe tout en haut d’un arbre pour nous cueillir des ramboutans tandis qu’un garçon resté en bas, au sourire de jade, agrippe fièrement dans ses bras un coq de combat. Puis, pause café́ exotique en bordure de route, où le patron, aux allures de méchant d’un blockbuster bollywoodien, procède aux préparatifs du mariage de son fils. Tandis que les enceintes crachent des chants religieux lancinants, de grandes marmites de fritures et de poulet curry bouillonnent devant les silhouettes approximatives d’hommes en nage; les épouses, quant à elles, gaiement voilées, discutent côté́ rue, entourée de leurs petites filles rieuses et couvertes aussi.

Sur la route, malgré́ la végétation luxuriante, je note le soin tout particulier que les habitants de l’île mettent à embellir leurs façades colorées avec des plantes et des fleurs qu’ils font pousser dans des pneus, jarres de fortune ou bouteilles en plastique éventrées et reliées par des cordelettes à l’horizontale. Langkawi, l’île de la récup !

Il fait lourd, la cascade arrive à point nommé ; mais à peine le temps de se tremper que c’est le ciel qui nous tombe sur la tête. De retour au resort, sur le chemin de ma case de luxe de 80 m2 avec jacuzzi géant, double lavabo et lit king size, je m’arrête un instant et observe au pied d’un arbre centenaire le conciliabule d’une armée de singes. Ils sont si proches de moi... Ne comprenant pas exactement l’objet de la réunion, je finis par décrocher, pour retrouver le confort CSP ++ de mon éphémère chez moi.

La navette pour l’aéroport ne devrait plus tarder. Je racle les dernières secondes de mon séjour, les yeux fermés, allongé sur le transat deux places. Le soleil cogne et tout à coup les cris du « did he do it ? » me paraissent familiers, j’y trouve presque un message. « Did he do it ? Did he do it?», la réponse est oui! il l’a fait, il s’est régalé́! Il a déconnecté́, il s’est ouvert à la nature et le voilà qui flotte littéralement au point de parler de lui à la troisième personne. Vivement qu’il prenne l’avion pour Paris, histoire de redescendre un peu.

CAMP DE BASE
C’est face aux eaux limpides de la mer d’Andaman que l’on vient reprendre sa respiration et retrouver son quant-à-soi. Un resort qui ressemble plutôt à un village malais planqué aux pieds de montagnes drapées d’une végétation luxuriante et de formations rocheuses vieilles de 550 millions d’années. On y vient alors pour la nature exubérante de son Géoparc, sa plage longue de plus d’un kilomètre, ses mangroves du parc naturel de Kilim Karst et un géospa s’inspirant des énergies naturelles régénératrices de l’archipel.

Si toutes les beach villas se trouvent à quelques mètres du rivage et jouent la carte de l’indépendance totale avec jardin, piscine et spa privé, on choisit la numéro 18 pour ses airs de vraie fausse robinsonnade. Lorsque l’on quitte le nid, c’est uniquement pour s’immerger dans la forêt tropicale, tenter d’apercevoir le calao géant ou partir en kayak dans les mangroves. 
fourseasons.com/langkawi

CARNET DE ROUTE
Forfait 10 jours/7 nuits au Four Seasons Resort Langkawi à partir de 3 625 € par personne, incluant les vols A/R depuis Paris via Singapour en classe économique, les transferts privés et l’hébergement en chambre double avec petit-déjeuner.

Renseignements et réservations : Kuoni Emotions, 01 55 87 82 50, kuoni.fr

 

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