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La Isla bonita

La Isla bonita

Le 30 juin 2011

De la première île-boutique griffée Louis Vuitton dans la baie de Singapour à l'île de Saadiyat au large des côtes d'Abu Dhabi, où les plus grands musées du monde auront leur annexe, ces écrins enchâssés aux plus belles eaux du monde jouent leur nouvelle fonction de retraite contemporaine ultime. Décryptage.

La vie est un tourbillon sans repos, nous ne sommes pas faits pour vivre dans l’oeil du cyclone. Devant l’urgence généralisée et les aléas d’un « toujours plus », rarement satisfaisant soit dit en passant, les plus agiles repensent le temps et le repoussent. Un temps sans heure, un temps pour soi, égoïste et hédoniste, un temps sous toutes les latitudes.

Hermès vient d’ailleurs de le mettre en apesanteur, signant ce « miracle » philosophique et technologique d’une création horlogère tout simplement baptisée Le Temps Suspendu. D’une infime pression du bouton pressoir, les aiguilles s’immobilisent en position verticale, les bras vers le ciel, comme si le temps disparaissait. Deux minutes plus tard ou cinq jours après, peu importe, la même manipulation permet au temps de reprendre sa course, comme si rien ne s’était passé. Symbole ultime d’un luxe contemporain inquantifiable, ce garde-temps révolutionnaire est sûrement l’unique accessoire que l’on emporterait sur une île, dernier refuge en date extrêmement convoité pour échapper au temps et à ses vicissitudes.

Hasard des calendriers ou opportunisme bien senti, la Chine vient de mettre en location – pour 50 ans – une liste de 176 îles sur les 6 500 que compte l’empire du Milieu. Précurseurs, Bernard Arnault et Johnny Depp ont anticipé la tendance en achetant leur propre bout de terre aux Bahamas à la fin des années 90. Quand le premier en fait un repaire de luxe pour 30 millions d’euros, Indigo Island, le second baptise son nouveau territoire Fuck off Island.

Chez Diesel, l’utopie est au rendez-vous. La marque se lance en 2011 dans une aventure philosophico-commerciale : « Créer un monde merveilleux pour les courageux définitivement stupides ». Renzo Rosso avait déjà posé les premiers jalons de ce « monde merveilleux » en imaginant, en 1994, une ferme Diesel plantée au beau milieu d’une Toscane sublimée, avec production d’huile d’olive et de vin locavore à l’appui. Aujourd’hui, une étape supplémentaire a été franchie, l’objectif étant d’offrir un ticket, un pass pour la société parfaite située pour le moment à Calvi on the Rocks. La marque offre ainsi aux futurs habitants un passeport appelé « Saint Objet », sésame d’un mode de vie plus adéquat.

Coup marketing soit, mais signe des temps surtout. L’île s’est ainsi métamorphosée en nouvelle cure psychanalytique, en cachette secrète, en refuge ultime, l’endroit où l’on se replie sur soi sans pour autant négliger les envies d’un luxe à la simplicité sophistiquée. Car il ne faut pas se méprendre, le mot fait rêver, mais le fantasme a son prix. Passer quelques jours, comme au premier jour, sur ces morceaux de terre au milieu de rien a toutes les chances de déclencher sentiment d’angoisse et d’enfermement si un certain lifestyle n’est pas à disposition. N’est pas Robinson Crusoé qui veut...

Pour conjurer le mauvais sort et éloigner tout risque de burn out, les îles se sont transformées en édens 5 étoiles où l’on vient oublier le temps, où l’envie de nature se décline à travers des projets privilégiant le côté green, vert, bio... Une manière de rejouer Adam & Eve en toute bonne conscience, sans les risques d’une nature effrayante ou indomptée. La multiplication effrénée des réalisations hôtelières aux Maldives et sur l’île Maurice n’en est-elle pas la preuve la plus cinglante ? Il n’est pas un mois sans qu’un palace sorte du lagon, avec ses villas aux 3 piscines, son butler dédié au sommeil ou aux sports de glisse, son meilleur chef du monde en guest-star.

Pour le groupe hôtelier asiatique Peninsula, la réflexion serait de réaliser dans les années à venir des hôtels-îles en marge de leurs propriétés urbaines (Hong Kong, New York, Los Angeles...) où les voyageurs pourraient échapper aux turpitudes du quotidien et ainsi faire les allers-retours entre rêve et réalité.

De son côté, la marque Aman n’a pas hésité à racheter une île-village dans son intégralité : Sveti Stefan, située dans le sud du Monténégro, ancienne villégiature du président Tito où il invitait la jet-set des années 60. Le résultat est un petit bijou posé sur les flancs de la côte adriatique où les suites ont pris possession des anciennes maisons de l’île-village.

La multiplication des initiatives semble procurer aux nouveaux faiseurs d’insularité le statut de gourou des temps modernes et d’aventurier seul au monde, version les yeux dans le bleu, les doigts de pieds en éventail.

 

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