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Ce qu'on pense des applis sportives

Ce qu'on pense des applis sportives

Le 10 août 2015

Courir, nager, dormir, surveiller sa ligne. Il y a des applis pour chaque temps de notre vie. Certains en sont inconditionnels, d’autres flairent le danger. Alors, les applis sportives, on en dit quoi ?

Elle court, comme suspendue dans l’air, sur un tapis de mousse entre de grands pins, la mer au bout. Elle court encore, après un taxi maintenant. Elle monte les escaliers, lentement, sereine, un dossier sous le bras. Elle danse. Elle est sportive. Elle est jeune, active. C’est une femme épanouie. Si elle se sent aussi bien, c’est sans doute à cause de son petit bracelet. « Je suis en harmonie avec mon corps. Mon Gear Fit est mon nouveau coach sportif. Avec lui je suis connectée à mon smartphone. Je reçois mes appels et mes messages, et mesure tous mes efforts. Dépassez-vous chaque jour avec le nouveau bracelet connecté Samsung Gear Fit. » En quelques années, le marché du sport 2.0 a explosé. Raquettes connectées, comparateurs de données, et désormais la grande mode des bracelets qui calculent votre temps de sommeil, votre alimentation calorie par calorie, votre consommation de café et votre tension, évidemment. Des évolutions à poster sur Facebook, à liker, à tweeter... À côté, le bon vieux cardio-fréquencemètre fait figure d’objet de l’âge de pierre. L’objectif ? Pousser les gens à faire du sport, à vivre sainement et à prendre leur vie en main. Derrière les bonnes intentions, le risque d’une infantilisation grandissante et d’une dépendance supplémentaire à une énième innovation technologique.

Ainsi iFit vient de lancer sa nouvelle plate-forme de fitness globale, « un écosystème qui trackera l’ensemble de votre activité » explique Vincent Tresca, responsable pour l’Europe de la marque du groupe Icon Health and Fitness, numéro un mondial du fitness à domicile. Un ensemble de capteurs permet de gérer les performances, le niveau de stress, le nombre de pas, la tension, l’indice de masse corporelle, tout. À partir de trackers et de montres, l’interconnexion permet à votre mixeur connecté de savoir quel est le repas idéal selon vos objectifs – bien-être ou performance –, que vous vous entraîniez en salle avec iFit Inside ou en extérieur avec iFit Outside, qui offre la possibilité de suivre votre parcours n’importe où avec Google Maps, puis de trouver la récupération optimale. Comment ? Grâce à la chambre connectée. Avec un lit qui vous connaît, règle son inclinaison et sa température en fonction de vos efforts de la journée, et vous réveille en douceur au moment idéal, lors de votre cycle de sommeil le plus léger. Aidé en cela par un diffuseur d’huiles essentielles qui lui aussi vous connaît, et sait ce qui est bon pour vous. Et si vous avez bien dormi, ce qui ne manquera pas d’arriver, vous pouvez enfiler vos chaussures connectées pour un petit footing où vous êtes conseillé sur la qualité de votre foulée. Pour le petit-déj et son bilan calorique, pas d’inquiétude, il vous suffit de flasher votre plat avec votre téléphone. « Nous avons un répertoire de 5 000 aliments » précise Vincent Tresca. « Un Mars, et ça repart ! » c’est fini, et avec cet écosystème, Stanislas aurait évité la barre de céréales enrobée de sucre juste avant le départ de sa course.

Hyperconnexion = addiction ?
Merveilleux ou plus que flippant ? La course au « quantified self », littéralement « soi quantifié », n’en est qu’à ses débuts, mais elle semble s’être accélérée depuis trois ans. Le terme est apparu en 2007 dans la Silicon Valley, puis a été popularisé par une revue de technophiles fanatiques, Wired. Les marques se livrent une guerre sans merci pour mettre la main sur un marché plus que prometteur, selon une étude du cabinet américain Research2Guidance qui l’estime à 26 milliards de dollars à l’horizon 2017. Bracelets Fitbit ou autres Jawbone (la dernière levée de fonds réalisée par le fabricant californien en septembre fut de 147 millions de dollars), difficile cependant de trouver des chiffres sur le nombre d’utilisateurs connectés. « Pour ce qui est du nombre de ventes, je ne peux pas vous donner de chiffres » avoue Vincent Tresca, pour qui en tout cas « les gens apprécient l’interconnectivité ». À voir sur le long terme...

Ivan, lui, bien que toujours connecté, l’est pourtant moins qu’avant. « J’en ai eu marre que des mecs que je ne connaissais pas m’applaudissent pendant mes parcours. Au bout d’un moment, tout ce partage a quelque chose d’intrusif. » Coureur compulsif, triathlète enthousiaste, il a toujours été sportif. Ceci pour préciser qu’il ne fait pas partie de la cohorte des nouveaux venus à l’effort grâce aux nouvelles technologies, phénomène qu’il ne déplore pas, loin de là. « Certains débutants, il est clair que c’est l’appli qui les a poussé à mettre des baskets et à sortir. » Accro au Net et à toutes les nouveautés ? Ce Niçois d’adoption l’est assurément. « Je ne sors plus sans mon appli, sinon je me sens à poil » constate-t-il. « J’ai commencé il y a cinq ans avec 3, 2, 1 Run, puis je suis passé à Runtastic. Tous les runners l’utilisent. Tu fais partie d’une communauté, tu as des plans d’entraînement, des statistiques, des bilans fitness. Pour le triathlon, il y a Garmin, que tu peux plugger sur ton vélo et qui affiche ton parcours en couleur. Tu as tes temps de natation, tes temps de transition, tout, tu peux échanger. » Il reconnaît que ce petit truc qui lui a changé la vie et lui a permis de progresser l’a aussi rendu fortement dépendant. « Sans mon iPhone ou mon Garmin (400 euros tout de même), je suis frustré. Tu veux savoir en combien tu as passé ton kilomètre, tu as besoin d’une preuve. Tu n’es plus dans le plaisir. Déjà que le sport et les endorphines rendent accro, là, pour celui qui a un peu du mal à contrôler ses addictions… » Une addiction aux conséquences parfois étranges, quand la technique semble devenir plus réelle que le réel. « Ce qui est terrible, c’est quand tu reviens de ta sortie et que tu t’aperçois que le truc a buggé. Tu es tellement connecté que tu te dis que c’est toi qui a buggé ! »

La dérive des applis
Dominique Wolton, directeur de recherche en sciences de la communication au CNRS, étudie depuis des décennies les rapports entre science, technique et société. Il court tous les matins, seulement équipé d’une montre, et s’avère très critique. « Le sport a un rôle social et culturel. C’est un échappatoire, un des seuls espaces de liberté. Ces outils sont pires que la rationalisation dans le travail, c’est une rationalisation supplémentaire qui augmente la désocialisation de l’individu. C’est une forme de “narcissisation”, de reprise totale de soi et d’oubli total de l’autre. On court avec sa musique, dans sa bulle, “est-ce que j’ai maigri, est-ce que j’ai bien mangé, bien dormi ?”. » Souvent, les novices qui se mettent au sport veulent des résultats rapides, de l’efficacité. Quid du nécessaire ennui, de la stagnation, de l’échec et de l’imprévu, barrières que tout pratiquant expérimente à un moment, et qui font partie du parcours de tous les grands champions ? « C’est la logique de la vitesse et d’Internet, être connecté à tout, même via son corps désormais, avoir accès à tout en un clic. Mais la connaissance ce n’est pas du presse-bouton, c’est du temps perdu et de l’accumulation. » Même chose pour une vie de sportif.

Un phénomène qui laisse très sceptiques certains observateurs, qui voient dans ces pratiques de quantified self un risque de dérive vers une éradication progressive des différences individuelles, sous couvert d’épanouissement. « Dans la mesure où ces pratiques contribuent à redéfinir continuellement des objectifs de performance et de jouissance de manière à inscrire les individus dans des processus de perfectionnement dont les objectifs reculent au fur et à mesure qu’ils progressent, le risque est évident, pour les adeptes, de tomber dans une forme de “normopathie” (maladie de la norme). Le langage, la pensée, le comportement, normés en vue de la performance et de l’efficacité, y perdraient tout pouvoir de contestation dès lors que la vie elle-même deviendrait un programme, lui-même intégré à celui d’une immense machinerie acéphale » écrit Antoinette Rouvroy, chercheur en philosophie du droit, membre du Comité de la Prospective de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en introduction d’une étude consacrée au sujet. En résumé, de Big Brother au Big Data, il n’y a qu’un pas, lié par le slogan martelé dans le 1984 de George Orwell : « La liberté, c’est l’esclavage ».

Pour Dominique Wolton, se faire assister de toutes ces applications, c’est une professionnalisation de son propre corps. « Je cours pour rêvasser, pour voir le monde. En plus, cela me paraît antinomique avec la production d’endorphines ! » Oui, comment rentrer dans la « zone », recherchée par tous les sportifs, quand on est connecté en permanence ? Et la mise en réseau des données ou le contact sur les réseaux sociaux ne changent rien à l’affaire. « On peut être en contact avec les autres et replié sur soi, cela n’a rien de contradictoire. Ce narcissisme peut aussi traduire une formidable angoisse métaphysique. La quantification absolue, la comparaison avec tous, c’est se donner l’illusion d’arrêter le temps, donc de repousser la mort. Et paradoxalement, dans une pratique qui est mouvement, qui est tout sauf l’arrêt. »

Pas sûr que les coureurs kenyans qui allongent leurs foulées sur les hauts plateaux le fassent bardés de capteurs. Et quand Anton Krupicka, un des plus grands coureurs d’ultra-trail, parle de son entraînement, il est frappant de voir à quel point il est avant tout à l’écoute de ses sensations. « Je prépare mes itinéraires sur mon ordinateur, mais quand je pars, je n’écoute pas de musique, j’ai juste une montre avec un altimètre. Courir, c’est se retrouver avec la nature. C’est un moment privilégié. L’ordi, je suis dessus toute la journée, ça suffit ! »

« Il y a tout de même du bon » tient à conclure Ivan. « Pendant le marathon, au trentième kilomètre, je n’en pouvais plus, j’étais rincé. Ma femme était restée à Nice, elle me suivait sur Runtastic grâce au GPS. Elle m’a envoyé des encouragements et des applaudissements sur mes écouteurs. Ça m’a mis les larmes aux yeux et je suis reparti. » Lui, on peut parier qu’on ne lui enlèvera pas ses applis de sitôt. Elle court, comme suspendue dans l’air, sur un tapis de mousse entre de grands pins, la mer au bout. Elle court encore, après un taxi maintenant. Elle monte les escaliers, lentement, sereine, un dossier sous le bras. Elle danse. Elle est sportive. Elle est jeune, active. C’est une femme épanouie. Si elle se sent aussi bien, c’est sans doute à cause de son petit bracelet. « Je suis en harmonie avec mon corps. Mon Gear Fit est mon nouveau coach sportif. Avec lui je suis connectée à mon smartphone. Je reçois mes appels et mes messages, et mesure tous mes efforts. Dépassez-vous chaque jour avec le nouveau bracelet connecté Samsung Gear Fit. » En quelques années, le marché du sport 2.0 a explosé. Raquettes connectées, comparateurs de données, et désormais la grande mode des bracelets qui calculent votre temps de sommeil, votre alimentation calorie par calorie, votre consommation de café et votre tension, évidemment. Des évolutions à poster sur Facebook, à liker, à tweeter... À côté, le bon vieux cardio-fréquencemètre fait figure d’objet de l’âge de pierre. L’objectif ? Pousser les gens à faire du sport, à vivre sainement et à prendre leur vie en main. Derrière les bonnes intentions, le risque d’une infantilisation grandissante et d’une dépendance supplémentaire à une énième innovation technologique.

Ainsi iFit vient de lancer sa nouvelle plate-forme de fitness globale, « un écosystème qui trackera l’ensemble de votre activité » explique Vincent Tresca, responsable pour l’Europe de la marque du groupe Icon Health and Fitness, numéro un mondial du fitness à domicile. Un ensemble de capteurs permet de gérer les performances, le niveau de stress, le nombre de pas, la tension, l’indice de masse corporelle, tout. À partir de trackers et de montres, l’interconnexion permet à votre mixeur connecté de savoir quel est le repas idéal selon vos objectifs – bien-être ou performance –, que vous vous entraîniez en salle avec iFit Inside ou en extérieur avec iFit Outside, qui offre la possibilité de suivre votre parcours n’importe où avec Google Maps, puis de trouver la récupération optimale. Comment ? Grâce à la chambre connectée. Avec un lit qui vous connaît, règle son inclinaison et sa température en fonction de vos efforts de la journée, et vous réveille en douceur au moment idéal, lors de votre cycle de sommeil le plus léger. Aidé en cela par un diffuseur d’huiles essentielles qui lui aussi vous connaît, et sait ce qui est bon pour vous. Et si vous avez bien dormi, ce qui ne manquera pas d’arriver, vous pouvez enfiler vos chaussures connectées pour un petit footing où vous êtes conseillé sur la qualité de votre foulée. Pour le petit-déj et son bilan calorique, pas d’inquiétude, il vous suffit de flasher votre plat avec votre téléphone. « Nous avons un répertoire de 5 000 aliments » précise Vincent Tresca. « Un Mars, et ça repart ! » c’est fini, et avec cet écosystème, Stanislas aurait évité la barre de céréales enrobée de sucre juste avant le départ de sa course.

 

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