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Akram Khan  ouvre les JO

Akram Khan ouvre les JO

Le 25 juillet 2012

Akram Khan est le chorégraphe de la prochaine cérémonie d'ouverture des JO, sous la direction du metteur en scène Danny Boyle. Du haut de ses 37 ans, l'Anglo-Bengali qui a fait danser Juliette Binoche baisse la garde à Londres. Rugby, natation, arts martiaux et danse : un vrai ballet choc.

« Je n’ai jamais été aussi gros. La séance photo m’angoisse», lance en demi-teinte Akram Khan, le directeur de ballet à la silhouette élancée, blessé au talon d’Achille début janvier, lors d’une répétition avec la danseuse Sylvie Guillem. Dans la foulée, l’ancien étudiant passé par la bruxelloise et ultra courue P.A.R.T.S. d’Anna Teresa De Keersmaeker confirme vouloir arrêter la scène dans cinq ans : «J’ai la chance d’être aussi chorégraphe. Je danserai alors plus par l’esprit». D’une sincérité qui respire la spiritualité, celui qui gamin rêvait d’être mathématicien multiplie les coups de théâtre sportifs.

Comment va votre pied?
J’ai été opéré. A quelques millimètres près, je ne faisais plus ce que je voulais avec mon talon. Mais marcher reste très douloureux. Et c’est tellement long. J’ai besoin de beaucoup de patience. Avec l’ouverture des JO le 27 juillet, c’est un challenge. 

Participer aux JO, ça vous fait quel effet?
Effrayant ! Excitant ! Ce n’est pas comme un ballet avec lequel tu pars en tournée. Là, c’est un one shot  ! Ces quatre mois d’arrêt m’ont fait perdre confiance en moi. Alors quelle chance d’être là. 

Vous travaillez avec le réalisateur Danny Boyle et le groupe Underworld, l’équipe du film culte Trainspotting. Comment sera la cérémonie ?
Typiquement anglaise ! En restant axée sur les gens, leur personnalité. Pas comme celle de la Chine qui était beaucoup sur l’égo : « nous sommes les meilleurs ». Il y aura plus d’humilité, selon la volonté de Danny.

Comment vous a-t-il choisi?
Il est venu voir Vertical Road qui traite d’une quête spirituelle inspirée par la tradition soufie et un poète persan, de la vie et de la mort, avec des danseurs venus d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient. Il m’a posé plein de questions et au fil de la discussion, notre collaboration s’est imposée naturellement.

Vous danserez en solo?
Peut-être. Vous savez, les autorités olympiques sont très strictes sur la confidentialité. Disons que je serai chorégraphe et danseur. Mais pas sur la musique d’Underworld qui travaille sur la conception scénique. 

Cela va vraiment être un moment unique de participer à une manifestation aussi grandiose.                                 

Quelle musique alors?
Quelque chose de spirituel qui n’a pas été spécialement composé pour l’occasion. Cela va vraiment être un moment unique de participer à une manifestation aussi grandiose. D’où mon humeur fragile.

Vous allez suivre les JO sur les gradins d’un stade, de votre canapé ou fuir Londres?
Je serai en Inde. Je pars après l’ouverture. J’aurais bien aimé voir la natation. Je suis fan de Michael Phelps. Je n’ai jamais assisté aux JO. Je ne suis même pas les épreuves. Je reste dans ma bulle artistique.

Vous ne regarderez rien de ces jeux londoniens à la télé?
Seulement la natation ! C’est une passion récente. Comme je ne suis pas bon nageur, j’ai pris un entraîneur. Encore un challenge.

Comme danseur, vous défiez les lois de la gravité. D’après vous, quel est le sport qui transgresse le plus ces lois?
Bonne question ! Nous partageons une dimension athlétique. Mais la danse offre un moment poétique plutôt qu’une compétition purement physique. Avec pourtant le même sens de la discipline, de la persévérance, du rituel. Chaque artiste a son rituel.

Quel est le vôtre?
Pendant longtemps, retirer mes clochettes indiennes. Je laissais ma vie derrière moi, un nouveau jour commençait. Ton état d’esprit conditionne ton corps. Tu affrontes tes peurs, comme un athlète.

« Je rêvais de devenir rugbyman mais mon corps ne l’a pas permis. Je suis trop petit.  

Pour la clôture des JO, le fameux groupe brit-pop Blur doit se reformer. Ils sont aussi fans de foot. Et vous, quelle équipe soutenez-vous?
Aucune. Je n’aime pas le foot ! J’aime le rugby depuis toujours ! Je rêvais de devenir rugbyman mais mon corps ne l’a pas permis. Je suis trop petit (rires). Mais rapide ! Vous me faites une passe et c’est comme si ma vie en dépendait. J’ai toujours été bon en course.

Mais le rugby, c’était à quel âge?
De 13 à 17 ans. Au lycée. J’ai arrêté à cause des risques de blessure.

Et votre équipe, cette fois-ci?
Les All Blacks pendant longtemps. J’ai aussi eu ma période Argentine. À la dernière Coupe du monde, elle a perdu mais avec un jeu fabuleux. Le rugby, ce n’est pas le pouvoir pour le pouvoir, c’est la volonté de vaincre avec un sacrifice total. Tu sacrifies ton corps pour gagner. Là, tu vois l’être humain au plus profond de lui-même. Les perdants ne sont pas forcément les perdants.

Un joueur français favori?
Le barbu est doué. Chabal, c’est ça ? Si je prononce bien... 

C’est vrai qu’à votre premier cours de danse classique, vous êtes arrivé en blouson et en sweat et que vous avez menti pour échapper aux collants?
Vrai ! C’était à l’Université de Leeds. Je ne voulais pas qu’on voie mon corps. Dans ma culture, dans mon culte, le corps ne doit pas être révélé. Je disais à la prof  que mon costume n’était pas arrivé. Une fois, deux fois. À la troisième, elle m’a donné le choix : «Soit tu l’amènes, soit tu danses nu comme un bébé». J’ai courageusement relevé le défi (rires).

Vous dansez combien d’heures par jour?
Huit à neuf heures à peu près. Deux heures d’exercices environ et cinq à six heures de répétition. Sylvie Guillem se contente de quatre, mais je ne peux pas me comparer à elle. Sa précision extrême marque toute la différence entre ballet classique et contemporain. Quelle athlète incroyable ! Plus qu’une athlète, une artiste.

Les décors de Desh, votre nouveau ballet, sont signés par Tim Yip, oscarisé pour Tigre et Dragon. Les arts martiaux vous tenteraient?
J’adore les arts martiaux ! Pour leur beauté, leur poésie. En fait, ils sont proches de ma façon de bouger. Je suis fan de Bruce Lee. Et de Muhammad Ali. J’admire leur philosophie.

La philosophie de Bruce Lee?
Les mouvements basés sur le concept de l’eau. Être fort sans rigidité, tout en fluidité. Improviser selon le flux. Chacun de ses gestes se propage comme une onde.

Et celle de Muhammad Ali?
Disons plutôt sa stratégie, à laquelle je suis très sensible. Sa capacité mentale, et pas seulement physique, à se défendre. Juger la fatigue de l’adversaire pour l’exploser au bon moment. Quand tu es danseur, tu sais que tout n’est pas question de puissance.

“Desh” en solo en octobre au Sadler’s Wells Theatre de Londres, en décembre au Théâtre de la Ville à Paris

 

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