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Smart and furious

Smart and furious

Par Claire Byache , le 10 septembre 2014

Victor Dubuisson est le golfeur que la France attendait. Virtuose des greens, cet ambassadeur Audemars Piguet est capable de coups hallucinants. En attendant de confirmer son aura de nouvelle star à la Ryder Cup, nous l’avons rencontré.

On pourrait être à Beverly Hills, au milieu des années 90. Lui débarquerait en trombe, claquerait la portière de sa décapotable, plus magnétique encore que l’emblématique Dylan McKay/Luke Perry. On pourrait imaginer, aussi, qu’après ça il rejoigne sa bande et que tous ensemble, ils s’engouffreraient dans la moiteur du Peach Pit, blondeur insolente, beauté bronzée, décolletés pour les filles, cols en V pour les garçons affairés à commander une tournée de cocktails joyeux comme le dégradé d’un sunset hawaïen. On pourrait. Parce que ses cheveux sont fins. Et blonds. Presque longs. Parce qu’il parle un anglais parfait. Parce qu’il arrive au volant de sa surpuissante voiture, une Ferrari F12 Berlinetta – imaginez-la très très belle, avec le cheval devant qui se cabre et nargue le monde, tout puissant – et aussi parce qu’il ressemble à un héros californien, désinvolture élégante, nonchalance et poignée de main franche, typique de ceux qui fonctionnent à l’instinct. On pourrait. Oui, mais non. 

Envolées, les 90’s. Nous sommes au cœur de l’été 2014. Victor Dubuisson, né à Cannes un 22 avril, a 24 ans. Rendez-vous est fixé sur la Méditerranée, un jour où le thermomètre défie les déos, infligeant aux hommes les assauts d’envies impérieuses : boire des litres d’eau, plaquer sa tignasse vers l’arrière, lutter pour ne pas céder à l’envie de plonger tout de suite, et tout habillé, dans l’eau salée. Été 2014, donc. Victor a le sourire. Mèche de dandy, bouc légendaire de sortie. On le remarque tout de suite, évidemment, car c’est à cause de lui – le bouc – que les experts des greens et du putting ont osé le rapprochement avec D’Artagnan. Voilà. C’est comme ça. D’entrée de jeu, Monsieur Dubuisson n’a rien de lambda. Hasard heureux, Alexandre Dumas écrivait justement dans Les Trois Mousquetaires : « Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette ». Victor, on suppose, doit être du même avis. Lui qui les vise, les drapeaux, « en plein » et sans jamais se délier, lui qui mieux que personne sait les atteindre coûte que coûte, comme ce fameux jour de février dernier, à Marana, désert d’Arizona. L’histoire ? Une légende, déjà. Victor, ce dimanche-là, dispute une finale de championnat du monde, celle du WGC Accenture Match Play où, formule originale, l’unité de score est le trou plutôt que le coup. Ce jour-là, donc, Victor affronte le champion australien Jason Day. La tension est à son comble, la journée fut terriblement longue et intense. Dix heures déjà qu’il campe sur ses deux pieds et, pour ne rien arranger, la balle qu’il doit maintenant jouer s’avère plantée dans un fourbi de cactus. À la télé, en direct, les commentateurs font remarquer le caractère quasi impossible du coup qu’il s’apprête à tenter. Sur le terrain, Victor affiche un calme olympien. Il observe. La balle, le drapeau. La balle. Le drapeau. S’avance. Se prépare. Place ses pieds, son corps. Et bim. « Oh my goodness. What a shot ! » Trois secondes après, la voix télévisée qui continue et souffle : « Golden hands ». Les pythies du golf sont époustouflées. Victor, lui, trace sa route sur le parcours sous un tonnerre d’applaudissements. Deuxième coup, la balle est dans le trou. Si ce jour-là Jason Day remporte le duel, Victor, lui, marque les esprits à tout jamais. Depuis ? « Cactus boy », c’est lui. Trop fort, trop beau. Il se taille une réputation de virtuose, d’artiste, de visionnaire capable de voir des coups que nul autre n’aurait pu envisager. Certaines langues se délient, trouvent légitime d’évoquer une originalité, des habitudes d’entraînement peu académiques. Qu’importe. Les commentaires continuent, lui ne change rien. On peut comprendre. Qui oserait badiner avec les lois, parfois impénétrables, de l’équilibre ? Sans transition, Victor, à propos d’équilibre, et alors qu’on lui demande s’il surveille de près son assiette, explique sans détour : « J’ai subi quatre opérations en deux ans. Du coup, j’ai pris du poids. Mais avant de perdre les kilos que j’ai en trop, j’attends décembre, que la saison se termine ». Pourquoi ? « Parce que maigrir risque d’affecter mon swing. » On comprend que ses automatismes sportifs se sont naturellement adaptés à sa silhouette. Tout ça témoigne d’une osmose quasi parfaite. Ce garçon-là est un genre de chat. Mouvements naturels, certes. Mais façonnés aussi par d’inlassables années à écumer les parcours, le corps et les gestes apparemment capables, désormais, de s’adapter à toutes les conditions. Benoît Ducoulombier, son entraîneur depuis mai 2013 (après une première approche en mars 2012), explique dans une interview diffusée sur le site de la Fédération Française de Golf : « Victor, j’ai la chance de travailler avec lui, mais franchement, il a été bien formé. Il y a eu des gens avant qui ont fait un super boulot. Moi je ne touche rien de son swing, rien de ses basiques : grip, postures, etc. D’habitude c’est toujours le chantier, là, je n’ai rien à toucher ». Sic. Et encore : « Combien de personnes lui ont dit “Tu as un mauvais grip, il faudrait l’améliorer”, alors que pour moi il a un grip parfait. C’est la base du swing de golf : position de la main gauche, position de la main droite ». Visiblement touché, il ajoute avoir vécu une situation similaire à celle de Victor, à qui certains ont reproché, entre autres, son manque d’intérêt pour le practice. « J’étais quelqu’un qui avait besoin de s’entraîner sur le parcours, plus je tapais de balle, moins bien je jouais. J’aurais aimé à ce moment-là que quelqu’un me cadre un peu. » Avant de conclure (on prend alors la mesure de l’importance – et la force – de leur collaboration) : « Quand on rentre dans une dimension où l’on performe, on a besoin de gens qui vous rappellent des choses basiques »

Master green
Depuis qu’il a vaincu Tiger Woods (et Justin Rose, et Ian Poulter) en remportant le 10 novembre dernier son premier titre sur le tour européen lors de l’Open de Turquie, Victor Dubuisson s’est offert un pas de géant vers la cour des très, très grands. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il est 21e au classement mondial. Du jamais vu en France depuis l’excellence d’Arnaud Massy qui, en 1907, avait remporté un British Open et inscrit son nom en lettres d’or dans les annales du golf tricolore. Forcément, un tel potentiel attire les regards. Démultiplie le champ des possibilités. Audemars Piguet ne s’y est pas trompé. L’horloger suisse a intégré Victor Dubuisson dans les rangs de ses ambassadeurs (parmi lesquels Sir Nick Faldo, Graeme McDowell, Ian Poulter, Lee Westwood, Henrik Stenson, etc.) et le présente ainsi : « En 2009, déjà doté d’un talent précoce et d’une grande force de caractère, il devient champion d’Europe et numéro 1 mondial amateur. En 2013, il marque l’histoire de son swing en remportant l’Open de Turquie, l’un des tournois les mieux dotés du circuit européen. Victor est célèbre pour son style et son audace. Il est sans conteste l’un des golfeurs les plus talentueux de sa génération. Son génie précoce et sa grande force de caractère sont en accord parfait avec la philosophie d’Audemars Piguet : pour briser les règles, il faut d’abord les maîtriser ». Comprenez : Victor Dubuisson sort suffisamment du lot pour que le luxe y trouve son compte. Ça tombe bien. L’homme nourrit une véritable passion pour les montres. Ce jour de juillet où nous le rencontrons, il porte pour la première fois un modèle ultra exclusif qu’il s’est offert lui-même, par passion, et vient tout juste de récupérer : une Royal Oak Squelette à remontage automatique, boîtier en or rose, bracelet en alligator chocolat, cadran anthracite. Une merveille inouïe en production limitée. L’homme a du goût. L’homme, surtout, à mille lieux du stéréotype imaginé, porte ce jour-là short, T-shirt en coton et chaussures de bateau en absolu décalage avec les costumes qu’il s’apprête à enfiler pour le shooting. « Sauf quand il s’agit de voitures, je suis plutôt discret dans la vie de tous les jours. Les costumes, je n’en porte pas souvent. » On demande des précisions. « Je ne me lève pas le matin en pensant à ce que je vais mettre. J’essaie seulement d’être confortable. Évidemment, je joue le jeu quand il faut faire un effort. » On sourit. Il continue en expliquant, amusé, que ses amis ne manquent pas de le rappeler à l’ordre si besoin. On sait qu’il a une bande, Victor. Des amis, certains avec lesquels il pêche parfois durant de longues sorties en Méditerranée. Quand il est dans les parages et que son emploi du temps le permet, il se lève entre 5 heures et 5 heures 30 sans réveil, commence par pêcher du bord puis enchaîne par une seconde session en bateau, aux alentours de 8 heures. « Je ne garde jamais les poissons que je pêche, je les relâche tout le temps. » On essaie de savoir s’il est vraiment accro. « J’y suis déjà allé deux fois cette semaine, et j’y retourne demain matin. » CQFD. Voilà peut-être l’un des mystérieux ressorts de Victor : vivre façon slow. Ne pas se coucher trop tard, se lever tôt, prendre le temps de pêcher entre plusieurs rendez-vous importants, deux tournois, trois avions. Cultiver le beau jeu, quitte à passer pour l’élève surdoué qui avance en surfant sur le talent plus que sur l’entraînement. Laisser parler. Observer. Jouer. Marquer des points. 

Victor Dubuisson s’alignera au départ de la cultissime Ryder Cup, du 23 au 28 septembre en Écosse. Deux sélections des meilleurs joueurs, Europe vs États-Unis, opposées le temps d’un tournoi galvanisant organisé seulement tous les deux ans. Pssst, Victor. Il va falloir, en plus de jouer au chat la journée, porter un costume en soirée. #tropfacile 

 

 

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