Mode Nicole Kidman
Texte : Frank Rousseau / Photos : James White/Agence Outline/Corbis Le 28 novembre 2012

Nicole Kidman "Accro au ballon ovale"

Nicole Kidman a fait du grand écart cinématographique sa spécialité. Derrière la star mondiale over sexy, il y a cette grande fille saine et naturelle, vivant à Nashville dans le Tennessee, adepte de yoga, de foot australien et de rugby à XIII et à XV. Rencontre.

Elle a volé sa pâleur à Madame la Lune et pourrait sortir d’une toile de Boldini. Lorsqu’elle sourit, on dirait que le soleil entre dans la pièce. Sacrée dimension que cette Nicole Kidman. Sacré physique surtout. Imposant et léger à la fois. Comme son jeu. Silhouette d’ajonc et volonté d’airain, elle s’est taillée une réputation d’actrice exigeante. De celles qui n’ont pas peur de mouiller leur liquette pour des films casse-gueule. Lorsqu’elle s’est assise, c’était dans l’un des fauteuils stylés d’une suite du Four Season’s Hotel de Beverly Hills. Rencontre sportive avec une star « marine », née à Honolulu et élevée près des plages de Sydney.

Dans Paperboy, vous vous exposez avec un rôle où vous affichez une sexualité pour le moins débridée. Quel est le principal défi que vous ayez dû relever ?
Nicole Kidman : Je connaissais le travail de Lee Daniels (le réalisateur de Paperboy – ndlr) ! Notamment grâce à Precious. Quand j’ai reçu le script, j’ai tout de suite compris que le rôle me projetterait non pas dans une zone de confort, mais dans un contexte artistique que je n’avais quasiment jamais exploré. Concernant la scène torride qui se déroule dans la prison, pour être franche, elle était définie par une seule phrase dans le script ! L’ironie, c’est que tout le monde n’a parlé que de ça par la suite (rires) !

Comment se déroule le biopic sur Grace de Monaco que vous tournez en ce moment en France ?
C’est un honneur d’interpréter cette femme qui incarne la perfection à mes yeux. Mais une perfection avec une dimension humaine. Derrière la beauté froide, il y a en effet de la bonté, de la générosité et une ouverture sur les autres. Et puis c’était aussi une grande sportive.

La très classe Grace Kelly d’un côté, la très trash Charlotte de Paperboy de l’autre. Vous aimez les rôles diamétralement opposés.
Petite, je pratiquais la danse. Ce que je fais aujourd’hui, c’est un grand écart... cinématographique !

Est-il vrai qu’à la fin de chacun de vos films, vous vous écroulez de fatigue ?
Vrai ! Il m’est même arrivé de tomber carrément dans les pommes tellement j’étais sur les rotules. Tellement j’avais tout donné.

On raconte que vous vous seriez lancée dans le cinéma parce que vous étiez trop timide pour embrasser les garçons dans la réalité.
Oui, le cinéma et le théâtre m’ont décomplexée. Plus jeune, je regardais mes chaussures dès qu’un garçon me portait un quelconque intérêt. Aujourd’hui encore, dès qu’un homme m’observe – y compris mon mari – je rougis !

Vous subissez une pression énorme dans votre métier. Comment vous ressourcez-vous ?
En faisant des choses simples comme piquer une tête dans l’océan au petit matin. C’est la plus tonifiante et la plus stimulante des douches. Dix minutes de crawl dans les vagues me suffisent pour recharger les batteries. C’est une habitude que j’ai prise enfant. Cela n’a rien d’exceptionnel : toutes les Australiennes ont une relation extrêmement privilégiée avec l’élément marin. Et quand la mer n’est pas là, je saute dans une piscine !

Perdre aux échecs ne me dérange pas plus que ça. En revanche, perdre un jeu au tennis me met hors de moi. Je ne joue pas au tennis pour sociabiliser. Non, je joue pour gagner !

Autre facette inconnue de la sportive Nicole Kidman, vous avez déclaré dans un mensuel américain être une très mauvaise perdante.
Cela dépend du contexte. Perdre aux échecs ne me dérange pas plus que ça. En revanche, perdre un jeu au tennis me met hors de moi. Je suis une sportive invétérée. J’aime me lancer des défis en me dépensant physiquement. Je ne joue pas au tennis pour sociabiliser. Non, je joue pour gagner !

Et que faites-vous pour avoir la forme sans les formes ?
Des sessions de Pilates. Les cours sont collectifs et ont lieu le dimanche matin près de chez moi.

Les gens ne vous importunent pas trop ?
Ils me fichent une paix royale ! Pour eux, je suis une femme qui transpire comme toutes les autres (rires) !

On dit souvent que les stars ont une énorme influence sur les gens. Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui ont développé une sorte d’aversion vis-à-vis du sport ?
On peut très bien être casanier et faire du sport chez soi. Ce n’est pas incompatible ! Je dirais que le sport peut se pratiquer sans que l’on s’en rende compte. Monter des escaliers plutôt que d’emprunter des escalators par exemple. Éviter de prendre la voiture quand on peut
se rendre à pied d’un point A à un point B. Courir avec ses enfants peut aussi faire brûler quelques calories (rires) ! Quand on fait du sport à deux ou à plusieurs, c’est bon pour booster l’émulation de chacun. Et puis, il y a le côté « compétition ». Sauf si durant la course, vous vous mettez à raconter votre vie ! Dans ce cas, il n’y a aucun intérêt. La question se pose moins quand vous nagez. Forcément, vous ne voulez pas boire la tasse ! Lorsqu’on pratique un sport
– n’importe lequel d’ailleurs –, il faut se concentrer sur ce que l’on fait. Mais le plus important, je pense, c’est la rigueur, la constance et une certaine éthique. À quoi bon avaler une religieuse au chocolat après avoir couru vingt kilomètres ? À la limite, faites-le avant la course histoire de tout brûler. Mais après, c’est vraiment ruiner tous ses efforts !

À quelle occasion avez-vous ressenti votre plus grosse sensation en faisant du sport ?
Un saut en parachute. J’ai dû perdre un bon millier de calories rien qu’en sautant dans le vide ! La trouille probablement mêlée à une incroyable poussée d’adrénaline !

Lorsque vous aviez une vingtaine d’années, vous avez fait une longue marche à travers l’Europe. Vrai ?
J’ai marché. Beaucoup. Mais pas seulement. J’ai aussi pris le train. À 17 ans, j’ai fait mon paquetage pour partir à l’aventure à Amsterdam. J’ai finalement prolongé dans toute l’Europe ! Quand j’y songe, il fallait vraiment que je sois inconsciente. Je ne suis pas sûre que si ma fille aînée Bella me disait : « Maman, je pars en Europe avec mon sac à dos », je la laisserais partir ! D’ailleurs, c’est amusant, je parlais récemment de ce « trip initiatique » avec ma mère. Je lui ai demandé : « Comment diable as-tu pu me laisser filer ? ». Elle m’a répondu que j’étais bornée ! Que rien au monde, ni personne ne pouvait m’arrêter. Je dois admettre que je suis têtue. Quand j’ai un truc en tête, rien ne peut me faire changer d’avis !

Vivre à Nashville n’est pas commun pour une star de votre trempe. Parlez-nous un peu de votre existence là-bas.
Il ne m’a pas fallu dix minutes pour tomber amoureuse de cette ville ! Contrairement à Los Angeles ou New York, je peux boire un café au Starbuck du coin sans être assaillie par des demandes d’autographes ou des paparazzis. Il flotte à Nashville comme un parfum désuet des années 50. L’endroit est calme. Pas de stress ! Cette vie au grand air me convient parfaitement. Ici, les gens sont polis, pas du tout insistants et portent autre chose que des joggings et des baskets avec une casquette vissée sur la tête. Les délires hollywoodiens sont le cadet de leurs soucis.

Si vous n’aviez pas été actrice, qu’auriez-vous exercé comme métier ?
Je me serais bien vue écrire des nouvelles, des romans. J’ai toujours apprécié les métiers qui font appel à l’imagination. Mais je crois surtout que c’est le fait d’être seule, au calme, sans agressions extérieures qui m’aurait plu. La solitude a toujours été une de mes meilleures amies. Une alliée sur qui je peux compter.

La vérité, c’est que je suis accro au ballon ovale. Tournois de Rugby League, AFL ou Rugby Union : sortez les bières du frigo les gars, j’arrive !

On dit que vous tenez un journal de bord. Qu’y consignez-vous ? Vos exploits sportifs ?
Ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Écrire est pour moi un exercice qui m’a permis de toujours rester à flot lorsque je sentais que je sombrais dans une forme de sinistrose. C’était un moyen de préserver mes émotions. Lorsque je me rends en Australie, je me replonge dans mon ancien journal. C’est une source d’inspiration éternelle. Et de consternation parfois. Je me demande comment j’ai pu écrire de telles inepties. Mais ce journal me permet de rester en connexion avec ma fille aînée. Il me suffit de relire quelques lignes relatant mon propre vécu pour mieux saisir ce qu’elle est en train de vivre aujourd’hui. Grâce à cela, j’ai désamorcé bien des situations difficiles !

D’où vous vient cette passion pour les livres ?
Probablement de ma mère qui voulait m’éloigner de la plage.

Quel rapport ?
Vous savez, en Australie, le soleil tape plutôt fort. Avec mon teint de rousse, j’étais obligée de me protéger au maximum. Du coup, ma mère me contraignait à rester sous le parasol jusqu’à ce que le soleil décline un peu. Et comme je m’ennuyais, elle ne cessait de me répéter : « Arrête de tourner en rond. Va prendre un livre ! ». J’y ai pris goût progressivement.

Quand vous ne tournez pas, ne donnez pas d’interviews, ne nagez pas, ne faites pas de sport et n’avez pas vos enfants auprès de vous, comment occupez-vous vos journées ?
Lorsque je séjourne chez mes parents, j’adore m’allonger sur leur lit et regarder des matchs de rugby. J’aurais pu déclarer : « Je lis Dostoïevski en version russe », mais ce serait un énorme mensonge. Ce genre d’ouvrage, j’en fais une cure quand je me prépare pour un rôle spécifique. La vérité, c’est que je suis accro au ballon ovale. Tournois de Rugby League, AFL ou Rugby Union (rugby à XIII, foot australien et rugby à XV – ndlr) : sortez les bières du frigo les gars, j’arrive ! Lorsque ma mère est tombée enceinte, mon père a cru qu’il aurait un garçon. Malheureusement pour lui, ce fut une fille. Puis une autre. Cela ne l’a pas empêché de nous élever comme des mecs. Je le revois nous réveiller aux aurores pour aller bouffer du kilomètre en jogging.

Beaucoup d’hommes disent des femmes de 45 ans qu’elles sont au top de leur beauté. Avez-vous la même perception de vous-même ?Je n’ai plus la même énergie qu’à vingt ans, je le sens bien. Je me rassure en me disant que je sais maintenant qui je suis et ce que je vais faire de ma vie. Ce qui n’était pas le cas quand j’étais ado ! Vous savez quoi ? J’ai hâte d’avoir 50 ans car chaque étape de la vie apporte des connaissances et des sensations différentes. Aujourd’hui, je me sens plus en paix avec moi-même. Je ne dis pas pour autant que je ne désire plus rien prouver aux autres ou à moi-même, non, je pense tout simplement que j’ai moins le besoin d’être dans le « démonstratif » permanent.

 

BIO EXPRESS
1967. Naissance à Hawaï.
1971. Emménage avec sa famille à Sydney, en Australie.
1983. Premier film, Bush Christmas.
2003. Remporte l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle de Virginia Woolf dans The Hours.
2012. Joue une nympho délurée dans Paperboy de Lee Daniels.
2013. Incarnera Grace Kelly dans le biopic Grace de Monaco d’Olivier Dahan.

 

 

 

 

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