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Jo-Wilfried Tsonga et Ashley Smith

Jo-Wilfried Tsonga et Ashley Smith

Le 31 mai 2012

A priori, rien ne relie Ashley Smith à Jo-Wilfried Tsonga. Rien?? Pas si sûr. L'instant fugace d'un shooting, Sport & Style a réuni la top model la plus glam du moment et le tennisman français le plus cool du circuit ATP.

Elle est en avance. Il est en retard. Le studio est prêt. Nous aussi. Lumineuse, espiègle, d’une fraîcheur ingénue, Ashley Smith a 20 ans. Sa beauté diaphane et son corps de déesse ne laissent personne indifférent. En attendant Jo-Wilfried, on entame la discussion. Elle répond dans un sourire. Désarmant. Cette Américaine au visage de porcelaine et aux mensurations de rêve n’a pas sa langue dans sa poche. Entre un make-up rapide et un changement de robe, on en apprend de belles sur son ancienne vie à Austin, petite bourgade rock du Texas.  Il y a peu, elle tirait encore le diable par la queue, jonglant tant bien que mal entre ses études et un job de caissière dans une épicerie. Par le plus grand des hasards, elle est repérée par les agents Tanni et Alan Foreman lors d’un festival de musique. Ses dents du bonheur lui portent chance. Et, comme dans un conte de fées moderne, elle change alors de vie à la vitesse de la lumière : castings, shootings, voyages, défilés... Son destin de caissière dans un grocery store paumé est bien oublié. Elle vit désormais à Manhattan et suit une carrière météorite, enchaînant les prises de vue pour les plus grands noms de la photo. Le sport ? Ashley Smith avoue aller de temps en temps à la salle de gym. « Plus jeune, j’étais dans l’équipe d’athlétisme de mon lycée », glisse-t-elle dans un sourire. « Je faisais des courses de haies. Mon coach disait que je n’étais pas trop maladroite. » À examiner avec attention la longueur sculpturale de ses interminables jambes, on veut bien croire l’honorable éducateur sur parole. Entre-temps, Jo-Wilfried Tsonga est arrivé. Il ne connaît pas Ashley. Présentations rapides. Petit à petit, ces deux-là vont s’inventer une complicité devant l’objectif de notre photographe, Simon Procter. Le courant passe. Cela saute aux yeux. « Oui », confirme Jo-Wilfried, « elle est belle, c’est indéniable. Mais je ne la connais pas assez pour me prononcer. Je n’ai jamais d’a priori sur les gens. Et j’ai une règle : prendre le temps d’apprendre à connaître quelqu’un avant de le juger. »Ça, c’est du 100 % « Jo-Wil ». Sur le plan sportif, notre homme a naturellement évolué. En revanche, dans l’intimité, il n’a pas changé d’un millimètre : les pieds sur terre, la tête froide, simple et efficace.

Quelle est votre définition de la beauté ?
Jo-Wilfried Tsonga :
Je relie la beauté au naturel des choses. Quelqu’un de beau, c’est quelqu’un qui se sent bien dans sa peau, dans ses vêtements, dans ses baskets. Quelqu’un qui est bien dans sa vie en somme. Et ça se voit immédiatement. On naît tous avec un nez, des oreilles, un visage différents. Et une couleur différente aussi. C’est important, cette différence. Moi, je suis issu d’un métissage (son père est un ancien handballeur professionnel français d’origine congolaise et sa mère a ses racines dans la Sarthe où il a grandi – ndlr). Les avantages et les inconvénients de ce qu’on appelle la double culture sont ancrés en moi. À ceci près que j’ai toujours vécu cette différence comme une chance.

Ado, j’étais un fan absolu de Sampras. J’aimais son approche clinique du jeu et la pureté de certains de ses gestes, dont ce fameux smash sauté. J’aimais aussi le côté bad boy de Marcello Rios, l’audace vestimentaire d’Andre Agassi et la classe de Pat Rafter qui, pour moi, était le vrai gentleman des courts.

C’est-à-dire ?
Dans le métissage, le plus dur est de trouver son identité. Moi, par exemple, j’ai compris des trucs qui m’échappaient la première fois que je suis allé au Congo. Là-bas, très curieusement, plein de choses se sont éclaircies : mon calme apparent, mon rapport à la musique, les liens avec mon père. Le rapport au père est fondateur. Tout s’explique à partir de là : le tempérament, le caractère, le tennis et la vie...

Avez-vous parfois souffert à cause de cette différence ?
À l’école, on m’appelait Pepito. Ce n’était pas très sympa mais ce n’était pas malveillant non plus. C’était juste comme ça. Mes amis et moi, nous étions trop jeunes pour comprendre la gravité de ces choses-là. J’étais le seul môme noir du village. Je n’ai pourtant jamais subi le regard des autres. Vous vous souvenez du clip vidéo de Kamini, le chanteur black de Marly-Gomont qui avait cartonné sur Internet il y a quelques années ? Eh bien, j’étais un peu comme lui...

Avez-vous vécu une enfance heureuse ?
Oh, oui ! J’ai eu la chance de vivre une enfance de rêve avec toute une bande de copains. On habitait dans le même lotissement. C’était comme une grande famille, un club de l’amitié. Je n’ai rien oublié de ces années d’insouciance. Et mes amis d’avant sont encore mes amis d’aujourd’hui...

Jo-Wilfried est appelé par le photographe sur le plateau. Morgan Ménahem, son agent, en profite pour placer quelques mots. « Jo-Wilfried est un terrien », intervient-il. « C’est presque un paysan, au sens noble du terme. Il aime la terre, la nature, les champs de blé. Sa voiture, par exemple, c’est une Jeep Wrangler blanche. Il peut y ranger ses cannes à pêche, son matos et ses raquettes sans se soucier de faire des rayures. D’ailleurs, les rayures, il s’en fout. Ce n’est pas une voiture de luxe. Pour lui, le luxe est ailleurs. » Le tennisman revient. Et enchaîne : « Oui, je suis un paysan. J’aime la terre et la nature au-delà de tout. Je vais même aller un peu plus loin : je pense que je suis le seul paysan du circuit ATP ! J’adorerais venir à certains tournois en tracteur. Si, si, je vous le jure ! Mon tennis, c’est pareil. Je joue, bien ou pas, je râle, je crie, je hurle de joie. Mais mon tennis, c’est la vie ! »

Si on veut me faire plaisir, on me propose d’aller au bout du monde et de dormir sous une tente en rase campagne

Vous portez un amour immodéré à la terre : vous êtes un tennisman écolo ?
Oui, on peut dire ça comme ça. Pour moi, les plus beaux endroits de la terre sont liés à la nature. Si on veut me faire vraiment plaisir, on me propose d’aller au bout du monde et de dormir sous une tente en rase campagne. Pour moi, le plus bel endroit de la terre est un petit ruisseau tout à côté de chez mes parents, dans la Sarthe. Cet endroit s’appelle la Riviera. J’y suis toujours allé pour me ressourcer. Et j’y vais encore régulièrement. Seul ou avec des amis. Aujourd’hui, j’habite en Suisse dans un village qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la Sarthe. C’est un tout petit village au-dessus de Nyon, le bled s’appelle Gingins. On y entend le clocher de l’église, il y a des vaches dans les champs...

En vous présentant ainsi, on sent que vous dites la vérité mais, en même temps, on ne peut pas s’empêcher de penser que cette image très terrienne a été validée par vos conseillers en communication. Dites-nous la vérité : les sportifs de haut niveau manient-ils mieux la langue de bois que les politiques ?
(Rires)
Une chose est sûre : je dois systématiquement faire attention à ce que je raconte. Plus jeune, je n’y accordais pas trop d’intérêt. Avec le temps, j’ai appris à tenir ma langue car, parfois, mes propos se retournent contre moi. Du coup, après certains matchs, il m’est déjà arrivé de ne pas tout dire en conférence de presse. On m’avait par exemple demandé un jour ce que je pensais de jouer la Coupe Davis à Clermont-Ferrand. En toute franchise, j’avais alors répondu que j’aurais préféré la jouer ailleurs. Cela n’avait rien à voir avec la ville, je n’avais rien contre les Auvergnats. Mais je m’étais fait reprendre de volée pour pas grand-chose. J’ai donc appris à me comporter face à la presse. Et, je vais être honnête avec vous, si cela ne tenait qu’à moi, je ne répondrais jamais aux interviews...

Du coq à l’âne, passons à la mode. Ce mot a-t-il un sens pour vous ?
Oui. C’est un gène paternel, je crois. Mon père est d’origine congolaise. Même s’il ne le montre pas trop, il a un côté sapeur. Il aime la mode, les fringues qui flashent. Je crois que j’ai hérité de cette facette de sa personnalité même si je n’ai pas le temps de m’y consacrer sérieusement. La culture des sapeurs me touche. Je me souviens d’un sketch de Patson, du Jamel Comedy Club. C’est l’histoire d’un Congolais qui débarque à Paris. Il est nickel, en costard qui va bien, tiré à quatre épingles. Il a un attaché-case. Rempli de billets ? Non, il a juste une orange à l’intérieur. J’adore cet humour. On peut être classe et fauché, et vice versa...

La beauté dans le sport, ça existe ?
Oui, bien sûr. Heureusement ! Pour moi, le top du top, ça restera à jamais le smash sauté de Pete Sampras. Ado, j’étais un fan absolu de Sampras. J’aimais son approche clinique du jeu et la pureté de certains de ses gestes, dont ce fameux smash sauté. J’aimais aussi le côté bad boy de Marcello Rios, l’audace vestimentaire d’Andre Agassi et la classe de Pat Rafter qui, pour moi, était le vrai gentleman des courts. Et puis, il y avait Younès El Anaoui. J’adorais son implication totale dans le jeu. Sa technique, c’est à la vie à la mort. C’est dingue les joueurs comme ça qui servent et renvoient la balle comme si leur vie en dépendait...

Une belle personne, c’est quoi pour vous ?
Une belle personne, c’est quelqu’un de vrai, d’authentique. C’est quelqu’un qui n’a pas peur de s’énerver quand ça ne va pas. J’ai toujours estimé qu’il était important de dire ce qu’on pensait. Dans la société d’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il est parfois mal vu, voire excluant, de ne pas être du même avis que la majorité. Et ça, je m’y oppose. Quand on n’est pas d’accord, il faut le dire, non ?

Avez-vous déjà joué pour quelqu’un par amour ?
Oui, cela m’est déjà arrivé, en 2009. Je venais d’apprendre que mon père était atteint d’un cancer du rein. Il était hospitalisé et je suis allé le voir. Je devais jouer au tournoi de Marseille, mais l’envie n’était pas là. Mon père m’a demandé d’y aller. Pour lui. « Cela me ferait plaisir que tu gagnes pour moi », m’a-t-il expliqué. Je suis donc allé à Marseille. Ce n’est pas que je jouais mieux, mais je jouais tout simplement bien. Et j’ai gagné. Pour lui, pour moi, pour nous. C’est difficile à expliquer aujourd’hui. Cette victoire conserve une saveur très particulière. En revanche, je n’ai jamais joué pour épater une fille.

Vraiment ?
Pour épater une fille, non, mais pour épater une femme, oui...

 

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