X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
Fou d'adrénaline
Sebastian Vettel

Fou d'adrénaline

Par Paul Miquel , le 31 mai 2012

Sebastian Vettel a tiré le frein à main le temps d'un passage éclair au Technocentre de Renault, motoriste de l'écurie Red Bull. Un arrêt de 45 min. chrono pour une séance photo et un entretien débridé. À 200 km/h.

Tension extrême dans les interminables couloirs du Technocentre de Renault à l’ouest de Paris. Recherche, design, développement, c’est ici que bat le cœur de Renault. Et ce jour-là, le palpitant cogne à plein régime. Sebastian Vettel est dans la place. La veille, le double champion du monde de F1 (2010, 2011) a reçu le Grand Prix de l’Académie des Sports sous les ors de l’hôtel national des Invalides. Aujourd’hui, il est là pour s’acquitter de ses obligations auprès de son motoriste. Le pilote prodige serre les pognes avec le professionnalisme d’un vieux routard de la politique. De loin, on observe ce jeune homme de 24 ans à la silhouette banale. Difficile d’imaginer que, derrière cette allure de boy next door, se cache une âme de champion hors pair. D’un peu plus près, son visage inspire immédiatement de la sympathie. Modeste, presque timide, Sebastian Vettel incarne une nouvelle génération de héros sportifs, érigeant la normalité en étendard. 

Peut-on avoir une vraie vie, c’est-à-dire une vie normale comme Monsieur Toutlemonde, quand on est double champion du monde de F1 ?
Sebastian Vettel : (D’un ton ferme) J’ai une vraie vie ! Mon boulot, c’est de piloter des monoplaces de F1. Cela se passe pendant les week-ends. La semaine, je suis aussi très occupé. Il faut préparer les courses, travailler sur les réglages de la voiture, participer à des dizaines d’événements pour mon écurie et mes sponsors personnels. En dehors de ça, il me reste quand même pas mal de temps. Pour avoir une vraie vie, comme vous dites. 

Tout a l’air tellement simple. Les sollicitations doivent pourtant être nombreuses, non ?
Oui, bien sûr. Il faut parfois se battre et taper du poing sur la table pour dégager un peu de temps libre, pour pouvoir en profiter. Les gens qui travaillent avec moi me connaissent. Ils savent ce dont j’ai besoin pour être performant. Ils savent aussi ce que j’aime. Et qu’il me faut du temps pour moi. Tout n’est qu’une question d’équilibre, de savant dosage.

En dehors d’un baquet, que faites-vous de vos journées ? Vous êtes connu pour être un fan absolu des Monty Python. Et la littérature, ça vous branche ?
À ma connaissance, les Monty Python n’ont pas écrit de bouquin ! (Silence) Pour être tout à fait honnête, j’avoue que je ne suis pas un grand lecteur. Je préfère être dans l’action. Quand je suis off, je fais énormément de sport. Je cours, je fais du vélo, je touche un peu à toutes les disciplines. Une grande partie de mon temps libre est consacrée à la préparation physique. En dehors de ça, j’aime faire comme tout le monde : passer du temps avec mes amis, boire un verre (son assistante lui donne un coup de coude discret)... enfin, prendre un verre de temps en temps.

Vous cuisinez ?
Je ne suis pas un chef mais ça m’arrive. Je ne me débrouille pas trop mal. La plupart du temps, je fais des pâtes. C’est simple, facile et très compliqué à rater.

Fan de jeux vidéo ?
Plus jeune, oui. Maintenant, je n’ai plus trop de temps pour ça.

Ne faire qu’un avec sa voiture équivaut presque à piloter en état de grâce, mais cela ne tombe pas du ciel comme ça. Ça se travaille.

En novembre 2010, vous êtes devenu le plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1, à 23 ans. Vous sentez-vous jeune ?
Je ne sais pas. Je ne fais pas une fixette sur mon âge. Ça ne compte pas. Je ne pense pas en fonction de mon âge. Je ne fais jamais rien en fonction de mon âge.

Jamais ?
(Il réfléchit longuement) Non, jamais. Pour l’instant, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui se définissait en fonction de son âge. Je ne pense pas que l’âge compte vraiment. C’est juste un numéro. Je ne pense pas que l’âge soit une information importante pour décrire la personnalité de quelqu’un. À la fin, il faut juste décider si on apprécie ou non cette personne. Et son âge ne doit pas être un facteur déterminant pour établir ce jugement. Mais non, je ne pense pas à mon âge constamment. Loin de là.

Quand vous rencontrez Michael Schumacher, vous voyez bien qu’il est plus vieux que vous...
Évidemment, mais je m’en fiche. Je le respecte en tant qu’homme et en tant que pilote, pas parce qu’il est mon aîné.

C’est quoi le luxe pour vous ?
Avoir du temps.

Tous les champions répondent ça, c’est un peu facile, non ?
Peut-être, mais c’est la réalité. Et c’est assez facile à expliquer en fait. On recherche toujours ce qu’on n’a pas, non ? Je voyage beaucoup, dans un grand nombre de pays, je passe la majeure partie de mon temps dans les hôtels. Il m’arrive aussi de descendre dans des palaces, je ne m’en plains pas mais la vérité est simple : ce qui me manque le plus, c’est du temps. Du temps pour moi. Du temps que je passerais par exemple à la maison, pour dormir plus souvent dans mon lit. Ça, c’est du luxe.

Autre chose ?
Oui, je rêve d’être chez moi, de me préparer un petit-déjeuner tout seul pour ne plus voir ces immenses « breakfast buffets » des hôtels internationaux. Le luxe, c’est ce qui est au-delà de la normalité. Et pour moi, c’est à peu près l’inverse de ce que tout le monde pourrait imaginer. Pour un homme qui va au bureau ou à l’usine tous les jours et qui rentre tous les soirs chez lui, le luxe serait de grimper dans un avion pour voir du pays et dormir dans de superbes hôtels. Pour moi, ce trip-là, c’est ma routine.

C’est où chez vous ?
Actuellement, je réside en Suisse alémanique dans un tout petit village. On va dire que c’est très calme...

J’ai lu quelque part que votre parfum préféré était celui de la forêt. Ça vous rappelle quoi cette odeur ?
Je n’en sais rien. Je n’ai pas grandi dans une forêt ! Non, je trouve juste que l’odeur de la forêt est agréable. C’est frais. J’aime sentir les parfums naturels et un peu sauvages du bois qu’on vient de couper. Cela m’apaise vraiment.

Si je devais passer mon temps à conduire des F1 seul sur des circuits, je deviendrais dingue. J’ai besoin de l’adrénaline de la compétition, de me mesurer aux autres.

Piloter, c’est votre boulot. Ça reste encore du plaisir ?
Oh, oui !

On dit parfois que les pilotes ne font qu’un avec leur voiture. Cette expression a-t-elle un sens pour vous ?
Évidemment. Ne faire qu’un équivaut presque à piloter en état de grâce, mais cela ne tombe pas du ciel comme ça. Ça se travaille. Je travaille très fréquemment avec les ingénieurs-motoristes de Renault Sport F1 sur le set-up de la voiture, mais aussi pour affiner les réglages du moteur RS27, c’est ce qu’on appelle du « engine mapping » (la cartographie moteur, l’installation qui gère toutes les données de la voiture. Un pilote peut ajuster les réglages durant la course pour soutenir, par exemple, un changement de stratégie – ndlr). Le moteur est conçu en début de saison. On ne peut plus trop le changer à chaque course. Les règlements sont extrêmement stricts, mais le grand jeu est de trouver des solutions pour l’améliorer en permanence : un petit truc ici, une nouvelle chose là. L’idée est de maximiser sa « pilotabilité » en course.

Qu’éprouvez-vous au volant d’une monoplace ?
De la satisfaction. C’est très difficile à expliquer car la très grande majorité des gens ne sait pas ce que piloter une F1 veut dire. Certains pensent que conduire une Porsche ou une autre voiture de course revient à piloter, mais cela n’a absolument rien à voir avec la Formule 1. Et c’est dommage, car j’aimerais pouvoir dire à tout le monde : venez essayer une F1, venez faire quelques tours de circuit, pour voir. Et là, je suis sûr que les gens auraient une autre idée de mon métier. Toujours est-il que, course après course, je continue à éprouver de la satisfaction quand je pilote. Ce plaisir ne s’estompe pas. Au contraire. Dans la vie, il n’y a rien d’autre qui m’offre autant d’émotions.

Vous parlez du pilotage ou de vos victoires ?
Je parle d’abord du pilotage car les F1 sont des autos vraiment spéciales. On pourrait presque dire qu’elles sont exotiques dans la mesure où elles sont conçues pour être poussées à l’extrême limite de leurs capacités. Et réussir à piloter ces voitures-là quasiment au-delà de leurs limites est tout simplement fantastique. Ensuite, si je devais passer mon temps à conduire des F1 seul sur des circuits, je deviendrais dingue. Ce serait trop ennuyeux. J’ai besoin de l’adrénaline de la compétition, de me mesurer aux autres.

Peut-on parler de l’art du pilotage ?
Humm, non, je ne crois pas. Je ne considère pas ma technique de pilotage comme une forme d’art. La seule chose qui compte, c’est comment l’améliorer. Comment faire pour aller plus vite, pour être meilleur que les autres.

Comment définiriez-vous votre technique de pilotage ?
Honnêtement, je ne sais pas.

Allez, un petit effort...
En fait, cela dépend des courses, des conditions météo, de la stratégie. Cela dépend de ce dont vous avez besoin à l’instant T. On a parfois besoin d’être smooth. On a parfois besoin d’être plus agressif. C’est comme dans la vraie vie ! Un Grand Prix, ça dure vraiment longtemps, et le plus important à mes yeux est de savoir lire une situation donnée à un moment donné pour pouvoir s’adapter et interagir en conséquence.

En tennis, ceux qui percent très jeunes ont parfois du mal à durer. Au bout de quelques années, la passion du jeu se volatilise et l’envie n’est plus là. Pourriez-vous, un jour, être dégoûté, écœuré de la F1 ?
Peut-être, je ne sais pas. Aujourd’hui, c’est une perspective à laquelle je ne pense pas car j’adore piloter ces machines. Un jour peut-être, je serai blasé, j’en aurai marre de passer ma vie dans des baquets de F1. J’irai alors à l’université pour enfin passer des diplômes.

Quelle spécialité ?
Ingénierie mécanique, probablement.

 

Bio express

1987 : naissance à Heppenheim, en Allemagne.

2001 : victoire à la Coupe de Monaco de karting.

2008 : au Grand Prix d’Italie sous la pluie, il devient à 21 ans le plus jeune poleman et vainqueur de F1.

2009 : plus jeune vice-champion du monde de F1.

2010 : plus jeune champion du monde de F1.

2011 : plus jeune double champion du monde de F1.

2012 : victoire au Grand Prix de Bahreïn.

 

 

lire le magazine

IMAGE LAFC STORY

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.