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Après-ski

Après-ski

Par Julien Neuville , le 08 janvier 2015

Pourquoi les hommes attachent autant d’importance à cet élément du vestiaire, censé originellement protéger du froid, de l’humidité et de la neige ? Éléments de réponse.

«Ce qui amène les américains à venir skier en Europe n’est pas le fait que les pistes sont beaucoup plus intéressantes, mais plutôt que l’atmosphère autour des stations est nettement plus excitante», écrivait la journaliste Abby Rand début 1970 dans son Ski Guide to Europe. Et pour cause, le vieux continent comprend très tôt qu’il faut entourer la pratique du ski d’activités pour la rendre encore plus attrayante. D’abord en Norvège, capitale du ski moderne, puis dans les Alpes et en France. Les JO de 1924 à Chamonix incitent à la construction de nombreuses structures hôtelières et l’ouverture pendant les mois d’hiver des lieux déjà existants. à ce moment-là, le terme « après-ski » apparaît. Pourtant il ne désigne pas (encore) cette fameuse paire de bottes portée avant et après le sport, mais plutôt les heures de relaxation qui suivent la dernière descente de la journée. Où alcool et festin viennent chasser l’hypothermie, où les pommes de terre chaudes épongent l’eau de vie.

 

Moon boots party.

Arrive 1936 et les congés payés. La foule monte à l’assaut des pics. Les grands hôtels se dotent de dancefloors pour accueillir cette mode alpine du « tea dance » où, bien sûr, personne ne boit de thé. Ce bal de fin de journée, rythmé par les guitares des moniteurs de ski, finit par devenir une étape incontournable des vacances aux sports d’hiver. Pas le temps de monter dans sa chambre pour se changer, la fête bat déjà son plein au rez-de-chaussée, alors ce sera en tenue de ski. Les hommes en pantalons taille haute, bretelles et petites laines, les femmes en fuseaux, grosses mailles et bandeaux dans les cheveux. Les deux, en après-skis.

Si les séjours aux sports d’hiver s’étaient simplement cantonnés au sport, l’après-ski ne serait pas forcément devenu un accessoire de mode. Dès le départ, il a fallu à ces messieurs et dames des chaussures chaudes qui protégeaient de la neige tout en autorisant la pratique de la danse. L’esthétique était bien sûr primordial, jusqu’à ce qu’un Italien s’amourache des pompes de Neil Armstrong un soir de juillet 1969. Devant son poste, Giancarlo Zanatta se dit que ces bottes-là ne seraient pas mal pour le ski. Il imagine un modèle allant jusqu’au bas du genou, en mousse épaisse, et les appelle « Moon Boots ». Les années 70 sont là, avec leur lot d’excentricités. Le succès est immédiat.


Luxe des sommets.

 Depuis, les mises aux normes de sécurité (risque zéro oblige), les investissements en canons à neige (changement climatique oblige), et l’assaut de ces destinations par une riche clientèle internationale ont fait grimper le prix en flèche. La middle class a pris la crise en pleine face. La démocratisation des sports d’hiver s’est faite ensevelir, le ski est redevenu le sport des CSP+. Pour satisfaire ce public friand de symboles statutaires, les marques ont bossé leurs tenues. Et surtout, leurs après-skis. Bien plus reconnaissables. Aujourd’hui, l’offre est divisée en deux. D’un côté, les bottes d’astronautes, omniprésentes dans les stations, le plus souvent aux pieds des femmes. Confortables – même si, après six heures dans des chaussures de ski, tout est confortable – et faciles à enfiler. Leur succès est dû, entre autres, aux nombreuses réinterprétations luxueuses proposées par des maisons comme Chanel et Moncler. Esthétiquement, ce sont toujours des OVNI, transformant les pieds en pattes d’éléphants et les jambes en poteaux électriques. De l’autre côté, les modèles inspirés des chaussures de randonnée, traditionnellement plus masculins. Leur taille normale permet la conduite en voiture, et leurs semelles antidérapantes se révèlent pratiques lorsqu’il faut mettre les chaînes en pleine montée verglacée.

La surenchère entre marques de luxe et maisons spécialisées a mené à la création de modèles toujours plus beaux. Mais une règle demeure : l’après-ski doit rester dans la neige et ne jamais se frotter quotidiennement au bitume. Par souci esthétique d’abord. Mais surtout, pour garder intact le plaisir de ressortir ses affaires de ski.

 

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