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Éthique en stock

Éthique en stock

Par Claire Mabrut , le 16 janvier 2015

Coton bio, fibres de chanvre, fabrication par des artisans du bout du monde... la mode réveille son éco-conscience. Et lorsque certaines maisons appliquent à la lettre cette philosophie éthique, cela donne à peu près ça.

Souvent, lorsqu’une marque annonce, à grand frais de communication, le lancement de sa ligne écores- ponsable et/ou éthique, elle est immédiatement intégrée à la catégorie green washing. En clair, elle est taxée de vouloir se donner bonne conscience en surfant sur les préoccupa- tions actuelles d’environnement, d’équité et d’éthique. À tort parfois, car qu’elles prennent le train en marche ou pas, les marques qui franchissent ce cap ont au moins le mérite de le faire. Voir par exemple l’initiative de Gucci Group. La griffe amirale Gucci fait fabriquer ses emballages dans du coton bio et certains de ses sacs dans un cuir d’Amazonie provenant d’une zone garantie sans déforestation. Elle a aussi lancé en 2009 un doctorat à son nom ainsi qu’un cursus d’études en partenariat avec la fameuse école de mode Central Saint Mar- tin de Londres menant à un master en technologie durable appliquée à l’industrie du luxe. Voir encore, dans le groupe Kering, le programme Puma InCycle, imaginé main dans la main avec le Cradle to Cradle Products Innovation Institute, qui préconise l’utilisation de matériaux sûrs et non toxiques, la conception de produits pouvant être recyclés réalisés à par- tir d’une énergie renouvelable, une bonne gestion du bilan carbone, de l’eau et une responsabilité sociétale. Bilan de l’opération: une basket biodégradable, rien de moins. Cette saison, ce sont les frères Daniel et Markus Freitag, cofonda- teurs de la marque éponyme suisse, qui imaginent une collec- tion apte à se désagréger entièrement une fois usée. Cinq ans de recherches auront été nécessaires pour sa mise au point : coupée dans du lin (moins gourmand en eau que la laine ou le coton, et surtout connu pour être l’un des textiles les plus rapides à disparaître en terre), ses finitions sont amovibles, fermées de boutons dévissables. Une manière pour les frères de pousser encore plus loin leur obsession pour le recyclage et l’angoisse de laisser trop de traces. Il y a plus de vingt ans en effet, Freitag débarquait avec de drôles de sacs taillés dans des bâches de camion hyper solides. Une idée venue aux frères, alors étudiants en graphisme et design, en regardant défiler d’incessants ballets de poids lourds à travers leur Zurich natal.

Terre, mer, montagne : la nature en héritage
Ce petit coup ingénieux, l’un des premiers exemples d’up- cycling, a été interprété depuis par d’autres marques avec d’autres types de toile, telles les bâches publicitaires géantes qui, agrémentées de morceaux d’anciennes ceintures de sécu- rité de voiture, d’airbags ou de gilets de sauvetage, donnent vie aux sacs – forcément tous uniques – de la marque Bilum.
Dans le même esprit, les voiles de bateaux transformées en sacs, bagages et même accessoires de déco par 727 Sailbags. Classe ultime, certaines sont carrément offertes par la fine fleur des marins: François Gabart, Samantha Davies, Yann Eliès, Vincent Riou, Erwan Tabarly, Michel Desjoyeaux, Éric Péron, Marc Thiercelin, Tanguy de Lamotte, Sébastien Josse, Alain Gautier ou Armel Le Cléac’h entre autres. La mer, la protection de la nature : un lien assez évident finalement. Qui n’empêche pas d’assurer un vrai style à ces vêtements et accessoires pas comme les autres. Pour sa collection entièrement biodégradable au look workwear, Freitag, justement, s’est inspiré des ouvriers de sa manufacture zurichoise et de leurs jeans, T-shirts et autres chemises qui, à force de gestes répétés, s’usaient aux mêmes endroits et, du coup, étaient régulière- ment jetés.

Une éco-conscience de l’extrême
Les marins ne sont pas les seuls à posséder une conscience innée de la protection de leur environnement: les monta- gnards ont la même. Et les marques qui les protègent dans les vallées ou aux sommets également. Voir Patagonia. Bien que née en Californie, la marque a fondé sa philosophie sur les modes de vie de la nation Chumash, au centre de la Califor- nie, et de la nation Haisla au nord-ouest du Canada. Au point même de faire sienne la devise de Gerald Amos, ancien chef des Haisla : « Le droit le plus important dont nous disposons est le droit d’être responsable » martèle-t-il sans relâche. « Mais scruter en permanence ses propres actions, c’est faire face à un tas d’emmer- dements » affirme Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia. Les employés d’un de ses magasins souffrant du formaldéhyde contenu dans le coton des vêtements de la marque, l’emploi du coton bio fut étudié dès 1996. Puis vint l’impact des processus de fabrication et de distribution, création des catalogues com- prise. Puis rapidement, ce fut le tour de vestes polaires d’abord tissées à partir de fibres extraites de bouteilles de plastique recyclées, puis d’anciennes vestes.
Depuis 2007, Patagonia s’applique également à ne gonfler ses doudounes que de duvet provenant d’oiseaux qui n’ont été ni plumés à vif ni gavés – une exigence qui rappelle le refus caté- gorique de Stella McCartney de glisser des pièces de cuir dans ses collections, même pour ses sacs et ses chaussures. Cette volonté de ne jamais dévier de ses convictions depuis quarante ans a fédéré autour de Patagonia une communauté de fans totalement en phase avec la campagne de la maison affichée en 2011, « N’achetez pas cette veste », en vue de limiter notre manie d’hyperconsommation.

Cette éco-conscience de l’extrême résonne aussi dans les fibres des sacs, des tentes et des vestes Fjällräven. Née en 1960, d’abord spécialisée dans les sacs à dos, la marque mise tant sur la résistance de ses produits, et donc leur durabilité, que sur la manière dont ils sont fabriqués. Protection des ani- maux, conditions de travail, production équitable, partage des connaissances sur la vie en plein air et la nature, soutien à la sauvegarde du renard arctique... et bien sûr matières vertes. La dernière s’appelle Eco-Shell, à base de polyester recyclé, qui s’avère évidemment elle-même recyclable. Ou comment recy- clage et upcycling illustrent à leur manière le fameux « éternel recommencement de la mode ».

 

 

 

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