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La ruée vers le froid

La ruée vers le froid

Par Claire Byache, le 13 février 2015

Le froid n’est plus un ennemi. C’est un argument de vente. Objet de tous les désirs, il attire et inspire. Sport, mode, lifestyle... Décryptage d’un phénomène exceptionnel.

Le froid n’est plus un ennemi. Au contraire, c’est un argument de vente. On veut des poils, des fourrures, des animaux sauvages, des barbes, des godillots, des sacs à dos et des chemises de bûcheron. La mode communique à grands renforts d’ours et de loups, de flocons, de tignasses givrées, de gueules d’aventuriers. Les textiles anti-froid sont fonctionnels et esthétiques, le mot « polaire » est monté en flèche sur l’échelle de notre lexique spécial chic. Les doudounes sont désirables. Le Gore‑Tex est un réflexe. Nous pensons « première peau » et « seconde couche » au moment de constituer notre vestiaire d’hiver.

 

Même le surf, tant en vogue ces temps-ci, glisse sur la vague du froid. Des pros se spécialisent en ride polaire (le photographe Chris Burkard, les riders Patrick Millin, Brett Barley et Chadd Konig dans leur film Arctic Swell, etc.) et médiatisent des images à couper le souffle, symboles de l’esthétisme sublime véhiculé par tout ce qui descend sous zéro degré. Le froid, dernière incarnation de la liberté. Le froid, dernier bastion d’une contre-culture malmenée. « Notre attirance pour le froid incarne un renversement de la tradition des loisirs » décrypte Mariette Darrigrand, sémiologue(1). « La plage, un siècle après l’explosion des bains de mer, n’a plus rien de subversif. Il nous faut donc trouver de nouveaux territoires. Le froid, là où l’on cache les corps, est en quelque sorte plus libertaire, au sens de Bourdieu en tout cas. On se dit : puisque tout le monde va à la plage, moi j’ai envie de froid. » Nos sept arguments pour enfoncer le clou.

 

LE FROID FAVORISE LA VIRILITÉ
La mode a donc sauté sur le froid, et nous voici tous à lorgner sur les symboles du wild glacé : les poils, la fourrure, les airs renfrognés, les après-skis, les parkas doublées… Même les textiles techniques ont été adoptés par la sphère couture. « Les frontières entre l’humain et les règnes animaux, végétaux, minéraux tendent à s’effacer » constate Mariette Darrigrand. « Notre vision de l’humain s’hybride. » De fait, dans la mode masculine, l’animalité émerge comme jamais. Voir les campagnes Aigle, Bompard, et celle de Moncler cet hiver, réalisée par Annie Leibovitz, aux évocations très bestiales.

 

« Le hipster est l’incarnation parfaite de ce constat. Sans perdre son humanité, il intègre des codes animaux : sa barbe est raffinée, contrôlée, mais vaut malgré tout comme un indice de ce qui le rattache à l’animalité. Ce poil viril a un sens ornemental. Il a valeur d’attribut, comme un vêtement. C’est un poil plus totémique que réel. » Certains préfèrent jouer sur les mots – Chevignon et son « froid de canard », par exemple – tandis que d’autres choisissent de réinterpréter des symboles : Le Slip Français, à ce sujet, rejoue avec brio la carte des charentaises fourrées.

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