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Alain Prost face à Jenson Button

Alain Prost face à Jenson Button

Le 19 mars 2012

Vainqueur du Grand Prix d'Australie, Jenson Button se rêve comme le fils spirituel d'Alain Prost. Pilotes de style et gentlemen, ces deux as du volant ont été réunis pour un face-à-face inédit. La preuve que dans le sport, la filiation ne se résume pas aux seuls liens de sang. Moteurs !

Jenson, on dit que votre style de pilotage ressemble à celui d’Alain Prost.
Jenson Button
: C’est un grand compliment.
Alain Prost
: Pour moi aussi!
J. B.
: Il est difficile de comparer nos styles de pilotage car les époques étaient différentes. Les monoplaces d’hier et celles d’aujourd’hui n’ont rien à voir. Au volant, j’essaie d’être smooth. Quand on l’est, on peut tout gérer, tout contrôler. La douceur et la précision sont importantes pour réaliser une performance. Peut-être que devant leur télé, les gens trouvent ma technique de pilotage parfois pas très excitante. Tant pis. Moi, je veux les impressionner par mes chronos!

Parler d’élégance au volant a-t-il un sens pour un pilote de F1?
J. B.
: Plus que de l’élégance, j’aime dire que je pilote au ressenti, en sentant vibrer la F1. Pour être performant, j’ai besoin de ne faire qu’un avec la voiture: sentir les petites imprécisions de la piste ou écouter la musique du moteur. Je peux ainsi m’adapter à n’importe quelle situation.

Dans un baquet de F1 vous ne pouvez pas forcer votre nature : vous pilotez comme vous êtes.                                                                                                                                                                                                                Alain Prost

Alain, si nous vous avions posé la même question il y a 20 ans, votre réponse aurait-elle été similaire?
A. P.
: Plus ou moins. Le pilotage est une question de philosophie. Dans un baquet de F1, vous ne pouvez pas forcer votre nature: vous pilotez comme vous êtes. Quand j’étais môme, en karting, je m’occupais de tout: de la préparation du moteur, du châssis... Plus tard, j’ai conservé cet état d’esprit. Je n’aimais pas casser. Je voulais toujours marquer le plus de points possible sans jamais maltraiter la voiture. Il n’y a pas de secret, vous êtes au volant comme vous êtes dans la vie.

Jenson, êtes-vous aussi smooth dans la vie que sur un circuit?
J. B.
: Je suis plutôt relax. Sur un circuit, je suis relativement calme mais quand il faut être agressif, je le suis. Quand il faut doubler, vous devez être agressif. C’est comme ça.

Que signifie le fair-play pour vous?
J. B.
: C’est à la fois une valeur et une philosophie de vie. Une valeur consubstantielle au sport.
A. P.
: Je pense la même chose. Quand j’étais pilote, j’essayais toujours de me comporter comme un gentleman-driver. Je souffrais de ne pas être considéré comme tel, surtout à l’époque de ma rivalité avec Ayrton Senna. Mais nul besoin de le nier: en F1, les pilotes agressifs sur la piste le sont aussi dans la vie.

Enfant, je préférais le style d’Alain à celui d’Ayrton Senna. Quand j’ai débuté en karting en 1988, je m’inspirais déjà de sa technique de pilotage, tout en douceur.                                                                                                                                                        Jenson Button 

Jenson, auriez-vous aimé courir contre Alain? Si oui, qui aurait gagné?
J. B.
: Personne ne peut répondre à la seconde question. Concernant la première, la réponse est oui. En revanche, si je devais me glisser dans la même monoplace que celle que tu utilisais, Alain, je n’aurais aucune chance. Je suis trop grand ! Il y a quelques années, au festival de Goodwood, j’ai eu la chance d’essayer la F1 d’Alain, celle de 1986, et j’ai vraiment eu du mal à rentrer dedans. Aujourd’hui, on est quasiment allongé dans les monoplaces. Ce n’était pas le cas à l’époque.
A. P.
: À mon époque, le mot ergonomie n’existait pas. Les ingénieurs qui concevaient les F1 n’avaient qu’une obsession: l’efficacité de la voiture, son aérodynamisme, sa puissance, pas le bien-être du pilote. Je ne suis pas grand, mais je n’avais absolument pas de place pour bouger les pieds. C’était un véritable enfer. Nous avions trois pédales et un levier de vitesses, j’étais obligé de me couper le bout des chaussures pour éviter les frottements! Regardez, j’en ai même gardé des stigmates (il nous montre une petite bosse sur son épaule qui cognait sur les bords de la monoplace à chaque changement de vitesse – ndlr).


J. B.
: Tout a changé il y a une dizaine d’années, quand les ingénieurs et les directeurs sportifs ont enfin compris que le confort des pilotes était aussi un élément important pour la recherche de la performance. Si vous ne faites pas corps avec la voiture, vous ne pouvez pas la pousser à la limite.

Alain, vous avez gagné votre premier Grand Prix en 1981...
J. B.
: Waouh, j’avais à peine un an à l’époque...
A. P.
: C’était il y a quelques années, en effet!
J. B.
: Remarquez, j’ai huit ans de plus que Sebastian Vettel, c’est énorme.

Dans les années 80 et 90, il fallait choisir. On était soit pour Alain Prost, soit pour Ayrton Senna. De quel côté, étiez-vous Jenson?
J. B.
: Leurs duels sont en effet légendaires. J’ai commencé réellement à m’intéresser à la F1 à la fin des années 80 quand mon père m’emmenait sur des circuits de karting. Et même un enfant de 10 ans pouvait se rendre compte que ces deux pilotes étaient à la fois différents dans leur style et proches dans leur mentalité de champions. Mais je préférais le style d’Alain. Quand j’ai débuté en karting en 1988, je m’inspirais déjà de sa technique de pilotage, tout en douceur.                                                                                                 

En 1999, Alain Prost vous a offert une session d’essai à Barcelone. Jenson, vous souvenez-vous de ce qui est arrivé là-bas?
J. B.
: Bien sûr! J’étais à Mexico. J’avais reçu un appel de mon manager qui m’expliquait que je devais aller à Barcelone pour réaliser un essai dans une Prost Grand Prix. Au début, je pensais qu’il s’agissait d’une blague. Et puis, non, c’était la vérité. Jean Alesi et Nick Heidfeld étaient aussi de la partie. Ce fut l’une des expériences les plus folles de ma carrière. J’avais à peine 18 ans et, à l’époque, avant d’être transformé, le circuit de Barcelone était incroyablement rapide. Je voulais impressionner Alain, mais je ne voulais pas non plus me crasher...
A. P.
: Ce que Jenson ne sait probablement pas, c’est que bien avant que je ne monte mon écurie en 1997, j’avais déjà de bonnes relations avec Serge Saulnier (fondateur de l’écurie française Promatecme au sein de laquelle Jenson Button a été élu meilleur espoir en 1999 – ndlr) avec qui j’avais couru à la fin des années 70 en Formule3. Nous refaisions le monde ensemble toutes les semaines, comparant les qualités des pilotes. Le nom de Jenson Button était systématiquement au centre de nos discussions. Je suivais depuis longtemps sa carrière. J’aurais vraiment aimé l’engager mais nous avions déjà fait signer Jean Alesi et Nick Heidfeld.

 


 

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