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Noah père & fils

Le 27 octobre 2011

Dans la famille Noah, on demande le père. Et le fils. Entre paternité et complicité, Yannick et Joakim se ressemblent sans jamais se plagier.

Yannick & Joakim NOAH

Yannick & Joakim NOAH

On dit souvent des Noah qu’ils ont l’assurance des bosseurs qu’on prend pour des dilettantes. Pas complètement faux. Ils partagent aussi l’atavisme des grands champions. On dirait même que Yannick et Joakim ont dessiné leur destin sur papier calque. Il y a d’abord eu l’exil très jeune : à 12 ans du Cameroun vers la France pour Yannick et à 13 ans de la France vers les États-Unis pour Joakim. Il y a eu ensuite le travail, l’abnégation, les entraînements jusqu’à la souffrance. Et enfin la gloire : Roland-Garros (1983) et la chanson pour le père, deux titres NCAA, l’explosion en NBA chez les Bulls et la finale de l’Euro avec les Bleus cette année pour le fils. Il fallait les réunir pour cerner leurs différences. En toute décontraction.

Ce jour-là, dans le studio parisien où se déroule la prise de vue, Joakim dégaine le premier. « C’est lors d’une autre séance photo avec Sport & Style que j’ai porté pour la première fois un jeans slim blanc. » Qu’en pense son chanteur de père ? Aurait-il osé un shooting avec Zacharie, son père ? « Impossible », smashe-t-il en retour. « On était en Afrique. On avait autre chose à faire. En même temps, papa aurait adoré. C’était un vrai sapeur. Il l’est d’ailleurs resté. » Soudain, Joakim débarque avec une petite chemise cintrée sur les épaules. Yannick : « Waouh, tu es super dans cette chemise. Il faudrait simplement que tu passes huit jours entiers dans un sauna pour que tu puisses rentrer dedans. » Joakim sourit. Jaune. « Quand on est ensemble, il parle trop », balance le fils. « Il tchatche tout le temps, avec tout le monde. Il ne peut pas s’en empêcher. Je n’ai que très rarement mon mot à dire. » En silence, le photographe s’impatiente devant une baignoire Art Déco. « Allez Yan, arrête de parler ! Il faut faire ces photos. Et puis, j’en ai marre de cette chemise... »

«?Joakim,  MON FILS?»

«?Joakim, MON FILS?»

    

Tout a été dit et écrit sur la formidable famille Noah, non ?
Tout n’est jamais dit. À partir du moment où tu as une forme de pouvoir, tu essaies d’en profiter pour faire quelque chose de positif. Ne serait-ce que pour l’inspiration que tu peux amener à ton gamin. Oui, tu essaies d’embellir la vérité. Ce qui est plus négatif, plus sombre, tu le gardes pour toi.

Ça veut dire quoi embellir la réalité ?
Beaucoup de gens diront « fils de » ou « père de », c’est compliqué. Eh bien, nous, on a décidé que c’était simple. Et le « fils de » qui se plaint d’être « fils de », tant pis pour lui parce que c’est bien d’être le « fils de » parfois ! Ou le « père de ». Nous, on propose le côté positif du problème. Moi, tout jeune, ce qui me faisait triper, c’était les belles histoires, pas des sentiments de revanche ou de rancœur. Je suis un rêveur, j’ai la foi. Quand j’y repense, c’est le discours d’un gars comme Arthur Ashe qui, au Cameroun, me signe une photo en me disant : « Je te vois à Wimbledon, petit ». J’avais cette image au-dessus de mon lit. Je tripais avec ça, c’était un rêve fou. J’ai vécu toute ma jeunesse avec ce truc-là. Je pense que certaines rencontres que Joakim a faites ont joué le même rôle. On regardait encore hier soir avec sa petite sœur d’anciens films de famille, j’en ai des centaines. Il devait avoir 11 ans. Et il porte sa sœur, qui n’est qu’un bébé, dans ses bras. Je tiens la caméra et je lui demande : « Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » Il me répond alors : « Moi, je veux être joueur de NBA. » Il avait déjà son rêve dans la tête. En tant que père, j’ai soufflé sur ce rêve pour le faire grandir. Je ne lui ai jamais dit qu’en venant de Levallois, cela ne serait pas possible. Jamais. Dans la famille, on l’a tous encouragé. Comme mon père l’a fait quand j’étais môme. Ce n’est pas facile d’avoir un enfant qui a une vraie passion, c’est rare même. On l’a poussé. Sa mère, moi, tout le monde.

Auriez-vous aimé que Joakim devienne tennisman, comme vous ?
Contrairement à ce que laisse penser la légende, Joakim n’a pas commencé par le tennis. Il traînait autour du court, oui. Il avait une raquette en main, OK. Mais il avait aussi un ballon de foot, un autre de football américain et un troisième de basket. Il jouait un peu au basket et un peu au foot. En vérité, il n’a pas aimé le tennis parce que j’ai fait l’erreur de l’amener dans un club où on lui a pris la tête – c’était au Racing Club de France – dès le premier cours. Il n’a pas senti le truc. Du coup, après cette première expérience, il a dit : « C’est terminé, je n’y vais plus ». Et il a mis toute son énergie dans le basket. Il voulait faire un sport collectif, un sport que papa n’avait pas fait... naturellement.

Après la seconde victoire des Gators en NCCA, Joakim fait la Une de Sports Illustrated en 2006. Jusqu’à présent, c’est vous qui trustiez les couvertures des magazines. Que se passe-t-il dans la tête d’un père à ce moment ? Un sentiment d’abandon ?
Je n’ai pas eu ce sentiment d’abandon. Non, c’était différent. On en discutait avec la maman de Joakim et on se disait qu’on était tellement privilégiés. On se disait qu’on ne méritait pas ça finalement. Les gens pensent ce qu’ils veulent, mais c’était ça le vrai sentiment. On était tellement heureux ! On n’imaginait pas le bonheur que cela nous procurerait de le voir presque atteindre son rêve d’enfance. On avait vécu tous ensemble au rythme du ballon, du basket, de ses matchs, de sa passion. Les matchs à la télé, les stages d’été, le stress, on a vécu tout ça, comme tous les parents peuvent le vivre. On a vécu ses absences répétées pendant les vacances parce qu’il était en stage. Quand on est parent, on est toujours inquiet et on se dit : « Putain, pour mon gamin, il n’y a pas de plan B ! » Et quand ça fonctionne, c’est à la fois une joie indescriptible, mais aussi un soulagement parce que tu te dis, ouais, il va y arriver parce que c’est sa vie le basket. C’est comme moi quand j’ai joué au tennis enfant. Rapidement, je n’avais plus de plan B. Parfois, je me demande ce qu’il se serait passé si je m’étais niqué le genou à 14 ans. Franchement, je ne sais pas.

Vous avez mis tous les deux toutes vos forces dans le sport, presque sans filet. Quand on y regarde de plus près, on se dit que c’était une prise de risque énorme...
Oui, c’est une prise de risque, mais j’essaie toujours de faire passer un message à mes enfants : une fois dans leur vie, il faut qu’ils tentent quelque chose à fond. Après, il peut y avoir la malchance ou le destin. Mais, neuf fois sur dix, la malchance n’existe pas. En revanche, un jour, on peut avoir le regret de ne pas être allé au bout d’une passion, d’une envie ou d’un rêve. Et ça, pour avoir la réponse, il faut se donner, allez, dix bonnes années. Et qu’est-ce que c’est dix ans dans une vie face au sentiment de savoir qu’on a – ou pas – tenté le coup ? C’est ce que Joakim a fait et ça a marché. C’est du travail, bien sûr. Des heures et des heures passées sur le terrain avec forcément du plaisir aussi. Et forcément de la souffrance.

C’était écrit dans le grand livre ?
Pour Joakim, je crois que oui. Pour moi aussi. Il y a eu trop de chance, trop de belles rencontres, presque trop de belles choses spirituelles.

 

«?Yannick,  MON PERE?»

«?Yannick, MON PERE?»

   

  

« La carrière sportive de mon père n’a jamais été une source d’inspiration pour moi. Enfant, je la considérais davantage comme une routine. Je ne le dis pas de manière péjorative, c’était juste ainsi. Je le voyais s’entraîner, faire des joggings, de la musculation. C’était quelque chose de normal. Quand, plus tard, on courait ensemble, à la fin de la séance, on faisait toujours un sprint. Pour savoir qui allait gagner. L’idée, c’était de toujours tout donner, de ne jamais rien faire à moitié. Il y avait forcément une idée de compétition, mais ce n’était jamais expliqué, toujours suggéré.

Enfant, il ne m’a jamais dit comment faire, ou rarement. Parfois, il me donnait des conseils mais toujours avec du recul. Ce qui est génial, c’est qu’il m’a laissé vivre ma propre expérience. Dans la famille, le vrai chef de clan, le grand frère, c’est mon père. Un exemple : papa me parlait toujours du sacrifice quand j’étais petit. « On ne peut pas être athlète de haut niveau sans connaître ce sens du sacrifice. Si tu fais le con la veille, tu seras mort le lendemain. Il n’y a pas de mensonges dans le sport. » Il avait raison. Il a toujours raison sur ce point. Et c’est pour ça, je pense, que les gens aiment les sportifs et les champions. Le mensonge ne tient pas une seconde sur le terrain.

Papa est parti du Cameroun quand il avait 11 ans, seul, pour jouer au tennis en France. C’est pour cette raison, je crois, qu’il est devenu un grand champion. Moi, quand j’avais 13, 14 ou 15 ans, je ne partais jamais en vacances avec ma famille. J’étais tout le temps en stage avec mon coach américain, Tyron Greene. Je restais à New York pour m’entraîner, toujours m’entraîner.

En France, on dit souvent que la notoriété de mon père est un poids pour moi. Non, on ne peut pas parler de poids. Ce n’est pas le bon mot. Je comprends que papa représente quelque chose de très grand en France. Et ça, je le respecte totalement. Entre nous, il n’y a pas de concurrence, juste de la fierté. L’influence de ma mère est aussi forte que celle de mon père. D’ailleurs, il faut dire la vérité : j’ai passé plus de temps avec maman qu’avec papa. Bien sûr, l’influence de ma mère ne concerne pas le secteur sportif mais elle est énorme. Avec papa, j’ai toujours été super gâté... »

 

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