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Le foot est-il (encore) à la mode ?

Le foot est-il (encore) à la mode ?

Par Julien Neuville , le 10 juin 2016

Un sport qui réunit des millions de personnes, fait hurler de joie ou de colère des hommes et des femmes à travers le monde, qu’ils soient dans une taqueria de Mexico, un pub en Angleterre ou une suite d’hôtel à Manille, est forcément cool. Est-il branché ? Certainement pas, et tant mieux.

Le football est historiquement associé à une certaine culture populaire. C’est un sport grand public, compris de tous, rejeté par ceux qui ne veulent évoluer que dans des cercles d’élite. Il y eut l’épopée des Verts, soutenus par tout un bassin industriel et des ouvriers trop contents de voir leur terroir sur le devant de la scène. Il y eut Marseille en 1993, et tout un peuple riche en diversité sur le toit de l’Europe. Il y eut aussi les Metz, Reims, Sochaux, des petites villes de mains-d’œuvre. Les Red Star de Saint-Ouen.

Et puis, l’argent est arrivé, les salaires ont augmenté tout comme le prix des billets. Il faut désormais débourser des dizaines d’euros pour aller voir un match. Petit à petit, la classe populaire est restée à la maison, devant son poste. Les stades se sont disciplinés, les stars ont déboulé. Et aimer le football est devenu acceptable pour les CSP+. Avec l’Euro, les marques tentent de s’accaparer le football pour vendre plus de produits. Certaines le font très bien, d’autres sont à côté de la plaque.

La boutique Colette à Paris a décidé de revisiter les albums Panini – Graal de tout gamin ayant grandi dans une famille fanatique de football – en remplaçant les footballeurs par des personnalités de l’art, de la mode et de la musique (la belle ironie), mais aussi de rendre hommage au plus grand malotru de tous, Éric Cantona. De son côté, Jean-Max Colard, commissaire de l’exposition La Grande galerie du foot organisée à la Grande Halle de La Villette, a créé un fan-club éphémère autour du célèbre numéro 7 avec «objets fétiches qui témoignent de la ferveur des supporteurs et du culte dont Cantona aura été l’objet » et œuvres d’artistes contemporains – Mohamed Bourouissa, Jake et Dinos Chapman, Claude Closky. Dans le Marais, les gars de l’agence de communication Nutmeg et de la ligue amateur Le Ballon ouvrent un concept-store éphémère où se vendront leurs trouvailles de ferrailleurs. «Concept-store», «éphémère», «le Marais», ça fait beaucoup de mots du champ lexical de la branchitude ; et pourtant, à l’intérieur, des produits qui pourraient se trouver dans l’armoire d’un hooligan britannique repenti (vinyles, affiches). Là s’érige le paradoxe.

Le football n’est pas glamour. Il peut l’être lorsqu’il est question de Cristiano Ronaldo ou de quelques équipes italiennes, mais le vrai football, dans les prés français, les parkings secs d’Amérique du Sud, les terrains inondés d’Écosse ou les stades en ébullition turcs, c’est un sport brutal, violent, âpre. Des qualités qui, justement, le rendent cool pour beaucoup, au même titre que les chemises de bucheron, les barbes, les chignons, les jeans troués ou les T-shirts mités. Pas glamour donc, mais désormais branché.

Comme on le dit chez Colette, temple du hype, « le foot a toujours été cool. Aujourd’hui, ça devient branché de dire que l’on aime le foot. La nouveauté est là ». Pour les branchés qui voudraient afficher leur passion footballistique, le site Yoox.com met en vente une collection de T-shirts et pulls créés par une petite flopée de créateurs. Dries Van Noten s’est occupé de la Belgique, Paul Smith de l’Angleterre, JW Anderson de l’Irlande du Nord, Umit Benan de la Turquie et Nina Ricci de la France: 2016 exemplaires, fabriqués en Italie, ça c’est branché !

Mais pour que le football soit encore plus accepté des classes créatives, il faudrait que les joueurs se muent en véritables personnalités «aspirationnelles», qu’on admire leur « dégaine », leurs choix esthétiques, leur vie. La NBA s’est refait une popularité grâce à des athlètes tirés à quatre épingles, en Tom Ford ou Givenchy. En Italie, les joueurs cultivent une véritable allure de gentlemen, gomina et mocassins compris. Les grands tailleurs ont tous leur équipe de cœur, qu’ils l’habillent ou pas. Les joueurs sont des héros sportifs mais aussi des icônes de mode pour petits et grands. Maldini, Pirlo, Totti, quelle classe ! Peut-être que si tous les joueurs arrivaient à Clairefontaine en costume sur mesure plutôt qu’en blousons de cuir, jeans troués, chaines en or et crêtes teintées, en plus de vouloir jouer comme eux, on voudrait s’habiller comme eux. Le football ne sera jamais totalement branché et tant mieux !

 

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