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Le néoprène, la vraie bonne idée ?

Le néoprène, la vraie bonne idée ?

Par Jawaher Aka , le 07 septembre 2016

Entre admiration et détestation, le néoprène, qui révolutionna la pratique des sports aquatiques dans les années 1950, est au cœur d’enjeux à la fois écologiques et stylistiques. Explications.

En 2011, la collection Synthetic Ocean d’Alba Prat illustrait la mutation d’espèces marines obligées de s’adapter à un environnement pollué par des milliers de tonnes de plastique. Pour représenter cette nouvelle faune, la créatrice espagnole confectionnait de drôles de combinaisons dans un matériau à la symbolique forte : le néoprène.
Apparu dans les années 1930, ce caoutchouc obtenu à partir de pétrole, résistant et isolant, a rapidement conquis l’industrie des sports aquatiques, dont le surf. Nocif pour l’environnement, ses performances l’ont malgré tout emporté sur le respect de la nature auquel on associe spontanément le surf. Léa Brassy, surfeuse et ambassadrice Patagonia, avoue qu’« il y a une hypocrisie dans notre pratique. Notre plaisir dépend de ce que la nature veut bien nous donner et de son état. Pourtant, nous utilisons des produits - combinaisons, planches, accessoires, wax - qui ont un impact très négatif sur cet environnement ».

Caoutchoucs synthétiques et naturels
Dès les années 1960 pourtant, le producteur japonais de néoprène Yamamoto laisse entrevoir une alternative plus écologique avec un caoutchouc à base de calcaire. Quand Patagonia, la marque qui milite depuis toujours pour « un business responsable », se lance dans la fabrication de combinaisons, elle choisit le géoprène.
Face aux chocs pétroliers et aux réserves de pétrole limitées, une alternative au néoprène classique s’impose à toute l’industrie. Les leaders du surf, d’abord sceptiques, suivent donc rapidement les précurseurs. Quiksilver engage ainsi sa transition verte il y a dix ans, à la veille d’un troisième choc pétrolier.
En 2012, coup de théâtre : Patagonia affirme que le géoprène a un impact environnemental aussi négatif que le néoprène à base de pétrole. En cause ? La température à laquelle est soumis le calcaire pour sa transformation et ses quantités réduites non-renouvelables. Yamamoto explique que l’énergie produite est réutilisée et que les réserves de calcaire sont estimées à trois milliers d’années contre quelques dizaines pour le pétrole. Pour autant, Patagonia se met en quête d’un caoutchouc naturel. La compagnie Yulex en propose un développé à partir de guayule, une plante originaire du Mexique. Après quatre ans de recherches et 200 prototypes, une combinaison sort finalement en 2012.


La combinaison du créateur Julien David pour Quiksilver.

C’est l’année où Hub Hubbard, transfuge de Billabong, entre chez Patagonia comme responsable des combinaisons. Il a le privilège de tester « la meilleure combinaison au monde » (sic). Un enthousiasme que ses concurrents ne partagent pas. À l’instar de Xavier Faucher, son homologue chez Quiksilver. « Ces combinaisons sont 30 % plus lourdes à sec, beaucoup moins extensibles et coûtent plus cher. » Léa Brassy, elle, admet que « si les premières combis demandaient plus d’efforts, elles s’adaptaient dans le temps au corps et leur durée de vie se compte en années contre quelques mois pour les combinaisons classiques. » Quant au prix, en effet, pour un produit identique, une combinaison en Yulex est jusqu’à 50 % plus chère. Enfin, dernier épisode de cette course à la technologie verte, Patagonia et Yulex viennent de lancer une combinaison 100 % néoprène free confectionnée avec un caoutchouc à base de sève d’hévéa, qui ferait retomber la différence de prix à 20 % et offrirait une alternative réellement verte au néoprène synthétique.

Cycle de vie
Sauf que, comme aiment le rappeler les leaders du surf, le néoprène n’est qu’une partie du problème écologique que pose leur secteur. Pour qu’un produit soit vraiment green, il faut envisager sa production, son assemblage, son transport, sa durée de vie et sa recyclabilité. Or, le nouveau caoutchouc de Patagonia reste  synthétique (bien que non fossile) à 15 %. Ensuite, de l’aveu même de Hub Hubbard, « Patagonia n’a pas encore trouvé le moyen de remplacer les blocs carbone pour teinter les combinaisons. Il faut encore travailler sur la valorisation des combinaisons, obtenir le label Blue Sign en trouvant des solutions pour les colorants notamment ». Quant à l’empreinte carbone des combis, les designs sont conçus en Californie, la sève d’hévéa est récoltée au Guatemala et les combinaisons sont assemblées en Thaïlande. On ne peut pas être sur tous les fronts même si les progrès sont déjà plus que louables.

Une perfectibilité que les petites marques de sports nautiques connaissent bien. Stan Bresson, l’un des trois fondateurs de la marque française de « wet-à-porter » Saint-Jacques, le confirme : « Nous aurions aimé travailler en Europe ou en Afrique du Nord pour réduire les déplacements mais le néoprène vient d’Asie, il était donc plus logique de produire là-bas. Pour les néoprène green, la réalité économique d’une petite entreprise offre un choix de produits et des possibilités de développement limités. Or, les petites innovations que nous voulions apporter- broderies, pièces aimantées et zip pour les poches, cols -, étaient déjà trop contraignantes pour les usines par rapport à notre volume de production. » Car le concept que Saint-Jacques porte est avant tout un concept mode.

Et la mode dans tout ça ?
Si le néoprène est au cœur d’une révolution verte du surf, il est aussi au cœur d’une révolution stylistique. Dans le surf, jusque récemment, technique et esthétique semblaient antinomiques. Hanalei Reponty, ancienne surfeuse Rip Curl, aujourd’hui modèle chez IMG et créatrice de la marque Abysse, s’est toujours étonnée que la mode s’inspire du surf mais que l’inverse ne se vérifie pas. Tommy Hilfiger, Alexander Wang, Jean-Paul Gaultier, Chanel, Balenciaga, Givenchy, Armani, Lanvin ou Dior, tous ont cédé à la tentation. Mais pas au point de signer une collaboration avec une marque de surf.
L’an dernier pourtant, le créateur Julien David imaginait pour Quiksilver une combinaison avec un tuxedo imprimé sur le néoprène. La filiale japonaise de la major associée à l’agence de publicité TBWA faisait aussi sensation avec un vrai costume en néoprène qui permettait d’enchaîner session surf et journée de boulot sans se changer. Un ovni malheureusement vite disparu des écrans radar. Mais la vraie révolution est sans doute du côté de Saint-Jacques qui propose depuis ce printemps des tops en néoprène reprenant les classiques du vestiaire urbain. « Il a fallu beaucoup de prototypes avant de trouver le bon compromis entre design et performances. En tant que pratiquants, on ne pouvait pas proposer un produit qui ne soit pas techniquement à la hauteur de ce qu’on est habitués à porter. »


Parmi les autres marques à avoir innové, Abysse, qui propose des coupes tendance et des finitions dans l’air du temps tout en gardant les codes des tenues de surf classiques. Son offre ne propose qu’une collection femme pour le moment, mais au bout de seulement deux ans d’existence, la marque incarne parfaitement les deux révolutions du néoprène, à la fois verte et mode. La marque qui a choisi le géoprène pour toutes ses combis espère pouvoir un jour utiliser les technologies bio développées par Patagonia. En attendant, « nous nous efforçons de réduire notre empreinte carbone en essayant de travailler sur les mêmes sites. Cette année, nous proposons une combi en géoprène 100 % japonais. Elle est fabriquée au Japon et sera expédiée de là-bas aux clients. C’est un coût pour nous et pour le client mais nous pensons que cette démarche est la bonne. » La combinaison parfaite en somme.

 

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