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Le grand bleu

Le grand bleu

Le 01 juillet 2011

Guillaume Nery plonge tête baissée pour titiller les abysses. Dans le grand bleu de la mer Rouge, le champion apnéiste retient son souffle avec Julie Gautier, sa sirène. Face à la côte égyptienne, embarcation immédiate en apesanteur dans un paradis sous-marin.

Quand il est au restaurant, Guillaume Nery goûte tous les plats. L’apnéiste niçois est curieux de tout et voudrait explorer tous les fonds. Il aimerait rendre visite à Nessie, le monstre du loch Ness. Mais là, sur la mer Rouge, au large de Charm el-Cheikh, Guillaume observe, à la poupe du bateau, une raie manta qui déploie ses nageoires et tournoie à quinze mètres sous la surface.

Le soleil est au zénith et l’eau si claire, que les coraux et les gorgones accrochés aux récifs teintent la grande bleue de leurs éclats vermeils. Le champion des profondeurs s’apprête à plonger : « L’apnée, c’est passer de l’autre côté du miroir, se couper de la vie terrestre. Enfant, je rêvais d’aller dans l’espace. L’apnée me permet d’expérimenter l’apesanteur. Sous l’eau, je me coupe de toutes les lois physiques terrestres et il y en a d’autres qui s’appliquent. Ce sont d’autres sensations, d’autres émotions, c’est un autre univers. »

Un principe intangible, intemporel, les hommes ont toujours cherché à descendre sous la surface pour se nourrir ou partir à l’aventure. Cette tradition se perpétue, comme au Japon avec les Amas, ces pêcheuses de coquillages. Mais la quête des profondeurs en apnée est relativement récente et les limites de l’entendement médical ne cessent d’être repoussées.

Les pionniers de l’exploration des profondeurs en apnée se nomment Enzo Maiorca, premier homme à franchir la barre des 50 mètres en 1961, et Jacques Mayol qui, en novembre 1976, atteint les 100 mètres au large de l’île d’Elbe. C’est d’ailleurs la rivalité entre ces deux grands plongeurs que relate Le Grand bleu, le film de Luc Besson qui a rendu la discipline populaire dès la fin des années 80.

Claude nous a montré qu’on pouvait y aller en déconnant et en discutant avant, à l’inverse de ce que montre Le Grand bleu.

À COUPER LE SOUFFLE

L’histoire apnéique de Guillaume Nery commence au fond du bus qui le ramène du collège. Avec un camarade, ils se défient pour savoir lequel retiendra le plus longtemps sa respiration. Mais Guillaume perd. Il se rappelle encore que son ami avait tenu 2’09’’ tandis que lui n’avait réussi qu’un 1’20". Vexé, il s’entraîne dans sa chambre et en quelques jours atteint les 5’. Dans le Quid, le livre qui donnait « tout sur tout et tout de suite » – l’Internet avant l’heure –, il compare sa performance avec les records du moment (dans les 7’) et comprend qu’il a des capacités. Puis, il découvre à la télévision un reportage sur Umberto Pelizzari, apnéiste très médiatique dans les années 90. « J’ai trouvé ça super beau et extrêmement esthétique de le voir palmer sous l’eau. »

Enfin, en 1997, Guillaume se rend compte qu’il existe, chez lui à Nice, un club d’apnée tenu par celui qui deviendra son mentor, Claude Chapuis. « Claude nous a montré qu’on pouvait y aller en déconnant et en discutant avant, à l’inverse de ce que montre Le Grand bleu. Il m’a appris que l’apnée pouvait être fun, que tout le monde pouvait plonger, qu’il n’y avait pas forcément besoin de faire trois heures de yoga avant. Mais c’était aussi une manière de me brider un peu pour que je progresse tranquillement. »

Les membres du club plongent dans la rade de Villefranche-sur-Mer. « C’est une baie assez profonde, bien protégée, avec un plan d’eau calme, sans courant et quasiment sans vagues. Et même si elle est un peu froide l’hiver, elle est accessible toute l’année, c’est la combinaison magique pour un apnéiste. C’est ma baignoire. » Mais la plongée peut être fatale. Le champion Loïc Leferme y est mort en 2007 lors d’un entraînement de plongée no limit


L'IVRESSE DES PROFONDEURS

La discipline de Guillaume est la plongée dite en poids constant, la plus pure et la plus noble. Celle qui consiste à descendre et remonter à la seule force de sa monopalme. Sa meilleure performance, il a été la chercher à 115 mètres, une plongée de 3 minutes et 30 secondes où il faut savoir gérer sa consommation d’oxygène et compenser la pression qui s’exerce sur les tympans.

 Au-delà de la simple recherche de record, ce sont des sensations uniques que vit l’homme. Lors des premiers mètres, il doit palmer pour s’arracher de la surface, bras et tête en avant. À partir de 35 mètres, il se retrouve en flottabilité négative et là, sans un mouvement, il se laisse couler et vole. « C’est un moment d’infini, il y a du bleu sans fin et je suis bien. Même si je sais que je ne suis pas à ma place, j’essaie de m’en faire une petite, l’espace d’un instant. »

À la remontée, il doit palmer de toutes ses forces pour retrouver la surface tant l’ivresse des profondeurs envahit ses pensées. C’est une narcose due à l’azote et au CO2. Les lutins prennent le contrôle de son cerveau et déclenchent une fête foraine dans sa tête. « On ne peut pas lutter contre, alors il faut l’accepter, laisser une partie de son cerveau délirer, tandis que l’autre reste concentrée sur la remontée. » Avec l’ascension, la température change, la lumière s’intensifie et enfin, à l’air libre, à bout de souffle, c’est la première inspiration, une inspiration semblable à la toute première, celle des origines, de la naissance. À la différence des nouveaux-nés, le plongeur n’est pas tenu de crier mais seulement d’affirmer aux juges un laconique « I am OK ».

Aujourd’hui, sur la mer Rouge, Guillaume Nery ne se jette pas à l’eau pour caresser les abysses, seulement pour une promenade sous-marine avec sa compagne Julie Gautier, apnéiste, danseuse et spécialiste de biologie sous-marine. Avec elle, il a réalisé un court-métrage unique : Free Fall, une apnée-fiction esthétique dans un gouffre sous-marin aux Bahamas. 9 millions d’internautes l’ont déjà visionné. En septembre prochain, aux championnats du monde d’apnée organisés à Kalamata en Grèce, Guillaume Nery tentera de battre son adversaire, l’Autrichien Herbert Nitsch, pilote d’avion professionnel, détenteur du record à 123 mètres.

On ne peut pas lutter contre, alors il faut l’accepter, laisser une partie de son cerveau délirer, tandis que l’autre reste concentrée sur la remontée.

 

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