Mode Fabio Capello
© MICHAEL REGAN/CONTOUR BY GETTY IMAGES Par Jérôme Lechevalier, le 31 janvier 2013

Fabio Capello Il maestro

Fabio Capello, l’entraîneur le plus coté de la planète foot, se livre sur sa passion pour l’art et la haute horlogerie. Grand fan de Jaeger-LeCoultre, il aime les montres sans aucune modération.

Ce dimanche, c’est la fin de la saison du championnat de football italien. Le Milan AC va perdre la première place. Dans les loges VIP du stade San Siro  – le temple milanais du ballon rond –, Fabio Capello, libéré depuis peu de son poste de sélectionneur de l’équipe d’Angleterre, profite de ses vacances. Il a laissé le costume-cravate au vestiaire et déjeune avec ses petits-enfants avant le match. À San Siro, il est comme à la maison. Joueur de l’AC Milan, il a remporté le scudetto en 1979. Entraîneur des Rossoneri dans les années 90, celui qu’on appelle le « géomètre » a écrit certaines des plus belles pages de l’histoire du club milanais. Pour le café, le maestro Capello reçoit  Sport & Style à la table réservée à Jaeger-LeCoultre. La « Grande Maison » soutient l’AC Milan  : en cas de victoire du championnat, tous les joueurs reçoivent une Reverso, gravée de l’emblème du club et personnalisée. Les montres Jaeger-LeCoultre, Fabio les connaît bien puisqu’il les collectionne, tout comme les œuvres d’art. Il est venu nous parler d’art et d’horlogerie. Pas de football.

Quelle est votre relation avec Jaeger-LeCoultre?
C’est une belle relation d’estime mutuelle. Il n’y a ni contrat, ni sponsoring. Pour moi, c’est une marque très particulière, qui a inventé la Reverso, une montre à part dans l’histoire de l’horlogerie.

Quels sont vos modèles préférés?
C’est que j’en ai beaucoup ! À dire vrai, je les ai tous  : plusieurs Reverso, la Memovox Deep Sea – car je suis aussi plongeur – et d’autres modèles moins connus. J’ai acquis ma première montre en 1963, elle était rectangulaire. Aujourd’hui, je porte une Jaeger-LeCoultre Reverso Squadra. Squadra veut dire équipe en italien, comme le célèbre journal français.

Une montre est un outil fonctionnel, un objet statutaire sur le plan social, un investissement ou un pur plaisir?
Un plaisir, assurément. Je choisis ma montre en fonction de mes vêtements et de ce que je dois faire. C’est un pur plaisir de choisir sa montre chaque matin. Pour un passionné d’horlogerie, c’est aussi un luxe  – j’en ai conscience –  de pouvoir choisir sa montre en fonction de ses activités et de sa tenue.

Quel est votre rapport au temps?
Je suis de ceux qui aiment se lever et se coucher tôt. J’aime la ponctualité, je veux que les autres respectent les horaires. Je n’aime pas perdre du temps. C’est un rapport de respect avec ce qui doit se faire durant la journée.

Êtes-vous superstitieux avec vos montres?
Plutôt, oui ! Du début à la fin de la saison, chaque année, je porte toujours la même pour les matchs. Car je sais qu’elle me portera bonheur. Et puis, la saison suivante, je change. L’histoire de mes montres, c’est mon équipe qui l’écrit.

L’émotion du football ne dure que quatre-vingt-dix minutes. L’émotion devant un tableau est durable, plus douce aussi.

Pourquoi les Italiens sont-ils si souvent maîtres du design?
Nous, les Italiens, avons une grande passion pour le détail. Dans le style et les vêtements. Les grands créateurs de mode inspirent inconsciemment chacun de mes compatriotes. Par-dessus tout, l’Italien aime être bien habillé et porter l’accessoire qui le rendra raffiné et élégant.

D’où vient votre passion pour la peinture?
C’est une histoire qui a commencé à Turin. J’avais 23 ans et je jouais à la Juventus. C’est le directeur sportif de l’époque, Itali Allodi, un amateur d’art, qui m’a initié. Il m’a encouragé à acheter quelques œuvres plutôt que de dépenser mon argent dans des voitures de luxe. Il m’a dit que je pourrais petit à petit monter une collection et qu’avec mes moyens, je pourrais aussi acheter des toiles de bons artistes. Aujourd’hui, quand je rentre dans la maison de quelqu’un et que je regarde les murs, je comprends beaucoup de choses en fonction de ce qui est accroché.

À quoi ressemble la vie d’un collectionneur?
J’aime chercher, je lis les journaux d’art. Je visite les expositions et les musées. J’aime l’art en général, avec un A majuscule, de l’art primitif à l’art contemporain. Il n’y a que la photographie et les vidéos qui ne m’attirent pas. Du moins, pas pour l’instant.

Quels sont vos coups de cœur pour la peinture?
J’ai eu une toile de Giorgio De Chirico et j’ai beaucoup aimé une peinture de Renato Guttuso, mais je les ai toutes les deux revendues. La première œuvre que j’ai achetée, c’était un tableau d’Ennio Morlotti, à Turin. La dernière, c’est un dessin de Georg Baselitz que j’ai déniché à Londres.

Quels mouvements artistiques suivez-vous?
Les artistes de l’Arte Povera comme Alighiero Boetti, Jannis Kounellis et Michelangelo Pistoletto, ainsi qu’à la Trans-avant-garde italienne. J’aime aussi le plasticien Anselm Kiefer, l’artiste catalan Antoni Tàpies, Georg Baselitz ou encore le peintre Cy Twombly dont les oeuvres ont atteint des sommes inaccessibles.

Acheter une œuvre se fait-il au téléphone?
Jamais ! Le tableau doit offrir des sensations. Quand je le vois, je dois ressentir des émotions, sinon ça ne vaut pas la peine de signer un chèque.

Qu’est-ce qui vous procure le plus d’émotion, un tableau ou une partie de football?
L’émotion du football ne dure que quatre-vingt-dix minutes et c’est de l’adrénaline pure. L’émotion devant un tableau est durable, plus longue, plus douce aussi.

Kandinsky a-t-il inspiré certaines de vos stratégies de jeu ?
Kandinsky est un artiste qui n’est pas étranger au monde du football. Ses lignes ont quelque chose de commun avec le foot, oui.

Le football peut-il atteindre la grandeur de l’art?
Il y a parfois des actions sur le terrain qui atteignent le domaine du sublime et peuvent être comparées à un ballet. C’est alors de l’émotion pure, comme ce que j’ai ressenti quand j’ai vu Rudolf Noureev à la Scala de Milan. Il y a des champions hors catégorie qui peuvent réaliser des prodiges, comme Lionel Messi, Zlatan Ibrahimovic ou Cristiano Ronaldo.

Les artistes sont-ils des gens plus «faciles» que les footballeurs?
Dans le monde du football, il y a un examen tous les trois jours et il faut le réussir. En revanche, pour l’artiste, le procédé créatif est un travail de longue haleine. Les cinq années pendant lesquelles j’ai vécu à Rome, j’ai fréquenté le groupe de San Lorenzo. Ils se réunissaient à la pâtisserie Cerere. J’allais dans leurs ateliers, nous y passions les soirées tous ensemble. C’est passionnant de vivre auprès des artistes et d’analyser leurs méthodes de travail.

Parlez-vous art et exposition dans les vestiaires avec vos joueurs?
Je ne vais pas énumérer tout le monde, mais j’ai initié plusieurs joueurs à l’art ainsi que des dirigeants. Jonathan Zebina, par exemple. Il s’y est mis pour de bon et a même ouvert une galerie à Milan ! Sinon, avec Ariedo Braida et Franco Baldini (le premier, directeur sportif de l’AC Milan, le second, directeur général de l’AS Roma – ndlr), nous entretenons des conversations artistiques fréquentes.

Le Times vous a qualifié de génie. Vous considérez-vous comme l’artiste peintre du football?
Oui, surtout si l’inspiration est présente et que les couleurs ne sont pas périmées.

BIO EXPRESS
1946. Naissance le 18 juin à San Canzian    d’Isonzo, au nord de l’Italie.
1964. Débute sa carrière de joueur à Ferrara.
1969. Recruté par la Juventus de Turin où il joue jusqu’en 1976.
1979. Termine sa carrière de joueur à l’AC Milan.
1991. Entraîneur de l’AC Milan jusqu’en 1996.
1996. Entraîneur du Real Madrid.
1997. Entraîneur successif de l’AC Milan, AS Rome, Juventus de Turin et Real Madrid.
2007. Sélectionneur de l’équipe d’Angleterre jusqu’en 2012.
2012. Nommé sélectionneur de l’équipe de Russie

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