X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
Le monde de Charlie Siem

Le monde de Charlie Siem

Par Claire Mabrut , le 26 mars 2013

On connaissait les Nocturnes de Chopin. Celui que l’on découvre ce mois-ci est signé Giorgio Armani et baptisé Eau de Nuit, sorte de coda olfactive de son Eau pour Homme, lancée il y a près de 20 ans. Pour donner un visage à son parfum, le créateur italien a choisi le violoniste british Charlie Siem.

Le couturier italien, Giorgio Armani, a fait appel au violoniste Charlie Siem – et au photographe de mode Francesco Carrozzini, également égérie de la campagne – pour incarner sa nouvelle Eau de Nuit, une partition épicée aux accents de muscade, iris poudré et ambre enveloppé de volutes de tabac. Des icônes loin des pop stars éphémères ou des mannequins à la carrière aussi fulgurante qu’express, mais qui illustrent une tendance lourde dans le luxe : celle qui consiste à faire appel à des personnages identifiables mais aussi – surtout ? – dotés d’un vrai CV. « Les marques sont en quête de personnages qui sortent du lot par leur excellence créative, leur talent, loin du mythe du top model qui, en plus, ne tient plus forcément dans la durée », analyse Emma Fric, directrice de la recherche et prospective chez Peclers Paris. « D’où la présence inattendue de Mikhaïl Gorbatchev, ou d’Andre Agassi et Steffi Graf chez Louis Vuitton, Sylvie Guilhem ou Roger Federer chez Rolex, etc. De telles personnes symbolisent l’endurance, la longévité, la persévérance et même la résistance à la pression ou aux événements. Par leur métier, leur carrière qui exige souvent le dépassement de soi et l’exigence envers soi, ils font écho aux valeurs d’héritage, aux notions de travail et de savoir-faire de la marque qu’ils incarnent. »

Petit prodige anglais de la musique, la légende veut que Charlie Shiem ait tenu son premier violon à l’âge de trois ans après avoir entendu Yehudi Menuhin jouer un concerto de Beethoven. Rapidement, le Royal Philarmonic Orchestra puis d’autres formations prestigieuses invitent le phénomène sur scène. Tout comme, ces dernières années, The Who, Boy George et Lady Gaga... Virtuose à la gueule d’ange, Charlie est aussi rapidement repéré par la mode. Dunhill le recrute pour ses campagnes, Karl Lagerfeld l’immortalise en Chanel pour son livre La Petite veste noire et Kris Van Assche le convie à jouer dans un film consacré à Dior Homme. « La combinaison de son look contemporain et de sa maîtrise du violon font de lui un spectacle passionnant » assure même le photographe Mario Testino. Autant de ponts supplémentaires vers le monde d’Armani.

Mon métier est très physique : tout se joue au niveau des épaules, des bras, des mains, des articulations des doigts.

Pourquoi avoir accepté de devenir l’ambassadeur d’un parfum ?
Il est clair qu’à la base, le parfum ne fait pas vraiment partie de mon univers. Mais c’est aussi une forme d’art, avec une longue tradition. Comme la musique. Et avec un langage tout aussi complexe qu’elle. Le parfum, comme la musique, est un art de la séduction. Le rôle d’un artiste est de séduire son public, d’aller à sa rencontre en lui offrant un beau récital. En fait, l’impact de la musique est assez similaire à celui du parfum.

Quelles notes olfactives vous définissent ?
Épicées ! J’aime les parfums signés, avec du caractère. Mais ils doivent également laisser échapper une pointe de fraîcheur, celle qui réveille, redonne de l’énergie. Le parfum, pour moi, n’est pas une fin en soi : c’est la cerise sur le gâteau, le petit truc en plus qui signe une silhouette et s’accorde à des moments particuliers. Je peux donc parfaitement sortir de chez moi sans parfum. En fait, je suis obsédé par la propreté. J’ai besoin d’être clean, impeccable en permanence. C’est pour cela que j’ai un vrai goût pour la mode et les vêtements : être bien habillé est une forme de respect de soi et du public. J’aime les tenues simples, parfaitement coupées, d’esprit tailleur et confortables. C’est lorsqu’on se sent vraiment à l’aise que notre personnalité peut vraiment s’exprimer. Elle n’est pas contrainte ou enfermée dans des vêtements qui ne lui correspondent pas.  

Vous dites souvent qu’à une époque, les gens voyaient dans la musique, et surtout ses techniciens, une certaine magie noire. Par son côté alchimiste, un parfum est aussi entouré d’une aura de mystère. Vous avez un côté obscur ?
C’est vrai que pendant longtemps, la musique a eu cette réputation mystique et sombre. En ce qui concerne le violon, plus particulièrement au XIXe siècle, à l’époque de Paganini, un homme qui me fascine depuis l’enfance et qui a inventé une foule de nouvelles techniques pour jouer du violon. D’ailleurs, lui aussi est italien, comme Giorgio Armani. Avec Paganini, la musique a eu un côté magique et le musicien a été associé au héros romantique, dont le concept commençait à poindre alors. Donc oui, il y a sans doute un peu de cela en moi. Mais tout le monde a ce côté dark, non ?

Sur scène, les artistes livrent de vraies performances. C’est sportif d’être musicien ?
Oh, oui ! Mine de rien, mon métier est très physique : tout se joue au niveau des épaules, des bras, des mains, des articulations des doigts. Quand on est violoniste, il faut en plus avoir cette puissance face aux soixante autres personnes de l’orchestre. Un soliste doit être au-dessus, solide dans sa musique et dans sa tête pour donner le tempo à suivre. Garder le contrôle, ne pas se laisser embarquer par l’émotion sans jamais oublier, pourtant, qu’il faut raconter une histoire et faire passer des émotions justement. Souvent, je me dis que le sport et la musique sont les deux choses qui peuvent faire changer les gens. Il y a l’aspect de la performance, l’exigence de se challenger en permanence. Puis l’impact émotionnel de cette performance musicale ou sportive, et même son côté intellectuel.

De plus en plus de marques choisissent pour les incarner des personnalités telles que vous, des sportifs, des comédiens, etc, plutôt que des mannequins. Qu’avez-vous de plus qu’eux ?
Rien ne remplacera jamais un beau visage dans une campagne de publicité. Mais cette tendance des marques à venir chercher des personnes différentes, qui ont une carrière en dehors de la mode et sont dans « la vraie vie », est intéressante. Cela permet de véhiculer un autre message, d’explorer une facette plus intellectuelle d’une marque. Mais toutes ne peuvent pas se le permettre. Il faut qu’elles aient du fond, une histoire, une certaine culture, un vrai univers. Armani est dans cette veine. Comme dans la musique, il y a chez lui cette culture de la virtuosité qui permet de créer des sensations et des émotions. 

 

IMAGE LAFC STORY

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.