Mode Vincent Cassel
©Michel Sedan Par Yves Bongarçon , le 03 mai 2013

Vincent Cassel Son of the beach

À l’affiche de Trance, le nouveau polar survitaminé de Danny Boyle, Vincent Cassel, de passage à Paris, a bien voulu parler sports et styles mais aussi surf, Brésil, capoeira, élégance, acting, intransigeance et... rectitude. Power : ON. Volume : 10. Attention maximale.

Légèrement hâlé, khakis et Timberland, veste bleu marine et T-shirt rayé, pull beige en cachemire et coupe en brosse : même décontracté, Vincent Cassel en impose. Souple, le bel animal grisonnant se laisse tomber dans le canapé de la suite 500 de l’hôtel Lancaster. Son œil bleu vous jauge, vous soupèse, et sa voix vaguement goguenarde vous met immédiatement sous pression. «On va vraiment parler sport, alors?» Le quadra a conservé certains réflexes de l’ado turbulent qu’il était. L’expression « dans le vif du sujet » n’a jamais été aussi vraie. Feu.

Plus jeune, vous avez souvent dit qu’incarner un sentiment passait par le corps, y compris les pieds, sinon c’était faux. Le pensez-vous toujours ?
À l’époque, j’étais beaucoup dans le concept d’incarner, de l’italien « carne », viande. Je le pense toujours : jouer la comédie n’est pas qu’une notion intellectuelle. Lorsqu’on est pris par une pensée forte ou un sentiment digne d’être montré au cinéma, le corps s’en ressent, même s’il s’agit de quelque chose d’extrêmement statique.

Est-ce le chemin inverse pour le sport ? Partir du corps, de la « carne », pour aller jusqu’au mental ?
C’est le cas dans beaucoup de sports. Le corps entre en mouvement non pas par le mental ou l’analyse, mais parce qu’il est mû par l’instinct, l’instant, par une situation très incarnée, très concrète. Un boxeur, par exemple, s’adapte au comportement de son adversaire : ce n’est pas de l’analyse mais du ressenti. C’est aussi de l’intelligence. On peut avoir des réactions instinctives aussi fulgurantes que l’intellect, mais si on essayait de le penser, on n’irait pas assez vite. C’est ce que j’appelle l’intelligence du corps. En tant qu’acteur, il m’arrive de faire un geste pour m’aider à intégrer un concept. Et soudain, tout devient clair. C’est parce que l’on a fait un geste, que l’on a appréhendé une situation de manière psycho-physique – c’est comme ça que ça s’appelle –, que l’essentiel est révélé. La pensée et le corps ne sont pas séparés.

Quel rôle tient le sport dans l’équilibre et la psychologie du comédien ?
Chez le comédien et chez moi en tant que personne ! J’ai besoin de rester en contact avec mon corps sinon je me sens réduit physiquement, et cela me déprime. Certes, je sais qu’un jour mon corps ne suivra plus mais, en attendant, j’ai besoin de m’en préoccuper. Les moments où j’ai été immobilisé sont les seuls où je me suis senti vieux (sourire). Ne plus pouvoir subitement m’exprimer à travers mon corps était terrifiant. Dieu merci, je me suis toujours remis jusqu’ici et je me sens toujours jeune. Cela dit, il faut s’entendre sur ce qu’est le sport. Autrefois j’aimais beaucoup courir et je ne cours presque plus. Le yoga n’est pas un sport et pourtant, c’est très physique.

Est-ce essentiel pour l’acting proprement dit, utile pour jouer la comédie ?
Cela dépend des acteurs et de l’âge où l’on commence. Ne plus faire de sport du tout, altérer son corps et la perception qu’on en a peut être nécessaire pour se sentir bien dans un rôle.

Accordez-vous de l’importance au rapport au corps dans le choix d’un rôle ?
Non, car il n’y a pas toujours un biais physique pour appréhender un rôle. En revanche, dès qu’un élément physique apparaît et me rattache au rôle, j’y fais très attention. Généralement, l’incarnation est plus évidente pour moi.

Qu’aimez-vous dans le sport ? La discipline ?
Je ne suis pas quelqu’un de très discipliné. Je ne crois pas que je cherche à me discipliner à travers le sport.

Les sports que vous avez pratiqués – skateboard, surf, capoeira, etc. – relèvent d’une certaine discipline pourtant, non ?
Ils ont surtout en commun le plaisir du mouvement. Je ne peux plus faire du skate ou de la capoeira, mais je suis toujours passionné. Ce qui m’intéresse, c’est l’évolution des mouvements. À une époque, j’étais à fond sur la natation pour la préparation d’un film. Je me suis rendu compte combien c’était technique et comment, en quelques années, les nages avaient évolué. La brasse ou le papillon ne se nagent plus de la même manière qu’il y a vingt ans. L’homme continue de faire progresser le mouvement. Il continue sa route vers l’épure et cela me passionne. C’est la même chose pour la danse. On peut même se demander s’il y a une limite.

Dans Trance, il y a deux scènes où l’on vous voit regarder un match de foot à la télé. D’ailleurs c’est étrange, c’est le même match et... la même action ! Avec Aubameyang de l’AS Saint-Étienne...
C’est vrai ? Je n’ai pas fait attention. L’AS Saint-Étienne ? Ils exagèrent quand même (rires) !

Entre nous, le foot est une obsession de Danny Boyle, pas la vôtre n’est-ce pas ?
Oui, totalement. Danny est comme beaucoup d’Anglais : complètement obsédé par le foot. On a longtemps cherché ce que mon personnage allait pratiquer dans l’intimité. On a pensé à la muscu, à la danse et même à la cuisine. Je voulais qu’il soit normal, et qu’il ne pratique pas un truc de racaille ou de gangster. Dans ce cadre, le foot faisait mec très normal.

Retrouvez la suite de l'interview de Vincent Cassel dans le magazine Sport&Style, en kiosque ce samedi avec l'Equipe. 

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