Mode Romain Duris
Photos : Marcel Hartmann pour Sport & Style / Stylisme : David Duval Par Claire Mabrut, le 03 octobre 2012

Romain Duris Tellement populaire

Dans son prochain film, Romain Duris campe un assureur de province se rêvant entraîneur sportif, bien décidé à faire de sa secrétaire la championne du monde 1959 de vitesse dactylographique. Tête-à-tête avec un gagneur, à la ville comme à la scène.

955,10 caractères à la minute et un pourcentage d’erreur de 0,03. Tel est, depuis près de dix ans, le record du monde de vitesse dactylographique détenu par la Tchèque Helena Matouskova. Car oui, comme dans Populaire, le premier film de Régis Roinsard, il existe bel et bien des compétitions de frappe sur clavier. Le sport prend parfois des visages inattendus... Et pas question de rigoler avec ça : dans le rôle d’entraîneur de sa secrétaire Rose Pamphyle (Déborah François), Romain Duris pourrait presque faire penser à un certain Philippe Lucas, la coupe de cheveux en moins et le costume plus smart. Chronographe en main, l’intraitable Louis Echard inflige en effet chaque jour à sa pouliche course à pied, leçons de piano, exercices intensifs et réflexions acides. L’occasion d’aller voir ce qui se cachait sous sa casquette de coach.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans cette histoire franchement pas banale ?
L’originalité, justement ! J’adore cette idée de championnat ultra sportif version machine à écrire. J’aime le côté bagarreur qui s’en dégage et qui se marie parfaitement à la délicatesse de la discipline et surtout des filles qui la pratiquent. Et surtout parce que ça se passe dans les années 50. Tous les films d’époque m’intéressent. C’est agréable pour un acteur de se transposer dans une autre ambiance, de jouer avec d’autres codes, d’autres manières de se comporter. J’adore cette période. Je la trouve très photogénique avec ses belles bagnoles, ses belles fringues, ses belles couleurs, ses filles avec leurs jolies robes à taille cintrée. Et elle fait référence à la génération de mes grands-parents. D’ailleurs, sur le tournage, je me suis rendu compte qu’en me rasant et en me coupant les cheveux, je ressemblais à mon grand-père. C’est assez étrange, mais cela permet de savoir un peu plus d’où l’on vient.

Votre personnage, Louis Echard, n’est pas banal non plus.
Il m’a tout de suite plu. Cet assureur de province à la belle réussite professionnelle qui, aux yeux de tous, a toujours été un numéro 2 – et que tout le monde traite comme tel d’ailleurs, son père en particulier (Eddy Mitchell – ndlr) –, va se mettre à croire en cette fille qu’il connaît à peine et voir en elle le champion qu’il rêve d’être. Grâce à elle, il va retrouver la niaque de sa jeunesse et guérir de son complexe d’éternel second. Et puis j’aime bien les poses des mecs de cette époque. Il faut reconnaître que la façon de se comporter était différente de celle d’aujourd’hui, plus classe.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ? Des grands noms du sport, des entraîneurs, vous ont-ils inspiré ?
C’est sûr je ne me suis pas uniquement replongé dans Rocky ! Régis Roinsard et moi sommes allés voir Régis Brouard, l’entraîneur de l’US Quevilly, ce petit club de foot qui s’est retrouvé en finale de la Coupe de France cette année. Régis Brouard a accepté de nous rencontrer et a joué le jeu. C’était génial ! On a passé du temps ensemble, il m’a montré le côté humain du coach, la manière dont il parle à ses joueurs et leur explique sa vision des choses. Comment il place l’autorité et en définit les limites car, avec l’autorité, on peut donner confiance à quelqu’un comme l’écraser d’un coup. Je me suis souvenu aussi des Yeux dans les Bleus : Aimé Jacquet, son tableau blanc et surtout sa manière incroyable de parler à ses mecs, l’autorité qu’il avait sur eux. Dans Populaire justement, outre le côté prof, la différence d’âge entre Louis et Rose – et ce que ça impliquait à l’époque – ajoute encore une dose d’autorité au coach. 

Je suis très, très mauvais joueur ! Gamin, il fallait que je sois le numéro 1 dans tout et tout le temps. J’ai un grand frère, donc il fallait absolument que je le batte !

Ça fait quoi d’être dans la peau d’un coach, d’être le patron ?
J’aime beaucoup ! Il faut adopter une posture humble, savoir s’effacer devant son sportif tout en ayant les crocs et vouloir être encore plus champion que lui. Et c’est exactement ce qu’il se passe dans le film.

Bref, vous préférez être le coach que le coaché.
Je veux bien être coaché, mais alors qu’on me foute la paix ! Avoir quelqu’un sur mon dos tout le temps, pff...

Louis, votre personnage, a été boxeur, cycliste et coureur, et a remporté quelques trophées. Êtes-vous sportif vous aussi ?
Ah, mais j’ai même été champion du monde de foot, vous ne le saviez pas ?

Mais non ! Qu’est-ce que j’ai raté d’autre ?
Outre ce titre de champion du monde de foot dans mon couloir, j’ai fait de la boxe française et du ping-pong. D’ailleurs, vers 15 ou 16 ans, j’ai même hésité à continuer plus sérieusement le ping-pong. En fait, j’ai fait pas mal de sport quand j’étais jeune. Notamment grâce à un prof de mon lycée, monsieur Richard. Il nous parlait différemment, nous responsabilisait et nous traitait comme des gars qui pourraient être champions un jour. Il a su nous transmettre son goût du sport, et après les cours, on voulait tous aller dans la petite asso sportive qu’il avait montée, c’était génial ! Grâce à lui j’ai fait du volley et du hockey, entre autres. Sinon, j’ai aussi pratiqué la planche à voile et fait pas mal de ski. D’ailleurs, j’étais meilleur que les petits gars de la station.

Vous ne seriez pas un peu comme votre personnage, toujours dans la gagne et la compétition ?
Oh oui ! En plus je suis très, très mauvais joueur ! Gamin, il fallait que je sois le numéro 1 dans tout et tout le temps. J’ai un grand frère, donc il fallait absolument que je le batte ! J’entrais dans des rages folles quand je perdais contre lui au tennis ! Perdre et savoir perdre, ça s’apprend. Pour moi, ce n’était pas gagné...

Faut-il avoir cette mentalité de gagneur pour décrocher un rôle au cinéma ?
Par chance, je n’ai jamais eu à être comme ça. Le genre « dents qui rayent le parquet », très peu pour moi.

Pourquoi pas incarner Lance Armstrong ? Avec tout ce qu’il lui arrive en ce moment, ce serait assez intéressant.

Lors de notre shooting, vous avez fait quelques apartés sur les derniers Jeux Olympiques. Et votre goût pour le sport ne semble plus à démontrer. Vous êtes du genre fan ?
Je suis passionné mais pas assidu. Organiser ma vie en fonction des retransmissions télé, ce n’est pas mon truc. Mais c’est vrai que je suis pas mal le tennis : Federer et Nadal sont simplement géniaux à regarder ! Je suis passionné de foot... enfin, surtout pour les grands matchs. Regarder le Barça, c’est somptueux. Le rugby aussi, et un peu la Formule 1, sport avec lequel j’ai un lien ambivalent. D’un côté, je ne trouve rien d’excitant à regarder tourner des voitures, mais de l’autre, on sent qu’il se passe plein de trucs. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé le documentaire sur Ayrton Senna, ce type était incroyable ! Sinon, pour le film, Régis Roinsard m’a suggéré de lire L’Équipe. Ce que j’ai fait consciencieusement tous les jours, mais aujourd’hui, j’ai arrêté. Je conçois mon goût pour le sport de manière spontanée, pas mécanique. Il faut que ça reste léger. 

Si l’on vous proposait d’incarner un sportif à l’écran, qui choisiriez-vous ?
Pourquoi pas Lance Armstrong ? Avec tout ce qu’il lui arrive en ce moment, ce serait assez intéressant. Pour un rôle de ce genre, il faudrait de toutes façons que cela dépasse le sport pur et dur. Et il devrait y avoir aussi une petite dose de risque. En ce sens, je citerais encore Ayrton Senna. Avec lui, le danger était constant et sa concentration permanente, ce sont des éléments hyper attirants aussi.

Existe-t-il des points communs entre un acteur et un sportif ?
Un rôle peut exiger de connaître une activité, le piano ou une langue étrangère. Il faut donc s’entraîner à fond, comme un sportif. Pour Populaire, j’ai réappris à jouer au tennis, mais à la manière des années 50 : on tape plus droit, les raquettes en bois se manipulent différemment, etc. Sauf que, contrairement à un athlète, une fois qu’on a réalisé cette performance devant la caméra, on passe à autre chose. C’est à la fois frustrant et passionnant. Notre entraînement à nous, c’est de rabâcher un texte, répéter sans cesse. C’est peut-être cela en fait le point commun : la mémoire, c’est le muscle du comédien.

Populaire, de Régis Roinsard avec Romain Duris et Déborah François, en salles le 28 novembre 2012

 

BIO EXPRESS
Romain Duris est un touche-à-tout. Il entame d’abord des études d’Arts appliqués, avec une spécialisation en peinture. Mais il lâche vite ses pinceaux pour monter un groupe de musique aux confluents du jazz, du funk et du rap. Et finit presque par hasard – une rencontre dans la rue avec un directeur de casting – à l’affiche du Péril Jeune de Cédric Klapisch. Jan Kounen et Olivier Dahan l’embauchent à leur tour. Mais c’est avec Klapisch que le talentueux Mister Duris explose véritablement : de Chacun cherche son chat (1996) à L’Auberge espagnole en 2002 (et son épilogue Les Poupées russes deux ans après), en passant par Peut-être et plus tard Paris (2008), l’acteur est de tous les castings du réalisateur. Entre-temps, avec Gadjo Dilo, Tony Gatlif lui permet d’être nominé pour le César du Meilleur espoir masculin en 1999. Parmi ses plus beaux rôles, celui d’agent immobilier véreux sauvé par le piano (qu’il a appris pour l’occasion) dans De battre mon cœur s’est arrêté (2004) et le gentleman cambrioleur Arsène Lupin qu’il dépoussière sévèrement. Un prélude au tombeur de L’Arnacœur (2010). Quarante-deux rôles, plusieurs nominations aux César, quelques Étoiles d’Or et Globes de Cristal plus tard, on l’attend en avril prochain dans le costume de Colin, héros surréaliste de L’Écume des jours, par Michel Gondry, aux côtés d’Audrey Tautou.

 

 

 

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