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Italian Touch
Domenico Dolce & Stefano Gabbana

Italian Touch

Par Daphné Roulier , le 31 juillet 2013

Domenico Dolce et Stefano Gabbana font la paire depuis presque 30 ans. Un duo qui représente la quintessence de l’italianité, sensuelle et joyeuse. La mode, le foot, la vie... Conversation milanaise à bâtons rompus.

Au grand casino de la mode, ils ont tout raflé, et bâti un empire qui pèse plus d’un milliard d’euros. Au marché global, ils répondent par un style identitaire. Mais c’est moins un retour aux sources que l’affirmation d’un ADN de la dolce vita. Un hymne à l’immuable qu’ils ont dans le sang et qu’ils déclinent sous les traits de sexy mamma-donna et de ragazzi tout droit sortis du néoréalisme italien. Aujourd’hui, ils habillent les petites-filles d’Anna Magnani et les mâles triomphants, et pas seulement les Dieux du Stade de la trempe de Lionel Messi. Bien avant leur mise en cause dans une affaire de fraude fiscale, nous les avons rencontrés à Milan, leur siège, leur repaire, leur cocon. Magneto ON. Intervista.

Aujourd’hui, un styliste ne peut plus créer sans avoir un sens aigu du marketing. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que vous n’en manquez pas. Le smoking noir à pois blancs de Lionel Messi, c’était un coup de génie. Et un sacré coup de com’ !
SG : Il n’y avait rien de prémédité là-dedans, vous savez. C’était de l’instinct, pas du marketing.

Soit, mais Messi nous avait habitués à un style plus sobre. Il a choisi son costume tout seul ou vous l’avez aidé ?
DD : Il nous a dit qu’il souhaitait porter quelque chose d’extravagant pour cet événement (la remise de son quatrième Ballon d’Or en février 2013 – ndlr), un costume spécial, différent.

Justement, qui a dit : «La pire chose qui puisse arriver aux footballeurs, c’est qu’ils se ressemblent tous»?
SG & DD : Qui l’a dit ?

Vous!
DD : Nous ? Non.

Si, mais vous l’avez sans doute oublié.
DD : Disons qu’il y a un style « footballeur » tourné vers un certain type d’hédonisme, de plaisir, assez nettement autocentré. David Beckham a été le premier à prendre soin de lui, à focaliser l’attention sur ses vêtements, ses cheveux, ses tatouages. Ensuite, tout le monde l’a imité. On pourrait dire aujourd’hui que Messi est l’anti-Beckham. C’est un garçon petit, normal, très doué, auréolé de quatre Ballon d’Or. Et dont le talent prime sur l’image. Beckham représente les années fric, l’argent facile, le luxe, la Bourse, un certain état d’esprit.
SG : Messi est le reflet d’une autre époque.
DD : Une époque en crise où il n’est plus question de flamber. Les gens exigent qu’on leur dise la vérité.
SG : Oui, et même s’ils aiment, comme nous, qu’on leur raconte des histoires, ils veulent des histoires vraies. C’est un phénomène mondial qui touche aussi bien la mode que la politique, le sport ou la cuisine.
DD : En ce moment aux États-Unis, tout est labellisé « bio », même si cela ne l’est pas. Le public veut croire que son poulet du dimanche a été élevé au grain et en plein air, et non en batterie et sous antibios.
SG : Voilà pourquoi je disais tout à l’heure que le marketing n’est plus aussi important qu’avant.

Revenons à Lionel Messi. Son goût s’est-il affiné au fil du temps ? Est-il un élève docile ?
SG : Il a évolué, son style s’est affirmé. C’est d’ailleurs lui qui est venu nous chercher. Je ne suis pas un féru de foot, contrairement à Domenico. La première fois que je suis allé au stade, j’avais dix-sept ans. J’y suis retourné à quarante-cinq ans, ça vous donne une idée ! Mais Lionel Messi est un garçon très simple, qui s’est toujours montré disponible et ouvert.
DD : Sa démarche était volontaire, ce qui a rendu notre collaboration à la fois plus intéressante et plus facile. Il désirait changer son look. À notre premier rendez-vous, je lui ai conseillé de couper ses cheveux. Et il s’est exécuté.
SG : Non parce qu’il obéit à tout, c’est un homme de caractère, mais parce qu’il est intelligent et qu’il avait envie d’évoluer.
DD : Autrement, il ne serait pas Messi. En l’occurrence, il souhaitait montrer une autre facette de lui. Messi n’est pas juste un génie du foot aux quatre Ballon d’Or, c’est également un homme qui est sorti du rang, qui s’est imposé tout en étant très petit et père. Ne devient pas Messi ou Madonna qui veut.

Que lui avez-vous apporté ?
DD : De l’audace, de la confiance en soi. Il est mieux habillé parce qu’il ose plus. Il n’aurait jamais porté une veste à pois il y a trois ans.
SG : Et il a nettement gagné en assurance entre son premier et quatrième Ballon d’Or.
DD : Il avait le choix, avec ce costume, de porter une cravate ou un nœud papillon. Il préférait la cravate, nous le papillon.
SG : Nous lui avons donné les deux. Et pour finir, c’est lui qui a choisi.

Vous faites du sport ?
SG : Oui.
DD : Moi, je me contente de le regarder.
SG : Qu’est-ce que je vous disais ? On est parfaitement complémentaires. Il aime regarder le sport, moi j’aime le pratiquer.

Les footballeurs restent-ils les meilleurs supports publicitaires pour véhiculer les valeurs d’une marque ?
SG : Absolument. Et nous avons pu le mesurer avec David Beckham. Chaque lundi, il venait pour sa femme dans notre boutique de Bond Street, à Londres. À force, nous sommes devenus amis. Au milieu des années 90, on considérait encore que la mode masculine était réservée aux gays ou aux excentriques. À cette époque, les hommes n’osaient même pas entrer dans une boutique. David Beckham a dynamité ces a priori, changé les règles, bousculé les codes avec sa coupe de cheveux, ses boucles d’oreilles, ses tatouages et sa façon de vivre. Du coup, les hommes – à commencer par les sportifs – s’y sont intéressés. C’est lors d’un match du Milan AC que j’ai réalisé à quel point le football était socialement crucial. C’est un langage universel que tout le monde connaît, indépendamment de son milieu ou de ses origines. Que l’on soit grand, petit, Italien, riche, pauvre, avocat, boulanger, styliste, le temps du match, tout le monde parle la même langue.

De quand date cette prise de conscience ?
SG : Vers la fin des années 90.
DD : Lorsqu’on a commencé à habiller David Beckham, quand il a rejoint le Real Madrid. Progressivement, on a rhabillé tous les joueurs de l’équipe avec notamment des costumes à rayures. Puis on a dessiné les tenues officielles de l’AC Milan et de son staff, dont celle d’Ancelotti.
SG : Ancelotti est un italien « ordinaire », ni mannequin, ni modeux.
DD : Mais quand le public l’a découvert super sexy en Dolce & Gabbana, l’homme de la rue – et pas seulement les footballeurs cool et couverts de tatouages – a compris que Dolce & Gabbana s’adressait à lui.

Diriez-vous que David Beckham a jeté les bases du style « métrosexuel » ?
SG : Absolument pas. Le métrosexuel est une invention de la presse.
DD : D’ailleurs, c’est un mot horrible qui ne veut rien dire. Metro : mètre en italien, ou métro ?
SG : C’est moche de vouloir à tout prix étiqueter les gens, les classifier. C’est contraire à la liberté, et je suis pour la liberté. Ce qui rend la vie comme la mode belle, c’est de se sentir libre, de pouvoir s’exprimer et s’habiller librement. De toute façon, le style métrosexuel n’existe pas, ce n’est rien d’autre que du marketing.
DD : L’essentiel n’est pas de bien ou mal s’habiller. Ce qui me désole dans la mode, c’est de voir ces avocats et ces traders habillés tous de la même façon, sans une once de style ou d’expression personnelle. Ils sont désespérants de ressemblance.

Estimez-vous avoir affranchi les footballeurs ?
DD : Ils ont toujours fait partie de l’imaginaire collectif. Je ne sais pas si « affranchir » est le mot juste, mais nous les avons montrés autrement.
SG : En dehors de leur terrain de jeu habituel. Ils sont devenus des icônes de notre temps.

 

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