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« Une revanche à prendre avec la mode »
Teddy Riner

« Une revanche à prendre avec la mode »

Par Isabelle Vatan , le 28 novembre 2013

Le superchampion Teddy Riner est le parrain de l’Institut des maladies génétiques Imagine. Rencontre avec le judoka qui, pour la bonne cause, fait don de sa personne. Il nous parle mode, victoires et basket.

Pourquoi vous êtes-vous engagé auprès de l’Institut des maladies génétiques Imagine ?
J’ai choisi une association qui défend les enfants car j’ai quatre neveux et nièces et c’est très dur de voir un enfant souffrir. J’ai donc dit oui à Imagine, et je m’investis à fond. Quand j’ai un moment, je vais voir les enfants à l’hôpital et ils ont le sourire. C’est impressionnant car ils ne se laissent pas abattre. Je dis toujours : un enfant qui a le sourire est heureux, et il guérit mieux. Il faut penser positif pour aller de l’avant.
 

Que voulez-vous leur transmettre ?

L’envie de ne rien lâcher, de se dire que la moindre parcelle de vie qu’on peut prendre, il faut la prendre. Ne jamais croire que c’est fini.
 

C’est important pour vous aussi de ne rien lâcher ?
Oui, d’abord dans mon sport. La difficulté du judo fait qu’on apprend très vite à ne rien lâcher, à se dépasser, et lorsqu’on est blessé, c’est la même chose. Il faut rester positif, le plus cool et détendu possible, même face à l’adversité. Si on commence à voir les choses en noir, on n’aperçoit pas le bout du tunnel.
 

Au Bolivar Club, votre ancien entraîneur Alain Perriot enseigne le judo à des enfants. Lorsque vous y passez, les petits sont à la fois fascinés, impressionnés et vous regardent comme un demi-dieu... Ça fait quoi ?

(Rires) Ils sont fascinés par ma taille, toujours ! C’est magnifique de voir les petits quand ils ont des étoiles dans les yeux. Ça fait plaisir de les voir en admiration, ça donne aussi du sens à ce qu’on fait. Et il faut aussi penser à eux. Lorsqu’ils touchent du champion et qu’ils voient l’exploit de près, ça les fait rêver et penser plus haut, plus loin
 

Comment est venue cette passion du judo ?

Vers l’âge de 5, 6 ans. Je faisais énormément de sport mais j’ai choisi le judo car j’aimais mettre des ippons, et que ça se passait plutôt bien. Le foot me plaisait aussi, mais c’était un sport collectif et il fallait compter sur une équipe alors qu’au judo, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même si je perdais. Très vite, j’ai compris qu’il me fallait un sport individuel. J’ai toujours aimé le judo mais je joue encore beaucoup au foot avec des potes quand j’ai le temps. On m’a longtemps placé défenseur, mais aujourd’hui je suis attaquant, pour marquer !
 

Est-ce que la philosophie du judo influe sur votre vie quotidienne ?
Bien sûr, c’est un état d’esprit, une façon de vivre, et c’est ma vie ! Mes parents m’ont donné une éducation et des valeurs qui vont de pair avec le code moral du judo. Le respect des autres, être courageux dans la vie face à l’adversité, rester modeste quand on gagne ou quand on s’impose sur quelqu’un. Qu’il s’agisse d’une médaille, d’une note à l’école ou de jeux vidéo, ne pas faire rager la personne en face, garder le contrôle de soi. J’ai appris très tôt car j’ai toujours été l’un des plus grands. Mon corps était plus puissant que celui des autres, j’ai dû apprendre très vite à faire attention à mes camarades et aux personnes plus âgées que moi. Ne pas croire que parce que j’étais le plus grand, je pouvais tout me permettre.


Je me lève pour aller m’entraîner, prendre du plaisir sur le tapis, mettre des ippons, et cette vie, je ne l’échangerais avec personne.
 

On vous dit invincible, votre parcours est incroyable, comment faites-vous ?

Oui, c’est incroyable mais pas tant que ça. Avant j’étais un chiffon, je n’étais pas le plus fort. Je me débrouillais car j’étais plus grand et un petit peu intelligent, je me servais de ce que j’avais. Très vite, j’ai compris qu’il fallait travailler et mes entraîneurs m’ont poussé dans ce sens. J’ai énormément bossé et j’ai cette faculté à me remettre en question, à me dire : oui j’ai gagné ces championnats du monde mais qu’est-ce que je dois faire pour les prochains ? Je me remets en question à chaque fois, j’essaie de trouver quelque chose qui fera la différence, et je travaille d’arrache-pied.
 

C’est beaucoup de sacrifices ?

Je préfère le mot concessions. Pour arriver à ce niveau, il faut relâcher d’un côté. Bien sûr, j’ai moins de temps pour les amis, la famille et les loisirs, mais c’est aussi une chance de faire ce sport, de ne pas avoir à se poser de questions et de ne pas se dire, je vais me lever pour aller bosser dans un bureau. Je me lève pour aller m’entraîner, prendre du plaisir sur le tapis, mettre des ippons, et cette vie, je ne l’échangerais avec personne. J’ai la chance de voyager beaucoup, j’apprends à communiquer avec d’autres nations, c’est énorme. Je souhaite ça à tous les jeunes : aller vers d’autres horizons, dépasser les frontières.
 

Votre objectif ?

Aller chercher la plus belle des médailles dans le plus beau métal aux championnats d’Europe de judo à Montpellier (fin avril 2014 – ndlr) et du monde en Russie. Les JO de 2016, c’est la grosse échéance à plus long terme. J’y ferai un point sur ma carrière pour savoir si je continue jusqu’à 2020 ou pas. Mais je serai encore jeune en 2016 (il aura 27 ans – ndlr).
 

Et si vous n’aviez pas fait de judo ?

J’aurais fait du foot ou un autre sport. Ou j’aurais été homme d’affaires. J’aime tout ce qui est commerce, négociation, et je m’en tire pas mal.
 

Et quand vous ne faites pas de judo ?
Je suis des cours d’anglais et des cours à Sciences-Po sur les enjeux économiques et l’actualité. C’est pas mal, j’aime bien, ça me permet aussi de voir autre chose.
 

La mode est-elle importante pour vous ?
J’aime la mode mais pour les grands, il n’y a pas grand-chose. J’ai eu la chance de me faire faire sur mesure des costumes et smokings. Le plus compliqué, c’est pour les vêtements de tous les jours, les jeans... Du coup, j’ai décidé de faire dessiner ma propre collection, pour moi.


Ils m’ont mis de la joie dans les yeux, de la joie sur mon canapé, j’étais vraiment content.
 

Ce sera une marque ?

On verra plus tard. J’ai dessiné de belles vestes, de beaux T-shirts, des jeans, car j’ai été privé assez longtemps de vêtements fashion. Je voyais des choses qui me plaisaient mais je ne pouvais jamais les porter, alors ça m’a donné des idées. Je me suis assis avec un designer et je lui ai dit ce que je souhaitais. Comme pendant longtemps je n’ai pas pu avoir de vêtements comme les autres, j’ai une revanche à prendre avec la mode pour montrer que les grands comme moi peuvent s’habiller comme les plus petits (rires).
 

Aux USA, ça doit être plus simple ?

Ce n’est pas vrai. J’en ai parlé à mes potes qui jouent en NBA  (Boris Diaw, Tony Parker...), et eux non plus ne trouvent pas.
 

En parlant de basket, vous avez un message pour Tony Parker ?

Je suis fan ! On s’est vus il n’y a pas longtemps. Cette victoire des Bleus à l’Euro, c’est énorme. Ils m’ont mis de la joie dans les yeux, de la joie sur mon canapé, j’étais vraiment content (rires). Et que nous sportifs, on se suive, on s’encourage, c’est fort. Il m’a fait pétiller, il m’a mis des étoiles dans les yeux. Je dis lui car TiPi est mon pote tout comme Boris Diaw, mais les autres aussi. C’est une équipe avant tout, c’est beau ce qu’ils ont fait.
 

Comment fait-on pour se souvenir des noms japonais de toutes les prises ?

Mon ancien coach Alain Perriot vous dira que c’était mon gros péché ! Bon, avec le temps, on les connaît, mais au départ je n’aimais pas les retenir. Aujourd’hui, connaître les prises c’est comme parler français, mais quand j’étais jeune, c’était « ça », « ça » (rires) !
 

Vous avez un héros ?

Je ne dirais pas un héros, j’aime tous les acteurs qui mettent cette petite larme à l’œil. Je suis fan de Ronaldinho, même si pas mal de gens le décrient. Il est toujours le meilleur.
 

Votre rêve ?

Il s’est réalisé, c’était d’être champion olympique. Maintenant mes défis, mes buts, mes objectifs, c’est de récidiver et de gagner plus de médailles.
 

Vous totalisez seulement 2 défaites pour 53 victoires consécutives...

Oui, mais elles font mal les deux défaites ! Ça m’a permis d’avancer, de rebondir et de devenir encore plus fort car je me souviens qu’avant, je n’étais pas aussi technique. Aujourd’hui, je peux attaquer dans plein de directions. Donc parfois, perdre est un mal pour un bien. Le but est de savoir rebondir et s’en servir, ce qui n’est pas donné à tout sportif.
 

En 2010, vous avez fait la couverture de Sport & Style avec Naomi Campbell. Si on devait le refaire, avec qui aimeriez-vous poser ?

Avec un de mes potes ou avec... Barack Obama ! Un pote marrant (il réfléchit), Gad Elmaleh ou Omar Sy, ce serait bien (rires) !
 

www.imaginenoel.fr

 

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