Mode Sylvester Stallone
©Dan Hallman/AP/SIPA Par Frank Rousseau, le 19 janvier 2014

Sylvester Stallone « Je suis un gentil ours dans la vie »

Stallone, 67 ans et De Niro, 70 ans s’affrontant sur un même ring, voilà le pitch de Match Retour. Papy Sly s’est confié à nous : il n’est pas près de jeter l’éponge !

Comment est venue l’idée de faire une comédie autour de la boxe avec Robert de Niro ?
Au départ, je ne voulais pas faire ce film. Je trouvais la démarche absurde. Mais après en avoir longuement parlé, Robert De Niro et les dirigeants des studios m’ont convaincu que j’avais tort.

Match Retour aborde la question du sport et des seniors. Des anciens athlètes remontent sur un ring alors qu’ils pourraient passer leur journée à jouer au bridge. On a l’impression Monsieur Stallone que vous n’envisagez pas de raccrocher !
J’ai toujours aimé faire du sport et me maintenir en forme. Dans Match Retour, Bob (Robert de Niro) et moi prouvons que ce n’est pas parce que nous vieillissons que nous sommes de vieux croulants. Beaucoup de gens, quand ils passent le cap de la soixantaine, ont le sentiment d’avoir atteint la date de péremption, de ne plus être « opérationnels ». Si vous n’avez pas un mental d’acier, un esprit de battant, vos capacités physiques ne suivent pas. À l’inverse, si vous vous fichez de l’âge affiché sur votre carte d’identité et si vous vous lancez constamment des défis, je suis convaincu que vous pouvez vous surpasser. 

Entre De Niro et vous, une vraie rivalité s’est-elle installée sur le ring ?
Artistiquement parlant, je n’arriverai jamais à la cheville de Bob. C’est un poids lourd dans sa catégorie ! (rires) En attendant, j’avais vraiment hâte de l’affronter ! Me mesurer avec l’acteur qui a incarné Raging Bull, pour Rocky Balboa, c’est un sacré honneur ! Dans ce film, Bob a été très loin dans l’entraînement et la transformation physique. Tels de vrais adversaires, chacun a été « coaché » dans un lieu et avec une méthode différente. Bob avait choisi l’Idaho. Moi, la côte ouest. Franchement, je ne savais pas à quoi il allait ressembler sur le ring ! On ne s’est pas vus pendant plusieurs semaines et le jour où il a débarqué, le suspense était intense. C’est comme si vous découvriez le danseur étoile de Casse-Noisette au lever de rideau de la première. (rires)

Cela vous a fait quel effet de rentrer au « Hall of Fame » de la boxe ?
Au départ j’étais un peu mal à l’aise, parce que je ne suis pas un boxeur pro ! Mais les organisateurs de cet événement ont tenu à remercier d’avoir participé à la promotion de ce sport. C’était un grand moment de me retrouver entouré de Mike Tyson et Julio César Chávez. À 7 ou 8 ans, je collectionnais déjà des cartes avec des champions dessus. J’ai toujours adoré la boxe, l’implication physique et mentale de deux mecs qui vont tout donner me fascine. C’est probablement le sport le plus « cinématographique » qui soit ! Je ne sais pas si c'est lié à l'exiguïté du ring ou à la proximité du public mais quand vous voyez deux boxeurs disputer un round, vous avez toujours le sentiment de vivre le combat avec eux…

Quelles sont les qualités indispensables pour être un boxeur d’exception ?
Sur un ring, frapper ne suffit pas. Il faut aussi cogiter, anticiper, calculer. Un peu comme aux échecs, si vous n’anticipez pas les gestes de votre adversaire, vous pouvez très vite être mis K.O. Le « muscle » le plus essentiel dans la boxe, c’est le cerveau !

Avez-vous déjà combattu avec de vrais boxeurs ? Si oui, qui vous a le plus scotché ?
Joe Frazier ! Je me souviens vaguement que mon producteur Bob Chartoff avait tellement peur que cette brute ne m’achève qu’il a bondi sur le ring et s’est interposé entre nous en criant: « Pas les dents Joe ! Pas les dents ! ». Quand j’ai visionné la vidéo de ce combat pour le moins bref, on aurait dit un boxeur donnant des baffes à un lapin !

Avez-vous déjà eu envie de réduire quelqu’un en bouillie ?
Non ! Je suis un gentil ours dans la vie ! Je ne ferais pas mal à une mouche. À un moustique peut-être, mais pas à une mouche ! (rires)


Le muscle essentiel dans la boxe, c’est le cerveau !
 

Remonter sur le ring devant des caméras, c’était plutôt perturbant ou enivrant ?
C’était étrange. Je me demandais ce que ça allait donner. Dans Match Retour, nous utilisons les mêmes ressorts comiques que dans les dessins animés mais c’est un film ! Je craignais que le résultat ne ressemble à un croisement entre Raging Bull et Flying Squirrel (L’écureuil volant, un cartoon de Disney sorti en 1954, ndlr). Bref, qu’on ne nous prenne pas au sérieux ! (rires) Je suis très heureux de m’être laissé convaincre, même si au départ j’avais des doutes pour la réputation de Rocky ! Je ne voulais pas qu’on perçoive ce film comme un moyen de se foutre de la gueule de ce champion ! De le montrer « minable » et en fin de course !

Justement ! En 2006, à 59 ans vous avez voulu remettre sur le ring Rocky Balboa ? Pourquoi ? Que vouliez vous prouver ?
Qu’à mon âge, on pouvait encore vivre l’action et non la subir ! La question que je me pose tous les jours, c’est : « Aurai-je suffisamment de temps pour finaliser mes objectifs ? Ces objectifs sont-ils réalistes ? ». Je crois surtout que je ne suis pas prêt à entendre : « Le feu sacré s’est éteint en lui et il n’a pas su comment le rallumer ! ». (rires)

L’étiquette d’ « action man » qui vous colle à la peau ne vous lasse pas à la longue ?
Rocky n’a jamais été un film d’action. Il y a des combats, mais pas d’action. Quatre minutes trente de castagnes pour être précis. Le reste, c’est 1h51 de parlotte ! Quant à Rambo First Blood, ce film était tellement long que nous avons dû le couper à mort. Lorsque j’ai découvert la première mouture, j’étais terrifié. Elle durait plus de trois heures et ce n’était pas bon du tout ! Avec l’aide de mon agent, nous avons même essayé de racheter le film pour brûler toutes les copies. Et puis, j’ai réfléchi. Je me suis dit qu’on pouvait peut-être en faire quelque chose en tronçonnant 86 minutes ! J’étais alors loin de me douter que l’Amérique et le reste du monde tomberaient raide dingue de ce psychopathe ! Nous n’avons gardé que les scènes d’action. Le producteur du film est alors venu vers moi en me disant : « Mais on te paye des millions de dollars pour ne pas l’ouvrir ? ». Je lui ai répondu : « De toute façon même si je parlais, les gens ne me comprendraient pas ! » (rires)

Quel a été dans toute votre carrière le rôle le plus dur à jouer physiquement ?
Le shérif de Copland avec Robert de Niro justement ! Il m’a fallu prendre beaucoup de poids. Une expérience psychologique terrible. D’autant que mon corps a toujours été un véritable moyen de communication. D’un autre côté, ce tournage a été l’un des moments les plus heureux de ma vie. Pour la première fois de ma carrière, je ne devais me concentrer que sur mon jeu d’acteur. Le premier jour de tournage, les gens qui ne m’avaient jamais vu aussi gros ont cru que je sortais d’une dépression nerveuse ! J’entends encore les passants dire : « Quoi ? C’est lui Stallone ? Cette baleine à la démarche nonchalante ! Mon dieu, qu’est-ce qu’il est atroce ! Et quand je pense que j’ai sa photo collée sur mon frigo ! ».

Est-il vrai qu’après avoir été frères ennemis, Arnold Schwarzenegger et vous êtes aujourd’hui les meilleurs amis du monde ?
Oui ! Nous nous sommes réconciliés en 2000 quand Arnold s’est lancé en politique. Il souhaitait me rencontrer, me parler de sa vision des choses pour la Californie. Lors de conventions destinées à lever des fonds pour sa campagne, il m’a tendu le micro, non pas pour que je parle de moi, mais de lui ! Et en bien si possible. Un salopard de politique quoi ! (rires)

Vous vous souvenez de la première fois où vos routes se sont croisées ?
Nous étions assis à la même table aux Golden Globes. Je ne savais pas qui était ce balaise qui dévisageait. Je pensais que c’était un garde du corps ou un type de la sécurité venu escorter une star ! Rocky était en lice pour le titre de meilleur film de l’année, Comme il continuait de me fixer, j’ai demandé à un agent qui connaissait la terre entière qui était ce colosse. « Lui ? C’est un ancien monsieur univers ! ». Et là je me suis dit : « Vu le gabarit et le pedigree, tu devrais peut être fermer ta gueule ! » (rires) Quelques minutes plus tard, j’entendais son nom pour la première fois. Il venait de remporter le prix du « Best Newcomer of the year ». J’ai vu les gens s’affairer autour de lui et là j’avoue j’ai commencé à être un peu jaloux ! D’autant que Rocky, nominé pour dix Golden Globes, n’avait toujours rien décroché. Je devenais fou, surtout quand j’ai su que je n’avais pas remporté le titre de meilleur acteur. Arnold, assis face à moi, semblait s’en réjouir. Ça bouillonnait en moi. Jusqu’à ce que je remporte la récompense du meilleur film ! A ce moment-là, j’ai poussé un « yeaaaaaaah » victorieux. J’ai saisi la corbeille de fleurs qui se trouvait sur la table et je l’ai balancée sur Arnold qui s’est levé d’un bond pour quasiment m’en coller une ! Je venais de déclencher quinze ans d’hostilités !

 

Match Retour, en salles le mercredi 22 janvier.

 

La bande annonce (1'37)

 

 

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