Mode Mike Tyson
© Neil Leifer Collection/Sports Illustrated/Getty Images Par Frank Rousseau, le 18 janvier 2014

Mike Tyson « Je ne fonctionne plus à l’instinct »

Mike Tyson, ex-champion du monde des poids lourds, se raconte sans artifices dans son autobiographie La Vérité et rien d’autre. Rencontre sans prendre de gants.

Pourquoi avez-vous écrit La Vérité et rien d’autre ?
J’étais censé écrire ce livre en 2008. À un moment, le journaliste avec qui je travaillais a commencé à aborder mon passé douloureux... À l’époque je me droguais beaucoup pour oublier ces mauvais souvenirs. Un matin, je lui ai dit : « Écoute mec, reviens demain ! ». Pendant deux ans, je l’ai évité. Quand je l’ai revu, j’étais marié et fauché. Ma femme m’a convaincu de raconter ma propre histoire, car si je ne le faisais pas, quelqu’un d’autre le ferait à ma place. C’était important aussi que mes enfants l’entendent avec mes mots, mes tripes. Nous avons commencé à écrire. Et même si je suis marié et à jeun, c’est encore extrêmement douloureux de parler de tout ça. Mais on l’a fait le plus honnêtement possible.

Vous êtes l’un des boxeurs les plus reconnus, pourtant vous avez de gros soucis d’argent…
J’ai dilapidé 300 millions de dollars au cours de ma carrière. Aujourd’hui, ma femme gère le peu qu’il me reste. Il vaut mieux car ma gestion de l’argent est assez désastreuse (rires). J’oublie facilement de payer mes factures. Si j’ai un dollar à dépenser, je le dépense. De toute façon, tout ce que je gagne va directement au fisc !

Parlez-nous de la pub virale Foot Locker…
J’ai tourné une pub assez marrante pour Foot Locker, dans laquelle le basketteur Kyrie Irving, vedette des Cavs de Cleveland, fait un rêve éveillé. Il imagine un monde où tout irait dans le bon sens. À ce moment-là, on me voit sonner à la porte d’Evander Holyfield. Je lui tends alors une petite boîte dans laquelle se trouve le fameux bout d’oreille que je lui ai arraché en 1997. C’est fou ce que cela a pu marquer les esprits ! On m’a demandé récemment quel goût avait une oreille. J’ai répondu que c'était dégueulasse. Avec Evander, nous sommes amis aujourd’hui.

Et cette histoire de faux pénis, vous pourriez nous en toucher un mot ?
Entre deux combats, il m’arrivait de boire et de fumer de l’herbe. Ça reste dans l’organisme 35 à 40 jours. Pour ne pas me faire pénaliser, j’utilisais un faux pénis. Je récupérais l’urine de quelqu’un qui ne fume pas et je faisais pipi dans une bouteille avec ce machin-là. Je ne vous cache pas que les fois où j’ai utilisé l’urine de ma femme, j’ai prié pour qu’elle ne soit pas enceinte (rires). Je sortais ce faux pénis juste devant la personne qui devait observer le contrôle. Comme elle était mal à l’aise, elle se retournait.

On m’a demandé récemment quel goût avait une oreille. J’ai répondu que c'était dégueulasse.

Comptez-vous poursuivre le métier d’acteur sérieusement ?  
Tourner dans Very Bad Trip m’a ouvert les portes de Hollywood et permis d’avoir de nouveaux fans, des jeunes qui ne m’ont jamais vu sur un ring. Quand ils me croisent dans la rue, ils disent à leurs parents : « Hey regarde, c’est Mike Tyson l’acteur » ! J’adore jouer la comédie et j’aime la scène plus que tout.

Stallone et De Niro jouent dans Grudge Match. Que pensez-vous des films de boxe ? Capturent-ils vraiment cet univers particulier ?
Quand un acteur joue un boxeur, c’est rare qu’il connaisse les fondamentaux de ce sport. Cela ne s’apprend pas du jour au lendemain. Souvent, les scènes de combat sont vraiment mauvaises sur le plan technique. Les films réussis sont ceux qui arrivent à capturer l’essence du boxeur. C’est la raison pour laquelle Rocky a eu autant de succès, même si les scènes de combats sont nulles à chier ! Il faut être un battant et avoir faim. Sans cet état d’esprit, même s’il a toute la technique du monde et qu’il aligne les victoires, un boxeur n’est rien.

Avez-vous peur de quelque chose dans la vie ?
Du temps de ma splendeur, on disait que j’étais l’homme le plus grand et le plus fort de la planète. Aujourd’hui on me demande si ça me manque. La réponse est non ! J’étais quelqu’un d’autre à l’époque, cette personne n’existe plus.

De grands boxeurs comme Muhammad Ali vous inspirent-ils ?
J’aime et j’admire Muhammad Ali. Pour son militantisme contre la guerre du Vietnam, pour tous les matchs éreintants qu’il a gagnés, sa persévérance et cette façon qu’il avait d’occuper l’espace sur le ring. 

Beaucoup de boxeurs ont une fin de vie assez triste. Où vous situez-vous dans l’histoire de la boxe ?
J’ai eu la chance de me réinventer et de commencer une nouvelle vie. Quand je vois la déchéance de Leon Spinks, je ne peux pas me moquer de lui car cela aurait pu m’arriver. Même lors de ma descente aux enfers, j’ai eu l’immense chance d’être très bien entouré. Cela m’a permis de ne pas prendre le même chemin que d’autres boxeurs, même si je me suis perdu dans les drogues, les femmes, les soirées et le reste. Je m’en suis sorti parce qu’à mes côtés, j’avais une femme et des amis formidables.

On a souvent dit et écrit que mes mains étaient des armes mais je ne les ai jamais déclarées !

Votre définition du succès ?
Réussir à ne pas retourner en prison, ne pas mourir dans la rue, ne pas tromper ma femme, ne pas abandonner mes enfants... ce que je fais en ce moment. Être un bon père de famille, être prévenant vis-à-vis de ma femme et faire quelque chose pour l’humanité. Enfin, réussir à maîtriser mon ego démesuré. Nous faisons tous des erreurs, mais si vous arrivez à vous poser les bonnes questions, changer devient possible. Savoir s’excuser aussi est important, même si les gens ne vous disent pas que vous les avez blessés. Je crois qu’il faut être conscient de ses actions. Je ne fonctionne plus à l’instinct, aux pulsions. Je ne me lance plus dans l’action sans réfléchir.

Votre tatouage sur le visage est magnifique, quand en avez-vous eu l’idée ?
Vers 2002. Je voulais me faire tatouer des cœurs, mais quand je suis allé voir le tatoueur, il m’a expliqué qu’il ne faisait que des tatouages artistiques (rires). Donc on a réfléchi à la question et on a abouti à ce tatouage tribal maori. Il signifie que je suis un guerrier.

Vous vous souvenez de la première rouste que vous avez mise ?
J’avais adopté un pigeon quand j’étais gosse. Un gars de mon quartier l’a tué. Gratuitement. Par pur sadisme. On s’est battus et je ne dirais pas que j’ai gagné à plates coutures, mais je lui ai mis plus de droites qu’il ne m’en a mises. On a souvent dit et écrit que mes mains étaient des armes mais je ne les ai jamais déclarées ! Le comble serait qu’on me demande d’avoir un permis de « Port de mains dangereuses ». Cela m’est arrivé de m’en servir hors du ring, mais aujourd’hui, je ne suis plus un combattant. Je me battrais plutôt pour me défendre.

Quel est le plus grand défi que vous ayez eu à surmonter ?
Le jour où j’ai découvert que mon ex-femme (Robin Givens) était en compagnie de Brad Pitt. L’affaire remonte à la fin des années 80. Au départ, j’ai cru qu’elle était avec une femme car Brad avait des traits fins et des cheveux longs. Comme je suis myope, il m’a fallu un moment pour me rendre compte que c’était un mec. Dans la vie, j’ai fait peur à beaucoup de gens. Mais pas à Brad Pitt. Soit c’est un excellent acteur, soit il était défoncé !

Quelle est votre plus grande fierté ?
Une victoire contre moi-même, celle d’avoir arrêté la drogue. Cela fait aussi 100 jours que je n’ai pas touché une goutte d’alcool. Pour m’éviter de sombrer à nouveau, je participe aux rencontres des Alcooliques Anonymes. Je vais très bien et j’essaie de faire passer le message que je suis extrêmement reconnaissant envers tout le monde.

 

La Vérité et rien d'autre, Mike Tyson, Ed. Les Arènes.

Sites du groupe Amaury