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Bradley Wiggins se dope à la mode

Bradley Wiggins se dope à la mode

Par Yves Bongarçon , le 06 février 2014

Vainqueur du Tour de France 2012, Bradley Wiggins a été anobli en décembre pour services rendus au cyclisme. Rouflaquettes et costumes cintrés, Wiggo est aussi le porte-drapeau du renouveau « Mod » outre-Manche. Ce que Fred Perry a bien compris en faisant de lui la tête de gondole de sa collection Vintage. Rencontre à Londres.

Comment peut-on être à la fois Chevalier de l’Empire britannique et Mod ?

Je ne vois pas d’incompatibilité particulière dans ces différents statuts. Être Mod, vivre avec un certain style ne signifie pas pour autant tomber dans le cliché : se faire une bonne baston avec une bande rivale le dimanche ! Dieu merci, les choses et les mentalités ont évolué, nous ne sommes plus en 1963. J’emprunte seulement à une époque un style que j’aime. Je ne vis pas dans le décor du film Quadrophenia (sourire). Je suis plutôt indépendant et je ne vois pas pourquoi je me priverais de certaines choses qui me plaisent parce qu’elles ne sont pas dans une certaine norme. Je me moque généralement de ce que les gens pensent. Ce n’est pas parce que je revendique un certain style Mod que je vais prendre des ecstasy et faire n’importe quoi, soyons sérieux. En même temps, ce n’est pas parce que tu es Chevalier de l’Empire britannique que tu es fossilisé à jamais et contraint d’agir de façon rigide ou coincée.

 

Vous êtes une espèce de franc-tireur dans le sport, vous n’hésitez pas à vous mettre en marge. Êtes-vous sensible aux honneurs ?

J’accepte les honneurs dans la mesure où j’ai fait quelque chose pour les mériter. Mais oui, j’y suis sensible, ça fait du bien cette reconnaissance, et c’est important. On est tous plus ou moins à la recherche de ça, non ?

 

Vous êtes devenu une espèce d’icône Mod. Que représente cet engagement au-delà du simple goût pour le style ?

Je n’ai aucun engagement dans le mouvement Mod et le fait d’être une icône vient de mes succès sportifs qui ont attiré l’attention sur ce que j’aime depuis des années. Je n’ai rien recherché, le public l’a décidé en quelque sorte. Et je n’ai pas essayé de coller à une image, mes goûts ont toujours été là. Ce sont mes succès sportifs qui les ont simplement révélés. Depuis le Tour de France, les médias en ont fait des tonnes. C’était tentant de leur point de vue (sourire). Moi, je reste le même. Je ne vais ni en faire plus, ni en faire moins, je vais rester qui je suis. Mais c’est vrai que je suis très sollicité pour en faire plus... Certains aimeraient bien que je sois une espèce de porte-voix, mais je n’ai jamais eu l’esprit d’un chef de bande.

 

Quand avez-vous découvert le mouvement Mod ?

Assez tôt en fait. Je baignais dedans sans savoir ce que c’était. Où j’ai grandi, à Londres, les gamins de mon âge n’avaient qu’une passion : le football. On se rendait régulièrement aux matchs. Quand tu commences à fréquenter ces milieux, tu te mets à t’habiller et à te comporter comme tes potes. D’un coup, tu fais partie d’un groupe, d’une bande, et c’est important. C’est comme ça que j’ai commencé à porter des chemises Fred Perry, des Clarks... Pour faire comme mes potes, pas pour ressembler à un Mod. Quand j’y repense, c’est amusant : on portait tous les mêmes polos, les mêmes jeans en toile, les mêmes chaussures qu’on achetait tous au même endroit. Du coup, tout ça devient une espèce de culture sans que tu t’en rendes compte, avec la musique qui va avec notamment...

 

Justement, la musique, vous écoutiez quoi à l’époque ?

J’ai grandi en écoutant The Smiths et Oasis. C’était mes deux groupes de prédilection. C’est d’ailleurs en regardant comment les membres de ces groupes étaient habillés que tu commences à te dire que tu t’inscris dans un style, avec des codes précis. Avant, on n’y pensait pas.

 

Comment êtes-vous entré en contact avec Fred Perry ?

Ils m’ont contacté en 2011. Ils souhaitaient créer une collection de maillots cyclistes un peu vintage. Ils connaissaient bien ma carrière sur piste et savaient que depuis des années j’aimais porter du Fred Perry. C’était important pour tout le monde que cette collaboration ne soit pas quelque chose d’artificiel, qu’il y ait une histoire, une légitimité derrière. Nous étions faits pour nous entendre et tout a été simple et évident dès le début. J’ai d’ailleurs dit « oui » tout de suite, c’était comme un clin d’œil à mes années de jeunesse.

 

Dans le sport et le cyclisme en particulier, si tu n’es pas absolument persuadé de tes capacités, il faut arrêter tout de suite. La confiance en soi est un élément fondamental et déterminant.

 

Vous voyez-vous comme quelqu’un qui a de la veine de vivre ce qu’il vit ?

Je ne suis pas très croyant, donc je ne peux pas dire que je suis béni, mais il y a un peu de ça. Je dirais que j’ai de la chance, j’ai réalisé toutes les choses dont je rêvais en grandissant, voire plus. Combien de personnes peuvent dire cela en ayant à peine dépassé la trentaine (il a 33 ans – ndlr) ? Oui, je suis incroyablement verni, ça ne fait pas de doute ! Mais rien ne m’a été servi sur un plateau, j’ai beaucoup bossé et fait des sacrifices. Il y a toujours un prix à payer. Les choses ne sont jamais données, il faut aller les chercher.

 

Pendant longtemps, vous n’avez pas eu de succès sur route et c’était difficile financièrement. Vous avez envisagé d’arrêter ?

Oh oui, souvent ! Surtout à cause des contingences économiques parce qu’avec deux enfants, c’était vraiment difficile. Mais on s’accroche. On se dit : « Bon, je vais faire quoi comme boulot sinon ? ». Ce n’est pas évident non plus...

 

Le carburant pour continuer, c’était quoi ?

Le fait de réaliser que j’avais le potentiel mais que je m’y prenais peut-être mal. À un moment, j’ai vraiment eu le sentiment que je pouvais aller beaucoup plus loin. Et ça m’a donné l’énergie pour continuer. J’étais absolument convaincu d’y parvenir. Dans le sport et le cyclisme en particulier, si tu n’es pas absolument persuadé de tes capacités, il faut arrêter tout de suite. La confiance en soi est un élément fondamental et déterminant. Je me suis littéralement vu sur le podium. C’était très concret comme sentiment.

 

À un certain moment de votre carrière, vous étiez en colère contre les coureurs qui se dopaient. Vous jugiez qu’ils vous volaient des victoires potentielles, vous enlevaient le pain de la bouche pour ainsi dire...

Oui, exactement. Quand je finissais 3e ou 4e en sachant que le 1er et le 2e n’étaient pas vraiment clean mais qu’on ne pouvait jamais rien prouver, ça me rendait dingue. J’étais surtout en colère lorsque les contrôles positifs ont commencé à tomber et que je voyais des gens qui passaient au travers, qui s’en sortaient... Mais bon, depuis les choses ont évolué, j’ai gagné les courses que je pensais pouvoir gagner et cette colère est largement retombée. Je suis en paix avec ça. Mais en 2009, quand je finis 3e du Tour de France et qu’il y a Alberto Contador devant, là oui, je suis en colère. Je me dis que je n’aurais jamais plus cette opportunité dans ma vie de sportif. C’était terrible... Dieu merci, depuis j’ai gagné le Tour. Sinon, je ne sais pas dans quel état d’esprit, dans quelle aigreur je serais aujourd’hui.

 

L’époque des mods, le début des sixties, c’est un âge d’or pour vous ?

Non, pas du tout. Les années ont donné du glamour à cette époque mais la vie était difficile. La Grande-Bretagne de l’après-guerre, ce n’était pas très drôle. Les gens avaient peu d’argent, il fallait se bagarrer pour vivre décemment. Aujourd’hui, avec les films qu’on tourne sur la période, on a l’impression que tout était rose bonbon et que les gens croulaient sous les opportunités. On sait bien que ce n’est pas vrai.

 

Vous vous souvenez de la première fois que vous avez vu le film Quadrophenia (tiré du rock opéra de The Who et film mod par excellence – ndlr) ?

J’étais gamin. Genre 9 ans. Le truc qui m’avait marqué, c’était les scooters et les vestes militaires vertes... On trouvait ça génial, ça accentuait le côté bandes de mauvais garçons, ça nous aspirait littéralement. C’était comme pour le foot, on avait besoin de faire partie d’un groupe, d’une famille avec un truc à défendre. Il fallait supporter quelqu’un ou quelque chose. La pire chose étant d’être neutre. Cela fait encore partie de moi je crois, j’ai toujours besoin de faire partie d’un groupe quel qu’il soit.

 

Vous étiez bon au foot ?

Plutôt bon, oui. Mais la concurrence était féroce. Tout le monde voulait devenir footballeur pro. J’ai contourné le problème...

 

C’était se démarquer que d’aller faire du cyclisme sur piste ?

Oui et non. Je ne le voyais naturellement pas comme ça. Surtout, ça me plaisait, j’adorais ça ! Ce sentiment de liberté que ça m’a toujours procuré, l’idée que tu peux aller partout, que tu n’es dépendant de rien ni de personne. À 12 ans, faire du vélo, c’est formidable ! Plus besoin de voiture, de bus, de train, tu es libre comme l’air. C’est encore ce que je ressens aujourd’hui.

 

Faire du vélo, prouver quelque chose sur un vélo, c’était aussi montrer quelque chose à Gary, votre père, absent de votre vie d’enfant et d’adolescent ?

À l’époque, pas du tout. Les enfants ne pensent pas comme ça. Encore que, vers 16-17 ans, c’était important en effet. Et aujourd’hui, c’est clair comme de l’eau de roche. Mais quand j’étais gosse, j’avais vraiment envie de me prouver des choses à moi-même, être fier de moi, réussir quelque chose par moi-même. Mais ce n’était pas innocent de choisir la même discipline que lui.

 

Comment expliquez-vous que les Britanniques soient aussi bons et aient autant de goût pour le cyclisme sur piste ?

C’est une tradition qui se perpétue. Il y a toujours eu beaucoup de vélodromes ici, auxquels il est facile d’accéder quand on est jeune. Il y a aussi beaucoup de clubs et de structures. Au-delà de ça, il y a toujours eu des champions à chaque génération. Et ce sont les champions qui donnent envie à d’autres de se lancer et d’exceller à leur tour. Et puis, c’est un sport très populaire. Quand j’étais gamin, je voyais Chris Boardman gagner et j’avais envie de faire du vélo sur piste, de gagner moi aussi et ainsi de suite. Le succès engendre le succès. Ce qu’il faut, c’est ne jamais rompre la chaîne du succès.

 

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