Mode
Kevin Rolland
©Cédric Viollet pour Sport & Style

Kevin Rolland « Je suis meilleur sous la pression »

Par Isabelle Vatan, le 18 février 2014

Kevin Rolland représente la France en ski half-pipe pour la première fois à Sotchi. Rencontre avec le champion de freestyle quelques jours avant les Jeux. Il parle mode, ski et JO, of course.

Quel souvenir gardez-vous de la série mode où vous avez posé pour Sport & Style ?

Super bon ! Je n’ai pas l’habitude de jouer les mannequins à ce point. J’avais déjà posé pour Sport & Style avec Xavier Bertoni à Megève. C’était dans un chalet avec des mannequins, d’ailleurs très jolies (rires). Mais là j’ai eu l’impression d’être un vrai modèle. Un photographe et un caméraman me suivent à l’année, mais les photos de mode c’est différent. C’était marrant qu’on me coiffe, qu’on fasse attention à tous les petits détails.

 

La mode, c’est important pour vous ?

Oui, le look en général. L’allure.

 

Vous vous êtes fait faire un costume Hugo Boss sur mesure. À quelle occasion ?
Il est un peu cintré, classe. C’était pour la cérémonie des ESPYs, une remise de prix aux meilleurs sportifs du monde (organisés par la chaîne de télé américaine ESPN – ndlr).

 

La quintessence du style selon vous ?

Une belle allure. Un sportif au top de la mode, très masculin, je dirais David Beckham ou Shaun White qui a une certaine classe dans son style rockeur. Dans un autre registre, peut-être moins beau gosse mais qui a la classe, Gad Elmaleh.

 

Votre style hors des pistes ?

Assez sobre, je suis très bonnet (sourire), j’ai toujours quelque chose sur la tête. Je me sens mieux avec un bonnet. Je n’ai jamais su trop quoi faire de mes cheveux et j’ai un épi devant, du coup j’ai toujours les cheveux dans les yeux et je déteste ça.

 

Comment vous sentez-vous à l’approche des JO de Sotchi ?

Depuis le début de l’hiver, j’ai fait cinq compétitions et quatre podiums, dont une première place à Park City. Ça me fait du bien, je sais que je suis dans le ton, que je suis prêt. Pour les JO, il va falloir que je sois bien concentré car ça va être très dur, le niveau est élevé. Chaque run devra être le plus beau de ma vie. La pression à Sotchi va être énorme. Cela ne me dérange pas car en général, je suis meilleur sous la pression.

 

Justement, comment gérez-vous cette pression ?

Difficile à dire, ça se fait assez naturellement. Je suis quelqu’un de très stressé, beaucoup de choses passent dans ma tête, mais au moment où je suis dans l’action, où je pousse sur les bâtons et où je rentre dans le half-pipe, je ne pense plus qu’à ce que j’ai à faire. Toutes les pensées parasites s’envolent au moment où je dois faire les tricks. Je ne pense alors plus qu’à m’appliquer, à la technique pure.  

Là où je suis le mieux au monde, c’est sur des skis. Même tout seul, je suis bien.

Vous visualisez la figure que vous allez effectuer ?

Quand je suis en haut et que je stresse, je répète mes sauts encore et encore, je les mime, et ça m’empêche de cogiter. Une fois lancé, je répète mon run dans ma tête. J’essaie de rester vraiment concentré sur la technique.

 

La peur est là ?

Oui, mais en compétition, on a moins peur. La peur de l’échec est là mais pas celle de la blessure car l’adrénaline te fait oublier ça. D’ailleurs, c’est souvent à ce moment-là qu’on se blesse. À l’entraînement, il n’y a pas le stress de l’échec mais la crainte de se blesser. C’est nécessaire d’avoir peur, autrement tu peux te faire très mal, voire te tuer. Il faut toujours être lucide avec ce genre de sport sinon il y a un moment où on se fait très mal.

 

Dans le documentaire En route pour Sotchi, vous demandez conseil à beaucoup de sportifs qui ont fait les JO.

Je me suis rassuré en allant les voir (Carl Lewis, Boris Diaw, Renaud Lavillenie – ndlr). Ils m’ont un peu dit ce que j’avais envie d’entendre : « Oui, c’est énorme, mais au final ça reste une compétition et il va falloir faire ce que tu fais d’habitude, le mieux possible. Ce n’est pas parce qu’il y a quatre anneaux et des milliards de personnes que ça change la donne ».

 

Avoir votre discipline, le ski freestyle, pour la première fois aux JO, ça fait quoi ?

J’ai la chance d’être arrivé au bon moment. Mon rêve, c’était les X Games mais depuis 3 ans, les JO sont aussi devenu un rêve. En tant que sportif, tu as envie de briller aux Jeux.

 

Comment dort-on la veille des JO ?

Mal ! Avant les compétitions, je pense trop, j’ai du mal à dormir. Je suis très stressé, ce n’est pas agréable. Je perds l’appétit, je ne suis pas bien. Ça redescend au moment où je suis sur les skis. Je stresse souvent avant d’avoir mis le pied dans le pipe, quand je ne sais pas à quoi m’attendre. Une fois sur place, à Sotchi, ça ira mieux car je serai dans mon élément, je n’aurai pas le temps de stresser, je penserai à mes tricks.

 

Comment skiez-vous quand vous ne vous entraînez pas ?

Je ride. Soit je vais faire des sauts au snowpark, soit je skie sur les pistes. S’il vient de neiger, j’appelle mes potes pour profiter de la poudreuse, surtout chez moi. J’aime skier à La Plagne. Je me sens mieux sur les skis que dans la rue, à marcher ou courir. Là où je suis le mieux au monde, c’est sur des skis. Même tout seul, je suis bien.

 

D’où vient votre surnom, Mitch ?

Quand j’étais gamin, on m’appelait Mitch Buchannon comme le kéké des plages dans Alerte à Malibu (sourire). Et je m’appelle Kevin...

 

En dehors du ski, vous avez une passion ?

Je skie 300 jours par an. Le reste du temps j’essaie de voir ma famille, mes amis et de partir en vacances. J’adore l’apnée, aller sous l’eau, voir les poissons, c’est une de mes passions. Je pars en vacances dans des pays où je peux plonger. L’été dernier j’étais au Mexique et en Égypte.

 

Vous êtes fan d’autres sports ?

Oui, je suis les news mais ce que je regarde le plus, ce sont les sports extrêmes. Chaque été, je vais aux X Games voir le skate et le BMX, dont je m’inspire un peu d’ailleurs. Ça reste la même famille de sports.

 

Vous aviez un héros petit ?

Candide Thovex. J’ai toujours été un fada de ski freestyle. En grand passionné, je regardais le meilleur français, Candide Thovex. Aujourd’hui, on se connaît bien mais à l’époque, c’était mon dieu. J’avais ses posters dans ma chambre et ceux des riders américains.

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