Mode Olivier Giroud
©Grégoire Alexandre pour Sport & Style Par Jawaher Aka, le 23 avril 2014

Olivier Giroud « J'ai la faiblesse de penser que je suis élégant »

Belle gueule, gabarit de star avec ses 192 cm, Olivier Giroud est taillé pour les podiums. Le visage du parfum Boss Bottled est beau et il le sait. Il en joue même peut-être un peu, mais avec assez de retenue pour ne pas laisser croire qu’il se la raconte. Confidences.

Partis à Londres vérifier sur pièces tout le bien qui se disait sur lui, c’est en pleine tourmente, en plein « scandale sexuel » comme on l’a lu outre-Manche, que nous avons retrouvé l’attaquant français d’Arsenal. Olivier Giroud, donc. La rencontre était prévue de longue date. La malheureuse une que lui avait consacré un tabloïd britannique quelques jours plus tôt, ses excuses publiques et son agacement sur Twitter la veille de notre entrevue auraient pu le dissuader de venir. Mais non. « Annuler ? Pourquoi ? Il faut faire face. J’ai fait une erreur, j’en assume les conséquences. Mais ce qu’il se passe, l’acharnement médiatique, c’est violent. »
À 27 ans, le jeune homme originaire de Chambéry expérimente ainsi les aléas de sa (jeune) notoriété. Olivier Giroud, celui que la presse adorait présenter comme une personnalité « à part » dans le football français, se retrouve tout à coup relégué au rang du commun des footballeurs qu’on adore détester, qu’on aime vilipander. Amende honorable : « Les médias sont forcément moins indulgents quand tu fais des erreurs. Ils t’attendent au tournant. Ils peuvent te mettre en haut de l’affiche très rapidement et te redescendre aussi vite. C’est là que tu te rends compte de l’intérêt que tu peux susciter ».

UNE RECONNAISSANCE TARDIVE
Il faut dire que l’ascension de Giroud fut tout aussi singulière que rapide. En 2005, il signe son premier contrat professionnel en deuxième division, à Grenoble. En 2010, au terme de deux saisons passées à Tours, il est sacré meilleur buteur du championnat de Ligue 2. La Ligue 1 lui tend les bras et c’est le club montpelliérain qui lui donne l’occasion d’y faire ses preuves. La confiance qu’on lui accorde est récompensée par le double titre de champion de France et de meilleur buteur de L1. Arsène Wenger, le grand manitou alsacien d’Arsenal, le remarque. Et lui propose dans la foulée de s’essayer au championnat anglais en rejoignant les Gunners. Giroud a toujours rêvé de jouer en Premier League. Le transfert est conclu pour 12 millions d’euros. Une bagatelle. Entre-temps, Laurent Blanc lui offre sa première sélection en équipe de France. Didier Deschamps lui renouvelle cette confiance en le faisant même passer devant Karim Benzema. La presse s’emballe. On ne tarit plus d’éloges sur Olivier Giroud. Il convainc sur le terrain, mais aussi à la ville. Le Savoyard s’exprime bien. Ça change. Il est poli, gentil et pour ne rien gâcher, possède une belle petite gueule. En 2012, les lecteurs du mensuel gay Têtu l’élisent « footballeur le plus sexy de la Ligue 1 » et le magazine lui consacre sa couverture. Giroud a alors tout du candidat idéal pour redorer l’image moribonde des Bleus, méchamment écornée depuis la déroute humiliante de Knysna et la célèbre mutinerie du bus. Giroud, lui, boit du petit lait. Dans la presse, il ose même affirmer se retrouver en concurrence directe avec Karim Benzema qui, bien sûr, n’apprécie guère ce crime de lèse-majesté. Il est loin le temps où Mécha Bazdarevic, son coach à Grenoble, disait qu’il n’avait même pas le niveau de L2...

LE MENTAL AVANT TOUT
Depuis notre rencontre à Londres, une seconde histoire nauséabonde le compromettant a été révélée en une d’un autre tabloïd, portant un nouveau coup à sa réputation. « On attend beaucoup de nous. Qu’on soit des exemples, à défaut d’être parfaits », nous confiait-il. La pression n’est pas que sur le terrain. Et si son exposition médiatique arrive sur le tard, il n’est apparemment pas aussi mûr qu’on aurait pu le penser pour l’accueillir. Et l’apprivoiser. Résultat ? Olivier Giroud a désormais le droit aux mêmes commentaires sur la moralité des joueurs de foot lambda. Mais sur le terrain, c’est une autre histoire. Notre homme reste un battant même si Didier Deschamps, contraint de s’exprimer sur « l’affaire », a admis que tout le monde se serait bien passé d’une telle publicité. Le sélectionneur a néanmoins salué la présence de l’attaquant d’Arsenal chez les Bleus et ses performances à la pointe de l’attaque du club anglais. Malgré la tourmente, Olivier Giroud demeure un attaquant prolifique en club et une valeur sûre pour la sélection nationale.
Parce que, finalement, c’est ce qu’on attend d’abord d’un sportif de haut niveau. Qu’il garde la tête froide sur le terrain quand, dehors, tout s’acharne contre lui. « J’ai des échéances sportives tous les trois jours », glisse-t-il, fataliste. « Le fait de voir sa vie étalée au grand jour n’est pas évident, mais le foot n’attend pas. » Celui que certains aimaient voir comme le gendre idéal a gagné les galons de bad boy qui lui manquaient peut-être. Ce qu’on retiendra de ses mésaventures ? Sûrement cette incroyable capacité à maintenir le cap en pleine tempête. Magnéto.

Vous semblez plutôt à l’aise devant l’objectif. Ça vous plaît de jouer les mannequins ?
C’est un métier : être là pendant des heures, sourire artificiellement, ok. On me dit que je suis plutôt photogénique, donc j’accepte bien volontiers les shootings de ce type. J’aime la mode, mais je ne suis pas obnubilé par ça.

La mode, c’est peut-être une option pour votre retraite ?
Je ne sais pas ce que l’avenir me réservera, mais il faut y réfléchir. La carrière moyenne d’un footballeur dure sept ans. Je les ai déjà au compteur, ça arrive très vite. Je ne serais pas contre travailler dans la mode, mais je ne sais pas sous quelle forme. Je me fais des contacts, je travaille mon réseau en attendant.

Vous êtes le visage français de la prochaine campagne Boss Bottled le temps de la coupe du monde. Les marques vous courtisent. Êtes-vous vigilant dans vos choix ?
J’ai envie de travailler avec des marques que j’apprécie et qui reflètent ma personnalité. J’aime bien les fringues. Les produits smart. Je ne suis pas trop streetwear, je suis plutôt branché costumes. Je veux que les gens me perçoivent comme je suis vraiment. J’ai la faiblesse de penser que je suis élégant.

L’apparence, c’est important ?
Oui, j’aime prendre soin de mon corps et de mon apparence physique. Je n’en fais pas trop, juste ce qu’il faut. J’essaie de rester comme je suis depuis toujours. En étant davantage reconnu dans la rue, je fais peut-être un peu plus attention, je vous le concède.

« Don’t touch the spirit of my hairstyle ! », c’est ce que vous avez lancé au maquilleur avant le shooting...
J’aime bien qu’on respecte ma volonté. J’ai déjà essayé l’effet coiffé-décoiffé, mais j’ai tellement de volume dans mes cheveux que ça ne va pas. J’aime bien ce côté coupe de cheveux à l’anglaise.

D’après vos coéquipiers et vos coachs, vous entretenez une forme d’obsession avec vos cheveux. Vrai ou faux ?
Ça chambre pas mal entre nous. J’aime bien les blagues bon enfant. Je suis le premier à en rigoler. Mais je ne passe pas tant de temps que ça à me coiffer. Un coup de sèche-cheveux et c’est fait.

Quand on dit de vous que vous êtes « à part » dans le foot, comment le comprenez-vous ?
Je le suis dans ma manière d’être, de m’exprimer.

On insiste aussi beaucoup sur votre belle gueule. Ça vous agace ?
Je ne vais pas dire que je n’en suis pas fier. Ça fait toujours plaisir, mais j’essaie de ne pas trop jouer avec ça parce que le fait de trop se regarder, de se prendre au sérieux peut vite tourner au handicap. Tout sauf se prendre au sérieux.

On m’a parfois appelé « le Beckham français ». Ça fait plaisir.

En revanche, vous ne supportez pas qu’on vous parle de votre milieu social. Pourquoi ?
C’est mon manager de Tours (Max Marty – ndlr) qui dit que je suis un chat angora et non un chat de gouttière. Je ne viens pas d’un milieu défavorisé, mais je ne suis pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche non plus. Mon père était cadre sup dans l’agro-alimentaire, ma mère a élevé ses quatre enfants. Je n’aurais pas honte de dire que je viens d’une famille richissime si c’était le cas. Au contraire, c’est gratifiant, ça veut dire que tes aînés ont travaillé dur pour en arriver là. Je suis seulement issu de la classe moyenne française.

La famille compte beaucoup pour vous ?
Je suis fier de l’éducation que m’ont donné mes parents. Ils m’ont transmis la base pour bien me défendre dans la vie, voler de mes propres ailes. C’est un atout d’avoir reçu une bonne éducation, d’avoir une famille sur laquelle on peut toujours compter. Je revendique d’être proche de ma famille.

Dans la presse, on vous a comparé à Éric Cantona, Zlatan Ibrahimovic, David Ginola ou encore David Beckham. Vous en pensez quoi ?
En toute sincérité, je ne pense pas avoir le charisme ou la personnalité d’un Cantona ou d’un « Ibra ». Je pense me situer entre Ginola et Beckham.

Quelle comparaison vous flatte le plus ?
On m’a parfois appelé « le Beckham français ». Ça fait plaisir. Il s’est construit une image très populaire auprès des femmes. Il a une bonne cote même s’il a fait des erreurs dans sa vie. C’est une icône niveau mode. Sans avoir un talent footballistique extraordinaire, il est devenu une star. Je l’ai côtoyé lors d’entraînements et c’est un super mec. Il est très respectueux. C’est un grand pro. Il pourrait être un exemple pour moi.

Enfant, quel joueur vous faisait rêver ?
J’aimais beaucoup Chevtchenko. C’était un joueur agréable à regarder. Très complet. Il avait beaucoup de classe. Et le Milan AC était l’une des équipes qui me faisait rêver à l’époque.

Vous aimez répéter que vous êtes chanceux, mais vous êtes avant tout bosseur, non ?
J’estime que c’est par le travail qu’on peut réussir et qu’on doit atteindre ses objectifs. Après il y a toujours une petite part de chance. Mais la chance ne suffit pas. C’est un tout. C’est peut-être ce que n’a pas eu mon frère à un certain moment. Je pense que j’ai aussi une bonne étoile au-dessus de ma tête.

C’est votre frère qui vous a donné envie de jouer au foot ?
Romain, mon deuxième frère, faisait la fierté de mon village à l’époque. Je voulais être comme lui quand j’étais petit. Il a connu le haut niveau très jeune. Il a joué avec Trezeguet et les autres. Mais quand tu n’es toujours pas professionnel à 19-20 ans, c’est délicat. Je suis persuadé qu’il aurait pu faire une carrière en National ou en L2, mais mon frère était intraitable : c’était soit le haut niveau, soit rien.

Que signifie le tatouage sur votre bras droit ?
C’est le premier verset du psaume 23 de la Bible : « Dominus pascit me nihil mihi deerit », l’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me rassure. Il me dit que je ne suis pas seul et qu’il veille sur moi comme le berger sur ses moutons.

Vous êtes croyant ?
Je suis très croyant. C’est l’héritage de ma mère. Elle m’emmenait au culte. Aujourd’hui, on s’entraîne tous les jours. Donc, pour aller à l’église, c’est délicat, mais j’ai toujours la foi en moi. Mes petits rituels, mes petites prières avant les matchs font vraiment partie de moi. Et j’en suis fier.

Sites du groupe Amaury