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Beau joueur
Richard Gasquet

Beau joueur

Par Daphné Roulier, le 19 mai 2014

Ce tennisman, nouvel ambassadeur du Coq Sportif, est un mystère. Derrière une technique irréprochable se cache un homme complexe, mû par le simple plaisir du jeu. Et si, à une semaine de Roland-Garros, 2014 était l’année Richard Gasquet ?

De Richard Gasquet, on a tout dit. Surdoué indolent, inconstant, fragile, rompu aux coups d’éclat et aux coups de blues, l’âme souvent en peine et le corps en berne, l’élu aurait longtemps emprunté les sorties de secours pour échapper à un destin écrit par d’autres. Aujourd’hui, le champion éprouvette, promis aux sommets, a mûri : à bientôt 28 ans, le n°1 français est plus sûr de lui. Il cultive la confiance et va vers son risque, avec la niaque des vainqueurs. Rencontre avec un (beau) joueur.

 

De tout ce que j’ai lu sur vous, une phrase a retenu mon attention : « un bras en or commande par une tête qui demande d’abord qu’on le laisse en paix ». C’est ce qui vous résume le mieux ?

Moins aujourd’hui. J’ai commencé très jeune, et très vite j’ai été propulsé en une de Tennis Magazine, à 9 ans, avec l’étiquette – pas des plus faciles à porter – de « prodige ». Pas simple, quand on vous attend à ce point au tournant, de se construire sereinement. 

 

On vous a pardonné moins qu’à d’autres ?

Oui, bien sûr, notamment parce que j’étais destiné à gagner Roland-Garros.

 

Aujourd’hui, vous êtes-vous délesté de l’image de l’éternel espoir ?

À 27 ans, bientôt 28, je maîtrise les codes, j’appréhende mieux les victoires, les défaites, la presse, le public aussi, je sais comment il réagit. Aujourd’hui, j’essaie juste de me faire plaisir. J’ai une chance inouïe d’être là où je suis, et je n’échangerais ma place pour rien au monde.

 

Au moment de notre rencontre, début avril, vous êtes sorti du top 10 mondial. La 11e place donne une niaque d’enfer pour récupérer sa carte de membre ?

C’est clair. D’autant que 11e mondial, c’est un cap symbolique. Nous sommes des compétiteurs, je fais donc mon maximum pour revenir parmi les meilleurs. Il faut de la rage et beaucoup d’abnégation. Ça tombe bien, j’ai les deux et je m’entraîne dur. Et j’ai surtout conscience de mes capacités. La confiance n’est pas innée chez moi, contrairement à d’autres.

 

Comme Federer ?

Federer, moins qu’on le pense, pas plus que Nadal. À l’inverse d’un Djokovic qui a une grosse confiance en lui.

 

Rafael Nadal a remporté son premier Roland-Garros à 19 ans. Il est physiquement nettement supérieur à Agassi ou Sampras, les deux meilleurs joueurs du circuit avant lui. Il est exceptionnel.

Nadal joue pourtant la peur au ventre...

Oui, y compris quand il affronte le 100e mondial, on le sent très inquiet dans les vestiaires alors même qu’une défaite est impossible. Il est très atypique de ce point de vue. Sa remise en question est quotidienne. Mais sur le court, il a un mental et une combativité à toute épreuve. Il est dur au mal, il repousse ses limites au maximum, c’est en cela qu’il est incroyable. 

 

Vous reconnaissez d’ailleurs ne pas avoir la caisse d’un Nadal ou d’un Djokovic qui montrent une puissance de jeu et une faculté de récupération hors normes. Diriez-vous que ce sont des extra-terrestres ?

Oui. Ce n’est pas parce que je dis que ce sont des extra-terrestres que je ne peux pas les battre, mais c’est sûr qu’ils ont une caisse et des parcours incroyables. Rafael Nadal a remporté son premier Roland-Garros à 19 ans. Il est physiquement nettement supérieur à Agassi ou Sampras, les deux meilleurs joueurs du circuit avant lui. Il est exceptionnel.

 

Mais alors, comment rivaliser avec un Nadal par exemple ?

Il faut proposer autre chose qu’un combat physique, l’entraîner sur un autre terrain, l’attaquer le plus possible, saisir la balle plus tôt, monter au filet, raccourcir les échanges. C’est sûr que si tu prends Nadal du fond de court pendant cinq sets à Roland-Garros, c’est très difficile, en raison précisément de ce physique. 

 

Vous, vous y croyez à une victoire sur l’ogre Nadal ?

J’y crois, oui, bien sûr. C’est sûr que j’aimerais finir ma carrière sur une victoire contre lui. On se connaît depuis toujours, on a 15 jours de différence, et même si maintenant je suis un peu dans son rétro, on ne peut pas dire le contraire, nous sommes amis.

 

Quand vous vous amusez à dire que vous avez plus de chance de battre Nadal sur Playstation que sur un court, êtes-vous conscient de ne pas doper vos chances en disant cela ?

Il m’arrive de dire des bêtises. Mais sincèrement, je sais que j’en suis capable, même s’il m’a battu douze ou treize fois d’affilée et qu’à chaque fois, c’était pénible.

 

Ça coince où ?

Sur le niveau de jeu. Il est numéro un mondial, j’étais neuvième, aujourd’hui onzième, il faut que je progresse voilà tout. Je m’y emploie tous les jours, et c’est ça le plus important.

 

J’imagine que l’on n’affronte pas Nadal comme on affronte Federer. À chaque joueur, une tactique ?

Oui, il faut s’adapter à son adversaire. Avec Federer, il faut préférer le fond de court et les balles un peu liftées, avec Nadal c’est tout le contraire. Il faut essayer de l’attaquer avec des balles le plus à plat possible, parce qu’il a le meilleur lift de tout le circuit.

 

Êtes-vous suffisamment offensif, tranchant, saignant, en un mot agressif ?

Je pourrais l’être plus, c’est pour ça aussi que j’ai été septième et non numéro un ou deux mondial, par manque d’agressivité. Je dois monter plus au filet, j’y travaille.

 

Comment expliquez-vous cela ?

J’ai un certain confort sur les lignes de fond. Il m’arrive de manquer de puissance face à des joueurs très costauds, qui tapent très fort. Là aussi, je dois progresser. 

 

Comment cela se passe-t-il avec votre nouvel entraîneur, Sergi Bruguera ?

C’est un Espagnol, autant dire qu’il pousse l’entraînement à l’extrême. J’ai beau avoir l’habitude de beaucoup m’entraîner, il demande beaucoup plus. C’est dur, il faut s’y habituer, tenir physiquement pour repartir le lendemain sur le court, mais c’est ça qu’il me faut et manifestement, il sait ce qu’il faut : il a remporté deux fois Roland-Garros.

 

Beaucoup, l’an passé, ont estimé que vous aviez atteint à 27 ans votre pleine puissance, autrement dit l’âge des victoires. Henri Leconte est d’ailleurs convaincu que vous êtes entré dans une nouvelle ère. Vous lui donnez raison ?

Pfff, c’est toujours pareil, vous savez : quand je gagne, on m’encense, quand je perds, on m’enterre. Une fois, c’est fini, la fois suivante, c’est reparti. J’évite de lire la presse. Ça rend fou !

 

Mais avez-vous néanmoins le sentiment d’avoir franchi un cap ? Federer aussi a remarqué vos progrès. Il vous trouve plus solide au service et pense que vous y croyez davantage. Il doit bien y avoir un fond de vérité...

Je suis d’accord. J’ai battu l’an passé des joueurs que je n’avais pas réussi à battre auparavant, en Grand Chelem à l’US Open. Et c’est vrai que j’y ai cru un peu plus.

 

La vie de tennisman est dure parfois, mais rien ne remplace la victoire, absolument rien ne peut rivaliser avec ces sensations, cette adrénaline, cette exaltation, quand le public te soutient et te porte aux nues.

Mental en gruyère et corps en souffrance, c’est derrière vous tout ça ?

On ne devient pas septième mondial à 20 ans avec un mental de gruyère ! Ça, c’est une caricature de journalistes qui a la vie dure... Bien sûr, il y a eu des matchs qui méritaient mieux, mais on ne parvient pas à ce niveau de jeu-là en étant aussi friable. 

 

La presse a pas mal stigmatisé vos abandons et forfaits...

Oui, j’ai annulé des matchs, mais la presse en a rajouté aussi un peu. Pas simple après de se défaire de l’image que l’on a forgée de vous. J’y ai réussi un peu ces deux dernières années, je ne désespère pas de continuer.

 

Qui a dit : « je n’ai pas choisi le tennis, c’est le tennis qui m’a choisi » ?

Tsonga et Monfils ont été en sport études dès l’âge de 11 ans. Pas moi. Je ne me suis jamais dit : « Un jour, je serai n°1 mondial ». Je n’avais pas ce désir, à l’inverse d’un Djokovic parti s’entraîner très tôt avec son père dans cette optique-là, en Allemagne. Je ne me levais pas le matin pour être le premier, je me levais pour jouer, par plaisir, par goût, par passion. 

 

N’est-ce pas cela justement qui fait la différence ?

C’est possible. Mais je n’avais pas cela en moi. J’étais simplement porté par le plaisir du jeu.

 

Qui vous a alors poussé sur le circuit professionnel ?

Le talent. J’ai joué, très bien, j’ai gagné, très jeune. Ça coulait de source.

 

Mais le talent sans ambition, c’est jouable ? Peut-on vraiment gagner avec un couteau en plastique entre les mains ?

Bien sûr que non. C’est même impossible. Mais j’ai infiniment plus d’ambition aujourd’hui qu’à 18 ou 19 ans. Maintenant, quand je perds, j’accuse le coup, je dois encaisser la défaite alors qu’il y a 10 ans, une petite heure me suffisait pour la digérer. La logique voudrait que ce soit l’inverse.

 

Vous avez été, à deux reprises, à deux doigts de tout lâcher...

Oui, à 18 ans. Je gagnais peu, m’emportais vite, ça a été limite. Mais ma passion du tennis l’a emporté. Je me suis remis en selle et j’ai repris l’entraînement. 

 

Vous aimez cette vie de tennisman professionnel, cette vie de salles d’embarquement et de chambres d’hôtel, toujours d’un tournoi à l’autre ?

C’est dur parfois, mais rien ne remplace la victoire, absolument rien ne peut rivaliser avec ces sensations, cette adrénaline, cette exaltation, quand le public te soutient et te porte aux nues.

 

Combien de temps vous donnez-vous avant de raccrocher ?

Quatre ou cinq ans. J’ai démarré très jeune, vous savez... J’aurais fait mon temps en donnant le maximum. 10-15 ans sur le circuit, ce n’est pas si mal. Après quoi, je ferai autre chose.

 

Il y a 5 ans, John McEnroe disait de vous : « Gasquet est sans doute le plus talentueux mais on dirait que ça provoque chez lui une sorte de frustration quand il ne joue pas comme il veut »...

Il m’est arrivé de perdre les pédales quand je jouais mal, c’est vrai. Désormais, je m’accroche. Je repousse bien plus mes limites, même s’il faut les repousser encore plus, jour après jour, pour avoir des chances de rejoindre le peloton de tête. C’est un travail de tous les instants.  

 

On vous a souvent reproché d’être trop transparent sur le court, de ne pas dissimuler vos émotions, votre fatigue...

Cela m’est arrivé. C’est vrai qu’avoir face à soi un adversaire épuisé qui ahane après chaque balle ratée vous dope et vous donne un courage fou pour repartir. Du coup, je m’efforce d’être un peu moins expansif. 

 

Comme au poker, il faut donc savoir bluffer ?

Évidemment, il ne faut surtout rien laisser filtrer, ni ses coups de mou, ni ses frustrations, encore moins sa fatigue. À ce titre, Federer et Nadal sont des maîtres. Rafael reste imperturbable, il joue comme si de rien n’était même s’il est sérieusement blessé, c’est sa force.

 

Le psychologue Timothy Gallwey s’est beaucoup penché sur le psychisme des tennismen et affirme que penser casse la performance. Vous cogitez trop ?

Je vous le répète, le sport se joue vraiment à la confiance. Quand on gagne, on pense moins. On sait que l’on est en forme, on est prêt, serein. Quand on commence à perdre, la spirale négative s’enclenche et l’on cogite plus. Mais hélas, pas à des questions de tactique.

 

Les sportifs sont très suivis sur le plan psychique. L’êtes-vous également ? Et vous reste-t-il des barrières psychologiques à faire tomber ?

Je n’ai pas de coach mental, contrairement à certains joueurs. Je parle à mon entraîneur, ça me suffit. Ces trois dernières années, j’ai repris confiance en moi, et comme le dit très justement Federer, ça fait toute la différence. Je suis heureux de jouer, d’être là où je suis. Je me sais capable de grandes choses. 

 

J’ai un beau jeu, grâce à ce revers à une main singulier qui offre plus de variété et n’est pas stéréotypé droite/gauche. Peu de joueurs, hormis Federer, jouent avec ce coup-là.

Roger Federer rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, vous disiez de Ferrer qu’il était injouable et vous le pensiez trop. Depuis vous l’avez battu deux fois. Vous avez exorcisé la bête ?

Absolument. L’an passé, j’ai cessé de me dire qu’il était imbattable, je me suis répété que j’étais aussi fort, voire plus fort que lui. Oui, le tennis est un sport d’ego !

 

La France est-elle vraiment une grande nation de tennis ?

La France a de très bons joueurs ! Mais c’est vrai que l’Espagne aligne depuis quelques années une tripotée de vainqueurs à Roland-Garros. Disons qu’elle est une « énorme » nation du tennis. Les Espagnols ont la culture de l’entraînement intensif sur terre battue. Ils frappent la balle dès le berceau. C’est une race de cogneurs. Ils ont beaucoup plus de courts en terre battue que nous, ils se surentraînent. Il n’y a pas de secret.   

 

Quels sont les démons de Richard Gasquet ? Nadal par exemple est incapable de dormir dans le noir, est pris de panique au moindre orage, ne supporte pas le fromage et ne se jette a l’eau que s’il voit le fond.

Oui, c’est plutôt étonnant. Je n’en ai pas de particulier. Le démon de la défaite, peut-être.

 

Vous vous êtes retrouvé dans la peau d’un banni après Miami et votre contrôle positif à la cocaïne qui vous a valu deux mois de suspension avant d’être complètement innocenté. Que vous reste-t-il de cette période ?

Quelques cicatrices et un peu d’effroi. Il a fallu pas mal de courage pour revenir, remonter la pente et ne pas sombrer. Je me demande toujours comment j’ai pu me retrouver dans une histoire pareille. C’était totalement surréaliste, aujourd’hui encore, j’ai du mal à y croire.

 

Cette histoire vous a fragilisé, endurci ?

Elle m’a tanné le cuir et m’a surtout permis d’apprécier pleinement le moment présent. Je suis revenu au classement à la force du poignet. Je mesure le chemin parcouru.

 

Certains joueurs avouent mieux jouer quand ils sont aux antipodes de chez eux qu’à domicile. C’est vrai pour vous ? Briller à Roland-Garros est-il possible ?

Ça l’a été, mais ce n’est plus le cas. Je me régale avec le public français, il me porte et m’aide à mieux jouer. Roland-Garros est un énorme enjeu pour moi.

 

Comment définiriez-vous votre style de jeu ?

J’ai un beau jeu, grâce à ce revers à une main singulier qui offre plus de variété et n’est pas stéréotypé droite/gauche. Peu de joueurs, hormis Federer, jouent avec ce coup-là.

 

Parlons un peu de votre look. On vous a longtemps surnommé « Richard Gasquette ». Vous en avez fini avec l’allure garnement et casquette à l’envers ?

Oui, j’avais les cheveux longs à l’époque, c’est aussi bête que ça. D’où le recours à la casquette. 

 

Vous avez changé d’équipementier, troqué Lacoste pour le Coq Sportif qui a conçu et fabriqué, me dit-on, votre tenue en France, à Romilly-sur-Seine précisément. Pourquoi ce changement de couleur ?

Franchement ? Pour une question d’argent. On ne va pas se mentir. Le Coq Sportif a su se montrer convaincant, et le plus offrant. C’est aussi une très belle marque que j’avais un peu perdue de vue. Leur collection m’a surpris, elle est vraiment formidable.    

 

Comment vous imaginez-vous à 40 ou 50 ans ?

Je n’en ai pas la moindre idée. Ni où, ni comment, ni même avec qui... Peut-être à Paris ou dans le sud de la France. La seule certitude que j’ai, c’est que je me réinstallerai en France et que j’aurai la vie belle.

 

Il y a une chose que vous ne ferez pas, j’en suis sûre, c’est consultant télé...

J’espère vraiment ne jamais avoir à faire ça. En dehors d’Arnaud Clément qui se débrouille très bien, avec intelligence et retenue, 90 % des commentateurs ne disent que des âneries. Et je souhaite vraiment ne pas me retrouver à être l’un deux. Certains oublient un peu vite qu’ils ont été joueurs. Et pas toujours de grands joueurs... Alors casser ses anciens camarades et donner des leçons, c’est un peu facile. 

 

Seriez-vous alors tenté par lancer une ligne de vêtements a l’instar de Fred Perry, René Lacoste ou Björn Borg ?

Je ne suis pas un fou de mode, il y a donc peu de chances.

 

Une marque de bonbon comme celle que Maria Sharapova a lancé, ça vous fait saliver ?

Je les ai goûtés, ils ne sont pas très bons.

 

Une reconversion au cinéma alors ?

Je ne suis pas assez extraverti.

 

Ou alors ?

Dans le sport. Entraîneur à temps partiel, peut-être. Je gagne suffisamment bien ma vie pour avoir le choix. Il n’y a pas si longtemps, j’ai refusé d’être l’ambassadeur d’un site de rencontres extraconjugales. J’ai eu mon lot d’emmerdes, je m’en suis sorti, inutile de replonger. 

 

Quand vous voyez votre pote Jo-Wilfried Tsonga devenir célèbre chez la ménagère de moins de 50 ans en tournant un spot pour Kinder Bueno, ça vous amuse ou vous vous dites que le sportif est devenu un bien de consommation comme un autre ?

Oui, le sportif est devenu un bien de consommation. Moi, j’ai bien fait une pub pour Head & Shoulders. On s’est copieusement foutu de notre gueule.

 

J’ai lu que seulement 10 % des joueurs pros sont en mesure de vivre de leur métier. À se demander, comme le dit Arnaud di Pasquale, s’il ne faut pas être fils de bonne famille pour passer professionnel...

Il y a énormément de frais : avions, hôtels, restaurants, salaire des entraîneurs, sans compter les à-côtés. Il faut beaucoup d’argent pour démarrer.

 

Et seuls les 120 meilleurs joueurs du circuit se remboursent...

Les 80 premiers mondiaux gagnent leur vie, plutôt.

 

Vous vous êtes installé en Suisse pour percer le secret de la potion magique de Federer ou pour le climat ?

Je ne suis pas le seul, les 10 premiers français se sont exilés en Suisse.

 

Pour le climat fiscal ?

D’après vous ? On paie beaucoup d’impôts dès que l’on joue ici, entre 60 et 70 %, or rien ne m’oblige à disputer tous les tournois français. Et il ne faut pas oublier que nos carrières sont courtes : 10 ans imposés à 75 %, il ne resterait pas grand-chose. Je ne demande pas qu’on me plaigne. Je gagne très bien ma vie. Mais si la fiscalité française se montrait moins dissuasive, les sportifs rappliqueraient, c’est certain. Maintenant, je sais bien que c’est une position indéfendable. 

 

La France vous manque ?

La famille me manque, oui. Et un port d’attache aussi. Je vis dans les avions.

 

André Agassi, le kid de Las Vegas, a raconté dans sa bio son errance dans l’enfer de la drogue. C’est couillu, non ?

Oui, sacrément. Et en même temps étrange. C’est beaucoup plus dur de se doper aujourd’hui, c’est très contrôlé.

 

Pas du tout ! Le tennis est même l’un des sports les moins contrôlés au monde, 26 fois moins que le cyclisme en 2011 pour vous donner un ordre d’idée. Nicolas Escude affirme que l’ATP cache les contrôles positifs.

Je ne le crois pas. Ils ont quand même contrôlé positifs deux ou trois mecs au cannabis. Mais jamais de vrais dopés.

 

Pourtant, Fabrice Santoro s’amuse de ces joueurs qui donnent l’impression d’avoir quatre poumons. Vous n’avez jamais douté d’un de vos adversaires ?

Je ne me pose pas ces questions-là.

 

Je n’en crois pas un mot. Vous vous êtes forcément déjà posé la question...

Peut-être, mais je n’ai aucune preuve. Tout joueur de tennis qui affronte un mec plus fort que lui peut se poser la question. Mais très sincèrement, je suis à 100 % sûr que Federer et Nadal ne se sont jamais dopés. Je connais très bien Nadal, tout comme je connais le talent de Federer. Les dix joueurs qui sont devant moi sont tous clean. Et je le dis sans langue de bois. Ce serait plus confortable de penser l’inverse, mais non.  

 

Vous pensez donc vraiment que le tennis est un sport aussi propre qu’un polo de Federer ?

Plus propre que le cyclisme, c’est sûr, et de loin.

 

Avez-vous un talisman, un objet qui ne vous quitte jamais ou une superstition ?

Je sers avec la même balle. Les ramasseurs le savent. Tout le monde se fout de moi d’ailleurs à ce sujet.

 

Que faut-il vous souhaiter ?

D’être heureux. Et de n’avoir aucun regret le jour de la sortie. De pouvoir me dire que j’ai vraiment tout donné.

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