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Cramponnez-vous...

Cramponnez-vous...

Par Julien Neuville , le 08 juin 2014

Sur les terrains, ils symbolisent le danger et flirtent souvent avec la ligne rouge, mais on les aime. On les adore même, nos crampons...

Peu probable que la mode et le luxe arrivent à transformer les crampons en pièces incontournables de la saison ? Ce serait mal connaître leur tableau de chasse : claquettes en fourrure pour 1 000 €, porte-clés tour de cou étiqueté à 200 €, pantalon de jogging entre 100 et 900 €, sac à dos en crocodile affichant la mention « prix sur demande », qui éveille toutes les envies sauf celle de connaître le prix. C’est alors un devoir : nous, sportifs/ves (ou, dans mon cas, ancien sportif), nous nous devons de témoigner aux crampons un amour inconditionnel. Sans ça, ils décideront de suivre leurs anciens coéquipiers (la brassière, les chaussures de running, le sweat à capuche) en cédant aux sirènes de la mode et du luxe, avec leurs promesses de retombées publicitaires. Non, le crampon ne rejoindra pas ces mercenaires qui ont préféré quitter le monde du sport pour se prélasser dans les rayons de l’avenue Montaigne. Il restera notre jouet à nous, le symbole éternel de l’effort musculaire, des corps suants qui se fatiguent, se rapprochent et, surtout, s’entrechoquent pour le plaisir de tous.

La marque du crampon. Le crampon est avant tout un instrument de musique capable de jouer tout seul une symphonie digne des plus grands travaux de Bach. Le craquement sec du tibia péroné de Djibril Cissé (joué par un défenseur chinois) se mêlerait au claquement des pointes de fer sur le carrelage des vestiaires. Fermez les yeux, imaginez ce doux orchestre. Ajoutons-y, pour l’harmonie générale, le râle des ballons ovales lorsque les crampons de Wilkinson les percutent violemment.

L’engagement, la passion et la colère, voilà ce que représente le crampon. Comment est-il possible que personne n’ait encore eu l’idée de créer un musée du crampon ? Dans le calme et le silence de ses salles, on découvrirait la paire qui, après avoir encaissé un coup de pied d’Alex Ferguson, s’est délicatement logée dans la tronche de David Beckham (Londres, 2003). On se souviendrait de la rage intense ressentie quand Zidane prend un rouge en 16e de la Coupe du monde 98 après se l’être gentiment essuyé sur la cuisse d’un Saoudien (Saint-Denis, 1998). Et puis, comme tout musée qui se respecte, il y aurait une salle des nouvelles acquisitions avec, au milieu, la paire d’adidas portée par David Meyler de Hull City lors de son agression il y a quelques semaines sur Januzaj, le milieu irlandais de Manchester United. La description dirait : « Le propriétaire de cette œuvre n’a reçu aucune sanction ». C’est beau, le foot anglais. Dans cette même salle, les conservateurs créeraient un dialogue entre deux autres paires : celle portée par Pepe quand il caressa de son pied le visage de Messi en janvier 2012, et celle du chevalier Busquets, vengeur de son coéquipier sur ce même Pepe, un an plus tard.

Le crampon, c’est aussi un élément de ponctuation, un point à la fin d’une phrase. Lors de ma – piètre – décennie d’ovalie passée au Sporting Club Graulhétois, les joueurs les plus importants marquaient la fin du match en enlevant leurs crampons, allant saluer famille et amis en chaussettes. Une pratique réservée aux titulaires, ceux qui avaient le droit d’être fatigués. Fin du labeur, mais aussi de la carrière. Ne dit-on pas d’ailleurs « raccrocher les crampons » ?

 

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