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L’envers du cadran
Ice Watch

L’envers du cadran

Par Paul Miquel , le 22 novembre 2014

Derrière la marque Ice Watch se cache un P.D.G. aux méthodes atypiques. Un homme qui n’a pas peur – par exemple – d’ouvrir les portes de ses usines en Chine...

Shenzhen, ville sous-provinciale du Guangdong, douze millions d’habitants. Nous voilà à deux heures de route de Hongkong, en Chine continentale. Des immeubles immenses à n’en plus finir, des avenues larges comme un jour sans fin et, pour couronner le tout, un ciel zébré de nuages gris. L’orage arrive. Dans l’un des faubourgs de cet ancien village de pêcheurs, une usine. Des briques, du ciment, du béton. Son nom : Coming Technologies Ltd. Sept-cent-cinquante personnes travaillent ici, uniformes fraîchement repassés et sourires de rigueur. Ces salariés – majoritairement des femmes – fabriquent des montres pour plusieurs marques européennes et américaines, dont Ice Watch. Ici, le salaire d’entrée s’élève à 160 € par mois tandis que les ingénieurs émargent à 600 € mensuels.

Jean-Pierre Lutgen, le fondateur et P.D.G. d’Ice Watch, ouvre la marche. Cet entrepreneur belge, anciennement spécialisé dans les produits promotionnels, a lancé sa marque en 2006. Son concept ? Des montres en plastique ou en silicone, abordables, tendance, en un mot fashion. Aujourd’hui, Ice Watch est un empire : plus de 2 millions de montres vendues l’an dernier (en 2012, année record, Ice Watch a passé la barre des 4 millions), un chiffre d’affaires d’environ 70 millions d’euros annuels, 8 000 points de vente dans le monde et des milliers de modèles contrefaits qui s’écoulent illégalement sur le marché, rançon inespérée d’un succès planétaire. Le design est réalisé dans les studios de Bastogne, en Belgique. On trouve des bureaux et un entrepôt de stockage à Hongkong. La production, elle, est délocalisée en Chine continentale. Classique. Steve Jobs connaissait la musique. Reste que Jean-Pierre Lutgen ne possède pas d’usine en Chine. Il a préféré s’associer à des fournisseurs locaux. Comme beaucoup d’autres maisons horlogères, ce Belge au franc-parler proverbial sous-traite. Comme ici, à Shenzhen.

Chez Coming Technologies Ltd, les chaînes de montage sont artisanales et les machines-outils importées des États-Unis ou d’Europe. On s’attendait à voir une version contemporaine de Germinal. C’est tout l’inverse, ou presque. Machines CNC (machines-outils à commandes numériques) performantes, atelier d’injection pour les moules en plastique, chaînes de montage et d’assemblage protégées par surpression d’air, département de contrôle d’étanchéité… On se croirait – en fermant les yeux très, très, très fort – en Suisse. Mais pourquoi diable avoir ouvert les portes de cette usine chinoise à la presse ? « Je voulais démystifier ce qui se fait en Chine » répond le facétieux Jean-Pierre Lutgen. « Et jouer sur la transparence. Ice Watch est encore une marque jeune, une pré-ado dans le monde de l’horlogerie. Depuis notre création, on a prédit mille fois notre mort. Nous sommes encore là. » Malgré deux-cents procédures administratives en cours et cinq procès dans le monde, Ice Watch a encore des couleurs. Mais son patron rêve que sa marque devienne enfin « adulte » pour qu’elle puisse « voler de ses propres ailes ». Traduction : Jean-Pierre Lutgen écouterait avec attention si un repreneur frappait à la porte ! Cet entrepreneur iconoclaste rêve désormais d’investir dans la presse belge ou de se lancer dans le micro-crédit.

 

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