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Mountain boat
747 Mirage de Frauscher

Mountain boat

Par Nicolas Dembreville , le 17 février 2015

Le 747 Mirage de Frauscher, speed boat racé, a moissonné les récompenses au dernier Salon Nautique de Paris, dont le prix Sport & Style du design. Plus que mérité. On vous explique pourquoi.

Construire des bateaux dans la région de Salzbourg peut paraître incongru. Et pourquoi pas des luges à Saint-Tropez ? L’Autriche, qui a donné naissance à des champions aussi illustres que Hermann Maier, est plutôt la patrie du ski. Et de la valse. Il existe pourtant une tradition de yachting dans cette partie des Alpes. Privés de débouchés maritimes, les Autrichiens se rattrapent sur leurs lacs et filent voguer hors de leurs frontières dès qu’ils le peuvent. La famille Frauscher est animée par cette passion de la navigation depuis trois générations. Et la quatrième semble bien partie pour perpétuer l’atavisme. L’un des fils des actuels dirigeants n’attend qu’un feu vert pour s’engager dans l’entreprise. Au tout début, en 1927, c’est l’arrière-grand-père qui se lance dans la construction navale. Il est suivi par le père. Ce dernier fut champion d’Europe de ski nautique et l’un des premiers à pratiquer le barefoot en Autriche. Pour autant, les bateaux Frauscher ne sont pas réservés aux marins d’eau douce, près de 60 % de la production croise en effet sur les mers et les océans salés.

Changement de cap
Jusque récemment, le chantier autrichien construisait des bateaux pour la balade. De très classiques et peu virulentes embarcations aux faux airs de Riva. Il proposait aussi des canots électriques aussi plan-plan que silencieux – pour contourner l’interdiction des moteurs thermiques – en été sur certains lacs. Aujourd’hui, les derniers modèles, beaucoup plus racés, n’ont plus rien de ces gentils jouets pour notables salzbourgeois. Le changement intervient en 1998, quand la troisième génération arrive aux commandes. Dès les débuts, les frères Frauscher, Michael à l’ingénierie et Stefan au commercial, entendent transformer leurs bateaux en icones du style. Ils font alors appel à Gerald Kiska, un talentueux designer autrichien adepte du « sharp design », courant stylistique prônant lignes acérées et angles tranchés. Sa mission ? Dépoussiérer les élégantes embarcations Frauscher un peu trop « tradi », à la manière de son travail pour les motos KTM. Et ça marche. Le dernier-né de la gamme, le 747 Mirage, a reçu un Nautic Design Awards 2014 des mains de Philippe Starck lors du dernier Salon Nautique de Paris, ainsi que le Prix Spécial Sport & Style.

Fulgurances et bidouillages
Étonnante moisson de récompenses pour un bateau qui, comme tous les modèles Frauscher, est imaginé un peu à l’instinct. « Nous n’avons jamais fait de recherches marketing. Nous créons les bateaux que nous aimons », se félicite Stefan Frauscher, le directeur du chantier naval. Le 747 Mirage est un day-boat de 7,50 mètres vendu entre 120 et 150 000 euros, qui arbore décrochés marqués et angles acérés. C’est un peu comme si les stylistes de Lamborghini s’étaient penchés sur sa silhouette. L’inspiration automobile est indéniable, avec notamment d’imposantes prises d’air à l’arrière – destinées à plaquer le bateau sur l’eau – ou un pare-brise en plexi aux allures de saute-vent qu’on croirait emprunté à un roadster anglais. À l’intérieur aussi, l’aménagement modulable rappelle le monde automobile. La belle embarcation, qui peut atteindre 100 km/h en pointe, ne renonce pas pour autant aux traditionnelles touches rétro – la signature maison. Ainsi, les compteurs ronds à aiguille cerclés de métal rappellent les bolides des années 70-80. Alors que l’étrave droite, gage de stabilité, le long capot ou le cockpit reculé semblent pour leur part inspirés des canots automobiles des années 20-30.

Fête électro à l’atelier
Stefan nous reçoit sur le chantier. Il a quitté les bords du mélancolique lac de Traunsee en 2012 pour se recentrer sur une zone industrielle moins pittoresque, à Ohlsdorf, à quelques kilomètres de là. « Je fais le plus beau métier du monde. Je n’en voudrais pas un autre. Je vends du plaisir », déclare-t-il. Le visage de ce quarantenaire à la silhouette sportive arbore l’indéfectible et large sourire de celui qui vit sa passion au quotidien. Et quand Stefan est contrarié, ça ne dure jamais bien longtemps. « Il y a quelques mois, je vendais un bateau à un client pénible », raconte-t-il, tout sourire. « Il voulait une réduction de 5 000 euros, il n’en démordait pas. J’avais entendu dire qu’il était musicien. Agacé, je lui dis : ok pour la réduction mais en échange, vous venez animer notre prochaine soirée », se remémore le boss. « En fait, il s’agissait du compositeur de musique électro Parov Stelar. Résultat, nos invités, ravis, ainsi que de nombreux fans, ont dansé toute la nuit dans notre atelier. »

Bateaux faits main
En forme de parallélépipède, le récent bâtiment de 3 000 m2 qui abrite la quarantaine d’employés dégage un beau volume utile. La partie construction occupe près des deux-tiers du hangar. Derrière une bâche, les bateaux achevés, le dernier tiers. Un mini-bassin est installé pour les présenter à flot et éventuellement démarrer leur moteur. Nous sommes au pays du hand-made. Peu de machines, pas de robots, seulement des artisans qui s’affairent pour fabriquer la centaine de canots annuelle, un peu comme chez Morgan, constructeur anglais de voitures sportives. Tout débute avec les croquis de Gerald Kiska, l’actuel designer, qui sont ensuite informatisés. Un prototype est établi dans un bois très dur. Puis un moule en fibre de verre vient le recouvrir en négatif. Du polyester est injecté entre ces deux éléments. Une coque prend vie. Après d’innombrables phases de ponçage et de peinture, l’élément obtenu est uni aux ponts et à l’éventuelle cabine, fabriqués indépendamment. La poussière vole dans l’air et recouvre les habits comme des pellicules s’agrippant à une veste noire. Il fait bon dans le local pourtant gigantesque. « Nous devons maintenir une température élevée pour que les colles sèchent », explique Stefan Frauscher. Du coup, les ouvriers travaillent souvent en T-shirt, alors que dehors la neige recouvre les montagnes.

Au fond de l’atelier, entre un 1017 GT et un 858 Fantom presque finis, sommeille le prototype d’un futur vaisseau amiral. Un speed-boat de 14 mètres, le plus grand jamais réalisé par Frauscher. « J’espère qu’il sera prêt pour le Yachting Festival de Cannes en septembre prochain. Il reste du travail », admet le boss. Pas encore achevé certes, mais déjà vendu à un Italien. Actuellement, le chantier surfe sur le succès, ce qui n’empêche pas les frères Frauscher de penser à l’avenir. « Gerald Kiska, qui a dessiné nos cinq derniers bateaux, a permis de moderniser notre style. Pourtant, il est temps de nous renouveler. Il nous faut trouver un autre designer » confirme Stefan Frauscher. Philippe Starck, envisagé un moment, est bien trop cher pour le chantier naval familial. Si ça vous tente, vous pouvez envoyer votre candidature à la rédaction de Sport & Style. On fera suivre.

 

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