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Voitures volantes

Voitures volantes

Par Claire Mabrut , le 03 mars 2015

Un châssis, quatre roues et un volant. Depuis son invention, la voiture n’est ni plus ni moins que cela. Dans sa série Air Drive, exposée jusqu'en avril 2015 à la M.A.D Gallery à Genève, le photographe Renaud Marion imagine des voitures volantes.

Des hybrides de voiture et de soucoupe volante, des taxis sur coussins d’air conçus pour ne jamais toucher un sol asphyxié de pollution : le cinéma et la science-fiction donnent souvent leur avis sur l’avenir de l’automobile. Pas forcément réaliste. Plus proches de nous, d’autres modèles – la fameuse Google Car entre autres – misent avant tout sur une technologie embarquée destinée à nous conduire à bon port sans qu’on ait à se préoccuper de tenir le cap. Toyota, Volvo, Nissan, Audi... les projets de voitures autonomes sont légion et devraient même entamer leurs premiers tours de roues à l’horizon 2020. En attendant, les véhicules présentés jusqu’à aujourd’hui, aux courbes peu changeantes, ont encore besoin de nos bras et de notre concentration.

La révolution du style a pourtant eu lieu. Et pas qu’une fois. Comme dans la mode, le mobilier ou l’architecture, les codes sont bousculés, les lignes cassées. Régulièrement, des ovnis roulants surgissent, appelés à devenir soit des classiques, soit des études de style mais, chaque fois, marquent leur temps et deviennent des sources d’inspiration. On pense à la fameuse ligne fuseau de la 402 de Peugeot, lancée en 1935 en réponse à la traction avant de Citroën et dont la calandre, fluide et enroulée, rompait brutalement avec l’esprit « tacot » des cadres verticaux greffés de phares. Ou la Mercedes 300 SL, dont les ailes papillon se remirent à battre sur la SLS de la maison en 2010. Ou encore, depuis sa naissance en 1963, l’incroyable évolution en sept étapes de la Porsche 911.
« En 1948, notre XK120 a été une révolution » rappelle Ian Callum, patron du design de Jaguar depuis quinze ans et auteur, dans une vie professionnelle précédente, d’autres monuments tels les DB7, Vanquish et DB9 (finalisée par Henry Fisker) d’Aston Martin. « Totalement originales, ses lignes épurées lui donnaient en prime un air very romantic. J’ai une petite préférence pour la
version cabriolet, un peu hollywoodienne, mais franchement, lorsque vous roulez avec elle dans Paris, surtout avec une jolie fille à vos côtés, vous êtes tout simplement le roi du monde. »

Porsche, Jaguar, Mercedes. Le design « rupturiste » ne s’applique toutefois pas seulement aux pièces d’exception. Tout comme les Fiat 500 et Mini en leur temps, le cas Smart apparaît comme un coup de maître censé répondre aux préoccupations sociétales de l’époque : fun, style, efficacité et praticité en ville. Trois générations plus tard (la V3 a été lancée officiellement le 22 novembre 2014), la Smart reste un symbole de la mobilité urbaine 2.0. Toujours mini (son encombrement plafonne à 2,69 m de long), hyper agile, elle a même fédéré une communauté autour d’elle dont les membres peuvent trouver des places de parking qui leur sont réservées. Sa cousine, la ForFour, n’avait jusqu’à présent pas eu le même succès. Également relancée cette année, la ForFour veut, elle, résoudre une autre équation : offrir plus de place – caser deux enfants qu’il faut déposer au foot, au judo, à l’école – sans être aussi encombrante qu’un SUV ou un monospace. « De par son style, sa ligne et sa taille, elle combine une nouvelle attitude envers la fonctionnalité et la philosophie traditionnelles de Smart » affirme le Dr Annette Winkler, CEO de la marque.

L’éternel compromis
Expérimentations créatives, exigences de vies familiale et professionnelle toujours en mouvement, coût de la vie... Les constructeurs et leurs têtes chercheuses sont contraints par un cahier des charges exigeant et sans cesse changeant. « Le design automobile actuel doit désormais tenir compte des données qui évoluent en permanence : la sécurité et la législation » reprend Ian Callum. « À l’exception des exercices de style que sont les concept cars, il n’est plus vraiment possible de faire tout ce qu’un designer a imaginé ou tout ce dont on rêve. Avec les nouvelles normes et les exigences de sécurité actuelles, il serait impossible de donner vie à une Type E aujourd’hui, même si notre récente F Type y a puisé son allure. Le design est une éternelle question de compromis. Il faut prendre en compte les directives des marques, les besoins et les désirs des consommateurs, les normes et, bien sûr, les contraintes économiques. Créer à partir de ce mix est chaque fois un challenge génial à relever » insiste-t-il. « Même s’il y a autant de tendances que de constructeurs automobiles, les lignes s’uniformisent pour coller aux exigences de sécurité et d’optimisation de l’aérodynamique, induite par des questions environnementales. Du coup, ce qui pourrait nous pousser tous vers une voie unique nous motive finalement à travailler la philosophie de notre marque et à enrichir son ADN afin de nous différencier et de ne surtout pas ressembler aux autres » affirme de son côté Gilles Vidal, directeur du style de Peugeot.

Chez Peugeot, la touche personnelle passe par la calandre. On se souvient notamment de celle, imposante, inspirée des rallyes dans les années 1990-2000 et destinée à assouvir le fantasme du sport auto alors ancré dans les esprits. « Notre époque, en revanche, est plus axée sur l’efficacité et la technicité, l’environnement. Cette tendance sociétale de fond influence logiquement le design en général » constate encore le directeur du style de la marque au lion. Voilà que, du coup, sur les Peugeot 208 et 308, se dessinent des grilles de calandres plus petites, dont chaque barrette est censée raconter cette nouvelle efficience. Au-delà de l’illustration d’un contexte technique, l’auto doit aussi refléter l’innovation tout en continuant d’écrire l’histoire. Ainsi, la 308 a d’emblée décoché un regard full LED, une première dans la fabrication de série moyenne gamme. « Regarder une Peugeot dans les yeux comme si l’on avait devant soi un rayon vivant » résume Gilles Vidal. « Un parti pris qui permet de reconnaître instantanément une gamme sans tomber dans l’ennui. »

Alors que les goûts varient en moyenne tous les trois ans, certains refusent pourtant le changement extrême. « Notre but n’est pas de faire la révolution » assume-t-on chez Audi. « Depuis toujours, notre ligne éditoriale se traduit par une évolution de nos lignes, historiquement inspirées du Bauhaus. C’est une vraie volonté, mais aussi un vrai risque de devoir essuyer la critique selon laquelle on n’a rien changé. » Audacieusement à contre-courant, la stratégie semble toutefois payer : Audi fait le choix d’une certaine intemporalité, et esquive ainsi le risque de lasser tout en se permettant de ne jamais tomber dans la catégorie out of fashion. Une récente étude(1) sur le coût d’usage des voitures classe même Audi à la première place de la catégorie « valeur à la revente ».

Upcycler pour créer
La notion économique, le coût d’une auto au quotidien – le prix du carburant entre autres – sous-tendent une dernière problématique : l’environnement. Logique, explique-t-on au bureau de style de Smart. « Le nouveau langage du design se veut toujours plus proche de la nature. Il est aussi plus humain avec des lignes musculeuses qui rappellent celles d’une épaule, d’une carrure et même, parfois, un véritable visage. Au-delà du look, c’est un véritable état d’esprit qui se dessine à travers ce style et qui ne va cesser de grandir dans les prochaines années : un mode de vie responsable et durable. »

Chez Peugeot, cela se traduit par l’emploi de nouveaux matériaux, éprouvés sur les concept cars Exalt et Onyx avec l’étonnant newspaper wood (un upcycling de journaux usagés, puis pressés pour être sculptés), ou bois de journaux en français. « L’expérimentation au travers des concept cars permet plus de liberté, d’avoir le retour du public et la mise en parallèle de l’exploration réalisée pour les voitures de série » explique Gilles Vidal. « Avec Exalt par exemple, nous voulions marier des matériaux alternatifs et bruts pour une production plus simple et explorer un recyclage plus rapide. De même, nous avons travaillé sur un approvisionnement local des matières. Ainsi, pour le newspaper wood, il est possible d’utiliser les journaux de chaque pays et, ainsi, de personnaliser les véhicules sans perdre de vue le design ni la préoccupation de l’environnement et du recyclage. Chacun de nous veut, de plus en plus, faire sien un objet quel qu’il soit. Et le phénomène va s’amplifier avec l’impression 3D. Pourquoi ne pas imaginer d’imprimer certaines pièces et de les emmener avec soi en même temps qu’on change de voiture ? »

Des lignes branchées sur 220 volts
En attendant les voitures sans chauffeur sur nos routes ou dans les airs, le futur du design automobile passerait en effet forcément par la révolution de l’électrique. Le succès naissant du championnat de Formule E, dont le premier Grand Prix a eu lieu à Pékin en septembre avec une jeune garde de pilotes aux patronymes célèbres (Nicolas Prost, Bruno Senna, Nelson Piquet Junior...), semble annoncer la couleur. Et ce n’est pas l’iconoclaste et un brin excentrique Coqueline Courrèges qui dira le contraire. Dès les années 60, la femme du couturier se prend de passion pour l’automobile et rêve déjà de véhicules muets et rechargeables. Sa première maquette, baptisée « La Bulle », voit le jour en 1969 (on la retrouve aussi sur grand écran, dans le pittoresque film de Michel Audiard Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause !, pilotée par une Mireille Darc plus bath que jamais). En 2000 et 2010, Coqueline renchérit avec deux nouveaux prototypes, Zooop et Pixi, aux rondeurs et transparences exquises. « Si le monde automobile vit pour l’instant au rythme d’une très forte influence baroque, il est clair qu’une nouvelle esthétique viendra par le biais des questions environnementales » prédit Ian Callum, designer il y a quatre ans de la Jaguar CX75, prototype hybride rechargeable doté de quatre moteurs électriques et deux micro-turbines, aux lignes aérodynamiques félines. « Une nouvelle esthétique, sans doute révolutionnaire, naîtra des autres formes d’énergie, l’hydrogène ou, bien sûr, la fée Électricité. » Même Thomas Edison serait bluffé.

 

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