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Sur les terres de Land Rover

Sur les terres de Land Rover

Par Claire Mabrut , le 01 décembre 2015

Le modèle culte de Land Rover s’arrêtera à la fin de l’année. L’occasion de retourner sur sa terre natale, l’île d’Islay en Écosse, et de comprendre comment il est devenu cette auto mythique.

Il est recalé. Pas dépassé, loin de là, mais il ne rentre plus dans les normes sécuritaires et environnementales. Difficile, dès lors, de le modifier sans lui faire perdre son âme. Ce n’est donc pas de gaieté de cœur que Land Rover arrête son modèle fétiche, le Series rebaptisé Defender en 1990, alors que son deux millionième exemplaire sort des chaînes de production. D’autant que ce costaud aux lignes reconnaissables entre mille est un mythe à part dans l’univers automobile. Initialement imaginé par les frères Maurice et Spencer Wilks (alors respectivement ingénieur en chef et directeur général de la marque Rover) comme un tracteur polyvalent et tout-terrain, le 4x4 est devenu tout à la fois le symbole des gentlemen farmers, de l’armée britannique, de l’aristocratie anglaise en week-end sur ses terres verdoyantes, du baroudeur et du quadra stylé. « L’amour pour cette voiture ne s’explique pas vraiment », assure un fan. « D’un côté, il s’en dégage une certaine classe, le goût pour un certain art de vivre. De l’autre, il reste le véhicule favori des agriculteurs. D’ailleurs, regardez, les moutons ne sont pas effrayés : au contraire, ils s’approchent car ils doivent penser que c’est leur berger qui arrive. »

Le « Land », comme disent ses aficionados, c’est aussi une histoire de famille. « S’il est né pour des raisons utilitaires, il est devenu un véhicule familial de loisir dans les années 60. On l’utilisait aux champs comme pour déposer les enfants à l’école. La famille royale a souvent été vue à bord » explique Roger « Mr Land Rover » Crathorne, ex-ingénieur de la maison et désormais gardien du temple. Lors du lancement d’une Jaguar qu’elle avait restylisée, la créatrice Stella McCartney confiait qu’elle avait appris à conduire avec son père Paul dans cet engin sur les routes chaotiques du domaine familial. Et qu’elle conservait, du coup, une vraie tendresse pour lui. Quant à son confrère et compatriote Sir Paul Smith, en plus d’avoir un Defender entièrement réalisé sur mesure et à ses couleurs, il ne conçoit pas de rouler autrement qu’à bord d’une telle machine dès qu’il sort de Londres. Il en conserve d’ailleurs un exemplaire dans sa propriété italienne.

FIERTÉ NATIONALE
Sur Islay aussi, les histoires familiales avec le 4x4 mythique sont légion. À commencer par celles des Wilks. « J’avais onze ans quand mon père Spencer m’a appris à conduire ici, dans la ferme familiale, au volant d’un Series 1 », se souvient Nick Wilks. « Mais à l’époque, la voiture nécessitait encore quelques aménagements. Par exemple, je me prenais toujours la portière dans le bras quand elle claquait dans les virages. Une fois, elle s’est ouverte et je suis tombé de l’auto. Je crois que c’est à cause de cela que mon oncle Maurice a revu le système de fermeture. J’ai aussi longtemps conservé son Series 2, puis je l’ai offert à Land Rover. » Remis en état car attaqué par les embruns et la météo, le 4x4 frôlant le label trésor national tourne encore comme une horloge. « Il semble que 60 % des Land Rover vendus depuis leur fabrication en 1948 soient toujours en circulation » s’enorgueillit Roger Crathorne.


Réunies sur Islay, les six générations du 4x4 – les Series I, II et III et les Defender qui ont suivi – ont, osons l’expression, de la gueule et ne passent pas inaperçues, photographiées sous toutes les coutures, hélées d’un coup de klaxon par leurs cousines résidant sur l’île. La version immortalisée dans Daktari, les modèles rallongés Station Wagon, les éditions spéciales Heritage, Autobiography et Adventure pour fêter la fin du mythe, tous tiennent leur réputation de franchisseur tout-terrain. Mieux, un modèle inédit, créé en 1987 à l’occasion d’une régate et jamais produit, se jette à l’eau. Ressorti pour l’émission culte anglaise Top Gear – qui nous a gracieusement invités à sa virée exclusive –, ce 4x4 amphibie joue crânement les monstres du loch Ness. « C’est cela aussi, la magie Land Rover », explique le journaliste Daniel Read. « On peut tout faire avec cette auto, même les trucs les plus dingues comme rouler sur l’eau ! » Sur la rive, les enfants n’en perdent pas une miette, piqués eux aussi à la fierté locale. Et encore moins les petits-enfants de Nick Wilks. Outre l’essence, c’est le whisky qui coule dans leurs veines au point d’avoir ouvert sur l’île leur propre distillerie et, bien sûr, de produire cette année un millésime brandé Land Rover. « Nous avons grandi dans la légende, à nous de la perpétuer d’une autre manière » concluent Peter et James Wilks. Après tout, pourquoi pas, nous sommes en terre d’Écosse, fief des immortels Highlanders. Et au vu des yeux brillants de ses amoureux et des carnets de commandes qui affichent déjà sold out pour les séries limitées, le 4x4 semble bien voué à l’éternité.

 

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