People David Beckham s’offre Miami
Illustrations Yué Wu pour Sport & Style Par Julien Neuville, le 24 juin 2014

David Beckham s’offre Miami

Ce sera le club le plus hype de la planète, présidé par le retraité le plus glam du foot. Il s’appellera le Miami Beckham United. Attention, ça va buzzer !

L’annonce

Quel bordel ! Téléphone qui sonne dans la cuisine toutes les cinq minutes, iPhone croulant sous les SMS, boîte mail débordant de messages. Michelle Kaufman n’a jamais été autant sollicitée. En quelques heures, la journaliste du Miami Herald a reçu des dizaines d’appels de proches, de collègues, de connaissances lointaines. Tous veulent savoir si elle aurait, par hasard, si ça ne la dérangeait pas bien entendu, une place en plus pour l’événement du soir.

– Toi, tu veux venir ce soir ? Mais tu n’as jamais regardé un seul match de football dans ta vie !

– Ça m’intéresse !

– Cite-moi cinq joueurs.

– ...

– C’est bien ce que je pensais...

De toute façon, Michelle n’est pas à Miami. Elle est à Sotchi, occupée à couvrir les JO d’Hiver pour son quotidien. Sa fille et son mari ont hérité des deux sésames. Ils iront tous les deux à cette fameuse soirée en l’honneur de David Beckham, dont tout Miami semble être devenu fou. Un événement exclusif, sur invitation seulement. Avec présence annoncée du footballeur le plus célèbre du monde. Pour les branchés de Miami, ne pas être sur la liste est une humiliation fatale.

Quelques heures plus tard. Beckham est arrivé depuis près de 45 minutes mais n’a pas avancé de plus de vingt centimètres. Une photo à droite, une main serrée à gauche, un selfie au milieu. L’Anglais reste debout toute la soirée, séduisant l’assistance avec sa mèche parfaite et son sourire étincelant. À le voir là, au milieu de cette cohue, on ne peut pas s’empêcher de ressentir un brin de pitié pour lui. Aux États-Unis, sa célébrité est fascinante et légèrement terrifiante. Avec leur tendance à la profusion d’affection et le sentiment que n’importe quel être humain voudrait être leur ami, les Américains sont de loin les fans les plus puérils. Mais bon, David Beckham semble apprécier.

Cette réception fait office de prélude à l’annonce importante du lendemain. En fin de matinée, le beau David annonce qu’il vient d’exercer son option lui permettant d’acheter une équipe de soccer professionnelle américaine, choisissant de l’installer à Miami. Que la star mondiale du foot glamour ait choisi Miami est un vrai miracle pour les habitants.

– Quand je l’ai interviewé, il a été très agréable, authentique, réaliste. Il n’a jamais regardé sa montre une seule fois, vous vous rendez compte ? lâche une jeune journaliste encore sous le choc.
 

Le rêve américain

Une chose est sûre. Beckham déchaîne les passions. Cette aura, cette célébrité, la ligue américaine de football (Major League Soccer, MLS) a décidé d’en profiter dès 2007. Créée en 1993 dans le cadre d’un accord avec la Fifa qui s’engageait à donner la Coupe du monde 94 aux États-Unis si le pays se dotait d’une ligue professionnelle, les débuts de la ligue sont laborieux : pertes d’argent, difficultés à attirer des joueurs de talent, stades à moitié vides. Jusqu’au 11 janvier 2007, jour où David Beckham signe avec le Los Angeles Galaxy, l’Amérique rimait avec baseball, basketball et football américain. Rien d’autre.

Puis, au cours de ses cinq saisons californiennes, Beckham porte le football sur le devant de la scène américaine. Efficacité prouvée il y a quelques mois lorsque, à la surprise générale, la chaîne de sport ESPN révèle dans son sondage annuel que le football est devenu la deuxième discipline sportive favorite des Américains âgés de 12 à 24 ans. Derrière le foot US of course, mais devant le basketball, le baseball et le hockey. Impensable il y a dix ans.

Si le futur semble donc prometteur pour la ligue, le présent n’est pas mal non plus. La MLS affiche une affluence moyenne de 18 000 spectateurs. C’est seulement 1 270 de moins que celle de la Ligue 1 française. L’équipe de Seattle – qui n’a que cinq ans d’existence – enregistre une moyenne surréaliste de 38 650 spectateurs par match, soit davantage que celle de l’Olympique de Marseille cette saison (38 129). Si Seattle jouait en France, elle aurait la troisième meilleure affluence derrière le PSG (45 420) et Lille (38 662).

Pour faire venir le « Spice Boy » à Los Angeles, il fallait mettre les moyens. En plus des 6,5 millions de dollars annuels, Beckham se voit offrir un pourcentage des bénéfices réalisés par le club. Au bout de ses cinq ans de contrat, cette clause lui a rapporté plus de 50 millions de dollars.

Pour le commun des mortels, les choses s’arrêteraient là. Jusqu’à ce que la ligue annonce il y a quelques mois qu’il existait une autre clause, confidentielle. Avant même d’avoir mis les pieds sur un terrain américain, Beckham et son manager avaient négocié dans le contrat l’option d’acheter une équipe professionnelle pour 25 millions de dollars. Un prix au rabais par rapport aux 100 millions de dollars demandés actuellement. Comme les ligues professionnelles de football américain ou de basket, la MLS fonctionne comme un système de divisions professionnelles fermées que les équipes ne quittent jamais, même en cas de mauvais résultats. Il est possible de créer une équipe moyennant l’achat d’une franchise.
 

Gagner est indispensable pour faire l’unanimité à Miami. 

It’s Miami baby !

Mai 2013, quelques jours après son dernier match sous les couleurs du PSG, David Beckham s’envole pour Miami. Arrivé en Floride, il assiste au match de play-off du Miami Heat, courtside (au bord du terrain, les places les plus chères de la salle), aux côtés du milliardaire bolivien Marcelo Claure. Les deux hommes viennent de faire connaissance. C’est Simon Fuller, manager et associé de Beckham, qui a suggéré cette rencontre.

Fuller connaît Beckham depuis des années, ils se sont rencontrés alors qu’il était manager des Spice Girls, le girls band de Victoria. Maintenant, il gère les intérêts du couple Beckham mais aussi du cycliste britannique Bradley Wiggins, du pilote de F1 Lewis Hamilton, du tennisman écossais Andy Murray et de la chanteuse pop Carrie Underwood. Fuller est aussi le créateur, propriétaire et producteur de la franchise American Idol, déclinée dans une cinquantaine de pays dont la France sous le nom de La Nouvelle Star.

Un jour, alors qu’il est chez Jennifer Lopez, l’une des membres du jury de son émission, Simon Fuller rencontre Marcelo Claure. Les deux hommes discutent, s’apprécient et en viennent très vite à parler ballon rond. Claure s’étend sur sa passion pour ce sport, lui raconte comment il a racheté son club de cœur, Bolivar, après avoir fait fortune dans les télécommunications. Fuller, businessman dans l’âme, y voit immédiatement une opportunité et évoque l’option qu’il a négociée pour David Beckham il y a quelques années. S’associer avec un homme qui pèse plusieurs milliards ne serait pas une mauvaise idée pense alors Fuller. En effet.

– Vous devriez rencontrer David, je suis sûr que de très belles choses en sortiraient, lâche-t-il au Bolivien.

Voilà comment Beckham s’est retrouvé à un match de basket, puis au restaurant Zuma avec Claure. Le séjour en Floride a des allures de vacances pour le mari de Victoria. Tout se joue pourtant en ce moment : le futur de Beckham, ceux de Marcelo Claure et du club de foot de Miami. Si les deux s’entendent, c’est gagné.

Claure n’est pas né de la dernière pluie. Il discerne très nettement l’opportunité qui se présente à lui. S’associer à Beckham est peut-être le meilleur moyen de créer une équipe de soccer aux États-Unis. Avec l’Anglais, il récupère : un prix de franchise réduit, le quotient célébrité, ses relations et une cargaison de sponsors. Une jolie prise. Surtout que l’ambition de Claure est de créer la meilleure équipe du pays.

Évidemment, le courant passe. Le choix est fait : Beckham, Claure et Fuller seront les trois investisseurs et propriétaires du club.

D’autres noms de potentiels investisseurs circulent, dont celui de LeBron James, star du Miami Heat. James est un ami de Beckham, fan de foot et investisseur dans le club de Liverpool. Il y a quelques mois, il déclarait publiquement être intéressé, puis annonçait qu’il n’y avait aucune discussion en cours. En fait, si. Mais LeBron ne pouvait pas se permettre de montrer un attachement trop vif à la ville de Miami. Son contrat est en pleine renégociation et revu à la hausse.

Un autre nom est mentionné à plusieurs reprises, autant à Miami qu’à Paris. Celui de Nasser Al-Khelaïfi, président de QSI (Qatar Sports Investments) et propriétaire du Paris Saint-Germain. Au Parisien, QSI a récemment confirmé l’intérêt de Becks : « Effectivement, David Beckham nous a sollicités. Aujourd’hui, aucune décision n’a été prise ». Du côté de Miami Beckham United (MBU), on ne dément pas.

Ces nombreux intérêts ne sont pas dénués de sens. Le marché est séduisant. Outre-Atlantique, la ville était en tête des audiences TV pour les trois dernières Coupe du monde de football. En réalité, en Floride, davantage de personnes regardent la Coupe du monde que les finales de baseball ou de NBA. Le consommateur est là, sans aucun doute.

– Nous générerons plus d’argent que n’importe quelle autre équipe de MLS ne peut imaginer, confie un très optimiste Simon Fuller.

Cet enthousiasme, beaucoup l’ont partagé avant de le perdre. Si ce marché est si avantageux, pourquoi n’y a-t-il pas déjà une équipe ?
 

Terrain miné

Assis à la table du restaurant Graziano Market, Fernando Fiore arrête de pianoter sur son iPad pour me saluer. Fiore, homme aux épaules larges, à la moustache autoritaire et aux cheveux coiffés en arrière, est arrivé aux États-Unis en 1980. Enfant, il habitait aux abords du Monumental, le stade de Riverplate, en Argentine. Pour lui, devenir passionné de football était inévitable. En 1988, il entre chez Univision, l’une des chaînes de télévision hispanique les plus regardées en Amérique du Sud et aux États-Unis. Devenu une icône du petit écran, il présente désormais toutes les semaines Republica Deportiva, une émission de deux heures consacrée au sport. Et pilote les retransmissions des matchs de Coupe du monde. Celle du Brésil sera sa dernière, les futurs droits TV ayant été rachetés par le concurrent Telemundo.

– Je regardais la télévision hier, et j’ai vu que Joe Carollo, le gérant municipal de la ville de Doral, venait de se faire virer. Vous saviez que c’était lui qui était maire de la ville quand l’équipe du Miami Fusion a été créée en 1997 ? lance-t-il,  impatient de parler d’un sujet qui lui tient à cœur.

– C’est avec lui que le propriétaire de l’équipe était en conflit à propos d’un stade, c’est ça ?

– Oui, ils n’ont pas pu s’entendre sur un lieu. Le Fusion devait jouer à l’Orange Bowl, un stade iconique de la ville, mais la mairie n’a pas voulu. Alors le propriétaire a décidé d’aller jouer dans un stade de lycée à Fort Lauderdale, qu’il a rénové et agrandi. Il a déclaré en avoir eu assez des politiciens de la ville. Du coup, l’équipe jouait à Fort Lauderdale mais s’appelait Miami Fusion.

– Et ça n’a pas duré très longtemps...

– Non. Au départ, l’équipe était désastreuse, mais rapidement ils sont devenus incroyables ! À partir de 1999, ils avaient une très bonne affluence d’environ 12 000 personnes en moyenne. En 2001, ils finissent premiers de la saison régulière, et perdent en demi-finale des play-offs contre San Jose. Malgré ça, à la fin de la saison, la MLS décide d’éliminer deux équipes pour stopper la perte d’argent qu’elle subit.

– Et Miami est l’un des deux clubs à être dissout. Pourquoi ?

– Le Fusion payait un faible loyer pour le stade, avait de plus en plus de spectateurs et ne dépensait pas beaucoup d’argent. Mais, apparemment, c’était un problème pour la MLS. Selon eux, l’équipe n’avait pas assez de ressources financières et était la franchise qui gagnait le moins d’argent. Le club a donc disparu. Comme ça, rayé de la carte.

Depuis, Fernando Fiore n’a cessé de travailler avec la MLS dans l’espoir de créer une nouvelle franchise à Miami. Il était de la discussion lorsqu’en 2008 le FC Barcelone a décidé de s’associer à Marcelo Claure (oui, le même !) pour créer un club dans sa ville. À cette époque, la MLS commençait tout juste à s’étendre, les prix des franchises étaient encore bas – entre 10 et 20 millions de dollars. Avoir une équipe aux États-Unis devait permettre au FC Barcelone d’y envoyer des jeunes joueurs en manque d’expérience, mais aussi d’avoir une sorte de tour de contrôle orientée vers l’Amérique du Sud. Sans compter la possibilité de revendre l’équipe au bout d’un certain temps, en réalisant une superbe plus-value potentielle. Mais la crise est arrivée. Barcelone a fait marche arrière et Marcelo Claure n’a pas eu le cran d’y aller tout seul. Plus tard, il me confiera que la difficulté avec Barcelone était surtout l’absence de véritable propriétaire (la gouvernance du club catalan est collective) et donc de décisionnaire.

J’ai une autre question, plus simple, à poser à Fernando Fiore.

– Si ça n’a pas marché avec le Fusion, pourquoi ça marcherait cette fois-ci ?

– Parce que ça n’a rien à voir ! Avec ce nouveau package on récupère la plus grande star du football et des investisseurs aux moyens financiers très importants. C’est ce qu’il faut pour séduire cette ville. Beaucoup de gens mettent en avant la communauté sud-américaine qui habite en Floride et qui est passionnée de football. Mais il faut faire attention, c’est à double tranchant. Oui, cette communauté adore le football, mais elle est aussi très exigeante. Les gars ne se pointeront pas aux matchs s’il y a onze inconnus dans l’équipe.
 

Gagner, gagner et encore gagner

Michelle Kaufman est née et a étudié à Miami, mais elle a été journaliste pendant longtemps à Detroit, dans le nord du pays. Elle a le recul nécessaire pour analyser le marché sportif local.

– Dans une grande partie du pays, les villes sont habitées par des gens qui y sont depuis leur naissance. Ils ont grandi en soutenant les équipes locales. Si vous habitiez à Detroit, Atlanta ou Seattle, vous ne penseriez jamais à supporter une autre équipe. À Miami c’est différent, les gens viennent du monde entier, c’est un melting-pot. Leur cœur est resté dans le pays ou la ville de leurs origines. C’est un problème auquel on fait face au Miami Herald. Souvent les gens sont plus intéressés par la situation politique au Venezuela que par les finances de l’école maternelle où sont scolarisés leurs enfants. Miami est une ville de passage.

Recruter des stars internationales. Pour gagner. C’est la recette – simple dans sa formulation, complexe dans son application – que Beckham est obligé d’adopter à Miami. Pour ça, il lui faudra très certainement modifier la règle du plafond salarial imposée par la ligue. Jusqu’à maintenant, chaque équipe doit avoir une masse salariale en dessous de 3,1 millions de dollars annuels. À titre de comparaison, celle du PSG s’élève à environ 240 millions d’euros (332 M$). La MLS le sait.

– Comment faire, du coup, pour attirer des grands joueurs en MLS ? Je pose la question à Dan Courtemanche, vice-président de la ligue en charge de la communication.

– La compensation est un argument important, répond-il.

En dehors de cette masse salariale, les équipes ont en effet le droit depuis 2007 d’avoir trois « joueurs désignés », dont les salaires ne sont pas comptés dans le calcul. Cette règle a été mise en place pour rendre possible l’arrivée de Beckham en 2007. Une modification qui n’est pas suffisante. L’argent peut appâter de nombreux joueurs, mais peu d’entre eux feront le grand saut s’ils ne sont épaulés que par deux autres joueurs de talent. Un trio ne fait pas une équipe, jamais.

– Pour le moment, il n’y a pas de discussions en cours sur ce sujet, annonce Dan Courtemanche, mais grâce à notre système, les propriétaires peuvent se réunir et voter une modification des règles.

Avec des grands joueurs, habituellement on gagne. Et gagner est indispensable pour faire l’unanimité à Miami, une ville qui n’a d’égard que pour les winners. Pour l’instant, seul le Miami Heat (NBA) y est réellement arrivé. Comment ? En signant les plus grandes stars (LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh) et en gagnant deux titres consécutifs. Les trois autres équipes locales, Marlins (baseball), Dolphins (football américain) et Panthers (hockey), laissent à désirer en termes de performances. Et occupent péniblement le dernier tiers du classement de leur ligue en affluence moyenne.

Personne, dans l’équipe rapprochée de Beckham, ne veut laisser filtrer de noms. Claure assure que David et lui sont en contact direct avec les « plus grands joueurs de football ». Certains noms circulent (Falcao, Christiano Ronaldo, Zlatan Ibrahimovic), mais aucun moyen de connaître ce qu’il en est vraiment.


Stade

Capital célébrité, investisseurs aux ressources infinies, ambitions démesurées, il ne manque plus qu’un toit sous lequel réunir tout ce petit monde.

– Tant que nous n’avons pas de stade, nous ne voulons pas trop en dire, annonce Claure.

Il y a une dizaine d’années, toutes les équipes de MLS jouaient dans des stades de football américain ou de baseball, aucune n’avait sa propre arène. En 1998, la ligue a finalement décidé que c’en était assez et a fait comprendre aux franchises voulant intégrer la division professionnelle qu’avoir son propre stade (ou au moins, un projet de construction validé) était devenu nécessaire. Depuis, douze arènes ont été bâties et deux autres sont en construction, à San Jose et Orlando.

Du coup, pas d’équipe « officielle » pour Miami sans permis de construction validé par les pouvoirs publics. L’objectif de MBU est de construire un stade de 25 000 places, extensible à 35 000 pour les grands jours. Se placer sur le front de mer et face aux gratte-ciels du centre-ville est une priorité. Pas question de se planquer en banlieue, entouré de parkings vides 345 jours par an.

Mais Miami est en plein développement, pas loin d’être à court de terrains constructibles. S’ensuit alors pour chaque mètre carré, une intense bataille.

Le site privilégié par Beckham et ses équipes est sur Dodge Island, l’île qui abrite le port de Miami. Un site contesté par Royal Carribean, deuxième compagnie de croisière du monde. L’entreprise met en avant de possibles interjections avec les activités du port : circulation de masse, places de parking introuvables, etc. Et donc, un manque à gagner pour celui-ci. En fait, elle protège des intérêts personnels. Sur cette île, les bateaux de trois compagnies se côtoient, mais seul Royal Carribean a ses bureaux – avec crèche et salles de gym pour les employés – sur place. Les deux autres sociétés (Norwegian et Carnival, qui ne sont pas opposées au projet de construction) ont leur siège non loin de l’aéroport, de l’autre côté de la ville, dans une zone urbaine où le loyer est considérablement moins élevé. Pourquoi Royal Caribbean occupe-t-elle plusieurs milliers de mètres carrés sur une parcelle immobilière de premier plan ? Parce qu’elle ne paie pas de loyer, grâce à un accord signé avec le port en 2011. Et la compagnie maritime veut conserver ce privilège. On a connu meilleurs arguments.

Armé de moyens financiers solides, l’entreprise de tourisme fait tout de même beaucoup de bruit. Un vacarme qui devrait s’éteindre rapidement, quand la population réalisera la supercherie.

Un deuxième site est sous intense observation. Proposé par le maire du comté, il se situe juste à côté de l’American Airlines Arena, la salle du Miami Heat, en bord de mer et en plein centre-ville. Dès l’annonce, de nouveaux opposants ont surgi, mais l’équipe de Beckham ne se fait pas trop de soucis. Cette parcelle est la propriété de la ville de Miami, pas du comté. Pour que Beckham soit autorisé à la développer, il faut l’aval de la communauté via un référendum. Contre-temps ? Loin de là.

– L’idée d’un référendum nous réjouit. Nous savons, nous voyons que la population veut une équipe de football avec un stade de rêve. C’est bien mieux d’engager un dialogue avec les habitants qu’avec les politiciens, s’enthousiasme Marcelo Claure.

Malgré tout, le climat n’est pas optimal, fatiguant bon nombre de citoyens, dont la journaliste Michelle Kaufman.

– On a le joueur le plus célèbre du monde qui veut venir chez nous, et au lieu de l’accueillir à bras ouverts, on est sceptiques, on le met en cause, on diffuse de fausses informations. Comme d’habitude, les politiciens ruinent tout à Miami. Le moindre projet doit se faire après une bataille sanglante.

S’ajoute à cela la frustration des habitants. Il y a quelques semaines, la MLS a annoncé en grande pompe l’arrivée d’une équipe à Atlanta, créée par Arthur Blank, propriétaire de la chaîne de magasins de bricolage Home Depot et de l’équipe de football américain Atlanta Falcons. Les deux équipes joueront dès 2017 dans un stade flambant neuf qui a coûté à son propriétaire 1,2 milliard de dollars.

Fernando Fiore était à la réception, un goût amer dans la bouche.

– C’était triste de voir une autre ville obtenir une franchise officiellement, de voir le maire présent, de voir tout le monde derrière le football. Ici tout est un problème. Et si tout ça, au fond, finissait par ennuyer Beckham ? Est-ce qu’il ne va pas décider de laisser tomber, d’aller dans une autre ville ?
 

Londres

Fin de notre périple à Londres, là où tout a commencé pour David Beckham. Ce soir-là, nous sommes sur le toit d’un club privé. Beckham présente sa dernière collaboration avec H&M. La foule est dense, les reporters de mode sur les nerfs. Assis sur un canapé en osier, il enchaîne les interviews. Les journalistes « importants » ont droit à une entrevue en tête-à-tête, mais toujours accompagnés des publicistes de la star. Les autres posent des questions en groupe, dans un « pool ».

Fin du temps réglementaire. Plus de questions. David a terminé sa journée, annonce son entourage. C’est le moment de l’agripper et de le coincer en catimini. Coup de reins, sourire charmeur, quelques phrases d’explications à Simon Oliveira, le publiciste de Beckham. Gagné ! J’ai quelques minutes.

– Ma première question est simple : pourquoi ? Pourquoi créer un club ? Autant y aller franco, me dis-je.

– J’ai eu une belle carrière, j’en suis conscient, mais j’en veux plus. Je veux rendre à ce sport tout ce qu’il m’a apporté. Avoir une équipe à Miami est l’un de mes rêves depuis que j’ai rejoint la MLS. C’est plus que de la passion, c’est laisser une trace. Dans vingt ou trente ans, je veux que mes enfants rentrent dans ce stade et disent : « Mon père a fait ça ! » réplique-t-il.

C’est dit avec tact, précision et rapidité. À la seconde où il finit de répondre, il me regarde avec des yeux impatients. Les choses doivent vite s’enchaîner. « Next question ? ». Pas de place pour l’hésitation. Les questions, c’est comme s’il n’avait pas le temps de les écouter, il veut répondre, vite.

– Vous étiez à peine à la retraite que votre arrivée à Miami était annoncée. Vous aviez préparé le terrain... (il me coupe).

– Je voulais être sûr d’avoir quelque chose une fois que ce serait fini. Je voulais m’atteler à un nouveau projet très vite, et pour cause, je suis parti à Miami deux jours après la fin de la saison avec le PSG.

Mes questions sont trop longues apparemment, j’ai compris le message.

– USA, not England. Why ?

– M’engager dans un club anglais aurait été la solution de facilité.

Autrement dit, « créer une équipe aux États-Unis est un vrai challenge pour moi ». Difficile d’en savoir plus. Ces quelques minutes passées seul à seul avec lui ne font que renforcer l’idée générale : Beckham n’a pas beaucoup de temps à accorder à qui ce soit. Il est déjà très occupé à relever l’un des plus grands défis du football moderne : créer le Miami Beckham United.

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