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La fille de la mer
Jenna de Rosnay

La fille de la mer

Le 16 juillet 2012

Elle fut la reine de la planche à voile, avant de devenir l'impératrice du maillot de bain. Véritable icône des années 80, Jenna de Rosnay a toujours les pieds dans l'eau.

Il est à peine 8 heures du matin à Hawaï et, déjà, elle a les pieds dans l’eau. « Je viens de faire mes 200 mètres de nage du matin. J’ai aussi eu le temps de ramasser quelques coquillages », dit-elle au bout du fil. « Là, je me suis posée au bord de la mer, juste devant la maison. Je peux voir l’isthme, le soleil se lève, le vent souffle un peu. J’habite au nord de l’archipel. Ce n’est pas là que les touristes traînent. En revanche, les surfeurs... » Jenna de Rosnay a grandi dans l’eau, sur l’eau et par l’eau.Née en Californie, élevée à Hawaï, elle a d’abord été championne de surf. Au début des années 80, elle est devenue la reine mondiale de la planche à voile avant de se transformer en icône, à la fois fantasme masculin et féminin. Elle a fini par lancer une marque de maillots de bain qui a fait un carton.Aujourd’hui, à 49 ans, la belle blonde passe son temps entre Londres, Paris et Hawaï, où elle s’occupe de Puka Puka, son concept store. « Nous vendons des maillots de bain, des bijoux, de l’art local », énumère-t-elle dans un français parfait, à peine ponctué d’un charmant accent américain. « Nous donnons leur chance à de jeunes créateurs ou artistes. Récemment, nous avons organisé une expo en l’honneur des “shapers”, ces gars qui fabriquent les planches. »

 Quand j’ai commencé la planche à voile, ce n’était absolument pas glamour. J’ai eu la chance de gagner quelques titres, de faire tomber quelques records, et on s’est intéressé à moi.

Une fille Culte
« Mon père John est photographe. En 1960, il a créé Surfer Magazine, le tout premier magazine de surf », raconte-t-elle. « Il m’a mise sur une planche de surf dès l’âge de 18 mois. À cette époque, nous habitions en Californie mais nous venions passer tous les hivers à Hawaï. Mon père cherchait inlassablement les grosses vagues. Quand j’ai eu 7 ans, nous sommes venus nous installer ici à temps plein. Nous habitions loin de la plage, dans les montagnes. Il y avait les chevaux, les champs, les cow-boys, les feux de cheminée le matin... Ce n’est pas le décor que l’on associe spontanément à Hawaï, mais nous étions toujours dans l’eau. » Alors que Jenna n’a que 13 ans, toute la famille part sur la route, sans sou ni point de chute. Le tour du Pacifique dure un an. « Nous sommes allés en Nouvelle-Zélande, aux îles Fidji, aux Samoa, à Tahiti aussi. Quand j’y repense, j’ai l’impression que cette année a été très importante pour moi. J’ai pu me confronter à d’autres cultures, rencontrer des copains. J’étais très impressionnée par les petits tahitiens parce qu’ils parlaient français. Plus tard, à Hawaï, quand on nous demandait si on voulait apprendre l’espagnol ou le français, tout le monde choisissait l’espagnol. Moi, c’était le français. » Son histoire avec la France naît sans doute à ce moment-là. Elle se concrétise à la fin des années 70, lorsque Jenna rencontre le frenchy Arnaud de Rosnay, photographe pour Surfer Magazine, pionnier de la glisse et aventurier au long cours, auteur dès 1977 d’une improbable traversée en planche à voile du détroit de Bering, séparant la Sibérie orientale de l’Alaska.

Je me souviens d’une séance de mode pour Vogue. On était deux filles sur un bateau. L’autre mannequin portait des robes incroyables, c’était la fille glamour. Moi, j’étais la sportive en K-way ! 

C’est en France que Jenna deviendra une icône, une sportive culte. « Franchement, je n’ai rien calculé » confesse-t-elle. « Quand j’ai commencé la planche à voile, ce n’était absolument pas glamour. J’ai eu la chance de gagner quelques titres, de faire tomber quelques records (elle a, en toute modestie, battu six fois le record du monde de vitesse – ndlr) et on s’est intéressé à moi. Je ne l’ai pas cherché. Je n’ai jamais eu d’attachée de presse ou de manager. » L’agence de mannequins Ford a l’heureuse idée de frapper à sa porte. Tout au long des années 80, Jenna – silhouette parfaite, cheveux blonds et sourire rayonnant – incarne un mode de vie sain et sportif. C’est un peu l’amazone maritime de la pub Pacific en version funboard. Elle est en une de tous les magazines de mode, dont Vogue. L’ultime classe. « À cette époque », se souvient-elle, « je recevais beaucoup de lettres de femmes, plus que de lettres d’hommes d’ailleurs. Elles me remerciaient. Elles disaient que j’étais un modèle pour elles, que je les aidais à se sentir plus saines, plus à l’aise dans leur corps. Cela me faisait plaisir d’incarner de bonnes valeurs. J’étais la fille sportive, jolie, sympa. Je me souviens d’une séance de mode pour Vogue dans les Caraïbes. On était deux filles sur un bateau. L’autre mannequin portait des robes incroyables, c’était la fille sophistiquée, glamour. Moi, j’étais la sportive en K-way ! Sur le coup, j’étais un peu contrariée, moi aussi je voulais faire la femme fatale. Récemment, j’ai revu les photos, et je préfère les miennes. Elles me ressemblent, c’est vraiment moi. Mais quand on est jeune, on ne voit pas forcément les choses comme ça. Il faut du temps pour apprendre à se connaître et savoir ce que l’on veut. »

Nouvelle vague
Alors que sa marque de maillots est en « stand-by suite à des problèmes de distributeurs », Jenna de Rosnay éprouve désormais le besoin de faire quelque chose de créatif en famille. « Avec Puka Puka, j’ai pu exposer le travail de mon père, nous vendons les bijoux artisanaux réalisés par ma fille et je travaille aussi avec ma mère, qui est styliste, à la fabrication de vêtements en petite série. Cela me rappelle des souvenirs car, en 1988, quand j’ai lancé ma marque de maillots de bain, c’était déjà ici, avec ma mère. Dans la famille, tout le monde est sportif, mais aussi un peu artiste dans l’âme. »
Ce n’est donc pas complètement un hasard si Jenna de Rosnay partage aujourd’hui sa vie avec Emmanuel de Buretel, patron du label de musique Because, manager des groupes les plus excitants du moment – de Justice à Metronomy – et également en charge de la carrière de pointures installées comme Booba, Moby ou Cassius. « Je ne suis peut-être pas objective, mais je trouve que ce que fait Emmanuel est génial », dit-elle. « Il a une vision, il trouve des artistes et les fait grandir. Je me souviens du jour où il a découvert Metronomy. Il avait mis son réveil à une heure du matin pour aller les voir dans une petite salle improbable. Il était convaincu qu’ils avaient énormément de potentiel. Et cela s’est confirmé. Pareil pour Selah Sue. Il fallait avoir de l’imagination pour croire qu’elle pourrait devenir ce qu’elle est aujourd’hui. En fait, je crois qu’on a tous les deux la même envie : aider des jeunes artistes à se développer. » Elle s’interrompt brutalement : « C’est incroyable, je viens de voir une énorme tortue sortir, là, juste à côté ! » La fille de la mer, encore et toujours.

 

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