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Le dieu du stade
Bryan Clay

Le dieu du stade

Par Paul Miquel , le 04 juillet 2012

Le sportif idéal du XXIe siècle, c'est lui. Champion olympique du décathlon, Bryan Clay incarne une certaine idée de la perfection et du rêve américain. Ralph Lauren -?qui habille l'équipe US aux JO depuis 2008?- l'a choisi dans son commando fashion. Et nous, on l'a hissé tout en haut de notre podium du style.

Jeux Olympiques de 1912, à Stockholm. Le roi Gustav V de Suède s’apprête à remettre la médaille d’or du décathlon à Jim Thorpe, une légende de l’athlétisme mondial, un extraterrestre de la performance. Quelques secondes avant la poignée de main protocolaire, le monarque scandinave s’adresse au champion américain, sa voix trahissant une franche admiration : « You, sir, are the world’s greatest athlete ». Gustav V avait le sens de la formule et l’esprit de synthèse. Depuis, cette expression royale a été gravée dans le grand livre de l’histoire des Jeux, le champion olympique de décathlon étant considéré – à juste titre – comme le plus grand athlète du monde. Car il en faut du courage, de l’abnégation et de la folie pour s’imposer les supplices du décathlon. Les décathloniens sont donc considérés comme les dieux du stade, les vrais. Il faut bien avouer que peu de sports sont aussi éprouvants.

Le décathlon est le seul sport où, à l’issue de la dernière course, tous les concurrents se réunissent pour faire un tour d’honneur ensemble. Après dix épreuves, alors que les organismes sont défaits par la douleur, chaque athlète trouve assez d’énergie pour s’offrir un dernier tour de piste.

En 48 heures, ces athlètes plus que parfaits doivent enchaîner dix épreuves et pousser leur corps jusqu’à l’extrême limite. Le programme ? Herculéen. 100 m, saut en longueur, lancer de poids, saut en hauteur et 400 m le premier jour. 110 m haies, lancer de disque, saut à la perche, lancer de javelot et 1 500 m le second. À côté de ça, une épreuve de sprint ou un 3 000 m steeple s’apparenterait presque à une promenade de santé. « Le décathlon est aussi un creuset de traditions », enchaîne Bryan Clay. « C’est le seul sport où, à l’issue de la dernière course, le 1 500 m, tous les concurrents, du premier au dernier, se réunissent pour faire un tour d’honneur ensemble. Après dix épreuves, alors que les organismes sont défaits par la douleur, chaque athlète trouve assez d’énergie pour s’offrir un dernier tour de piste. » C’est en cela que le décathlon est beau. C’est en cela qu’il perpétue, depuis 1912 et son introduction au programme officiel des Jeux, les authentiques valeurs de fraternité et de dépassement de l’olympisme. Et c’est pour ça que les décathloniens sont à part. « Nous formons une communauté, presque une confrérie », reconnaît Bryan Clay.

Bryan Clay ? Beaucoup moins célèbre qu’Usain Bolt, cet athlète américain de 32 ans aux mensurations honorables (1,78 m, 82 kg) a fait de son anonymat médiatique une force. Son palmarès athlétique laisse pourtant rêveur : champion olympique aux JO de Pékin (2008), médaillé d’argent aux JO d’Athènes (2004) et champion du monde à Helsinki (2005). Voilà rapidement pour le CV. Après sa consécration aux Jeux de Pékin, Bryan Clay avait songé à raccrocher ses pointes. Des blessures, un manque d’envie, une overdose de sport. Et puis la flamme est revenue.

Contrairement aux idées reçues, mon titre de champion olympique de 2008 n’a pas changé ma vie.

L’envie de laisser une trace ? Pas seulement. Gagner une troisième médaille aux JO de Londres était évidemment son objectif. Même le Britannique Daley Thompson, double champion olympique en 1980 et 1984, n’avait pas réussi cette incroyable passe de trois. Bryan Clay voulait marquer l’histoire, mais l’histoire en a décidé autrement. La faute à l’avant-dernier obstacle du 110 m haies disputé aux sélections américaines, fin juin à Eugene dans l’Oregon. Pour se qualifier aux Jeux de Londres, Bryan Clay devait terminer sur le podium de cette compétition qualificative. C’est donc raté. À cause d’une maudite haie, et d’un zéro pointé au lancer de disque dans la foulée. Déçu mais digne, ce boy next door au sourire d’ange a pourtant tenu à terminer l’épreuve. « Tout le monde m’a encouragé à finir » a-t-il expliqué.  « Je ne voulais pas que mes enfants, qui étaient dans les tribunes, se souviennent du jour où leur père n’a pas fini le décathlon. Je veux être un modèle pour eux. » Comme un héros américain. « Contrairement aux idées reçues, mon titre de champion olympique de 2008 n’a pas changé ma vie », explique-t-il en marge du shooting photo réalisé pour Sport & Style, sur le campus de l’université Azusa Pacific, en Californie, près de Los Angeles. « Je suis d’abord un mari et un père (de trois enfants – ndlr). J’aime aller voir des compétitions de natation et des tournois de gymnastique, construire des cabanes avec mes enfants dans le jardin. Pour eux, je reste simplement papa. Et j’aime cette idée simple. » Simple, la vie de Bryan Clay ne l’a pas toujours été. Tout est expliqué dans le livre autobiographique qu’il vient de publier aux États-Unis. Le titre ? Rédemption.

Né à Austin, au Texas, d’un père noir et d’une mère immigrée japonaise, il grandit à Hawaï où sa famille déménage quand il a 5 ans. À 10 ans, ses parents divorcent. Début des problèmes. Le môme perd ses repères. Crise d’adolescence. Sévère. « J’ai fait des bêtises à cette époque », glisse-t-il. Mais sa mère veille. À la maison, le jeune Bryan est éduqué à la japonaise : respect des anciens, soupe traditionnelle ozoni pour les fêtes et transmission d’un certain sens de la mesure. Il débute l’athlétisme au lycée et commence à percer à l’université. La suite se raconte comme dans un roman américain où il serait question de la destinée olympique d’un jeune métis de la middle-class. Une histoire de victoire du bien contre le mal, celle d’un self made man du sport avec story-board positiviste et happy end. Le scénario préféré des Américains. Outre-Atlantique, les sponsors adorent ces vies-là, cousues d’or et de sueur.

Pas de surprise dès lors, si – comme le nageur Ryan Lochte – Bryan Clay fait aussi partie du petit cercle des ambassadeurs sportifs de Ralph Lauren, qui a réalisé les tenues officielles de l’équipe olympique américaine pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des JO de Londres. Bryan Clay en est à la fois honoré et amusé : « Jusqu’à peu, le monde de la mode m’était complètement étranger. Mon style de vie est très californien, plutôt cool. Mais, maintenant, je ne choisis plus le premier T-shirt sur ma pile de fringues. Je prends mon rôle d’ambassadeur très au sérieux ». Et les échos de voix de Gustav V de résonner à nouveau : « You, sir, are the world’s greatest athlete... of style ».

 

BIO EXPRESS
1980 Naissance le 3 janvier à Austin, Texas.
1985 Déménagement à Hawaï.
1990 Divorce de ses parents.
2002 Diplômé de l’Azusa Pacific University, Californie.
2004 Médaille d’argent du décathlon aux JO d’Athènes.
2005 Champion du monde de décathlon à Helsinki.
2008 Champion olympique de décathlon à Pékin.
2010 Champion du monde d’heptathlon (indoor) à Doha.
2011 Blessures à répétition.
2012 Membre de l’équipe « olympique » de Ralph Lauren.

 

 

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