X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
« J’aimais la mode, je voulais que ça se voie »
Carl Lewis

« J’aimais la mode, je voulais que ça se voie »

Par Paul Miquel , le 30 octobre 2014

Carl Lewis, c’est huit titres de champion du monde et neuf médailles d’or olympiques, le plus grand sportif du XXe siècle. Une légende, mais pas seulement. C’est aussi – et surtout – le premier athlète à avoir su capitaliser son style.

Quand on se replonge dans le grand album photo des JO de Los Angeles, on comprend mieux votre style. Aviez-vous alors conscience d’être une icône de mode ?
C’est drôle que vous parliez de mon look au moment des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984. À cette époque, j’étais à mort dans la mode. J’adorais ça. Et contrairement à certains qui parlent de fringues du matin au soir sans jamais rien acheter, moi, j’avais déjà les moyens de mes envies. Financièrement, je pouvais quasiment tout me permettre. J’achetais ce qui était tendance, ce qui me plaisait. J’étais à l’affût. Je regardais ce qui se passait dans le cinéma, le show-business. Michael Jackson était pour moi une source d’inspiration infinie. Les années 80 étaient une époque incroyable, tout était jouable !

Comment est né cet attrait un peu narcissique du style ?
Mes parents étaient professeurs de sport, d’athlétisme. Enfant, je n’avais aucune idée de l’importance de l’apparence, de la mode, de tout ça. Quand je suis entré à l’université, à Houston, j’ai commencé à saisir certaines choses. J’ai tout de suite compris que le style devait être partie intégrante de mon image de marque en tant que jeune athlète. J’ai eu cette prise de conscience à la fin de ma dernière année de lycée. Je devais avoir 17 ans. Et puis j’ai commencé à gagner ma vie en remportant des courses. Et très rapidement, j’ai percuté : gagner sur la piste ne suffisait pas, il fallait aussi que je me construise une image personnelle. J’étais ma propre entreprise. Il me fallait bâtir mon image, me « logoter » pour ainsi dire. Et c’est comme ça j’ai commencé à m’intéresser à la mode. Je me renseignais sur ce qui était tendance, je prenais des infos sur les designers à la mode, tous ces trucs...

Vous avez effectivement été l’un des pionniers de la professionnalisation de l’athlétisme. Avec Joe Douglas, le manager du Santa Monica track club, vous négociez vos participations dans les meetings européens. Chacune de vos apparitions était monnayée. Vous avez d’une certaine façon désacraliser l’argent dans l’athlétisme de haut niveau. Vous avez aussi été l’un des premiers athlètes à comprendre qu’il ne fallait pas simplement gagner des courses pour être performant, mais qu’il fallait aussi travailler sur son image, façonner son nom comme une marque. Cela peut sembler évident aujourd’hui mais, à votre époque, c’était presque révolutionnaire, non ?
J’ai compris ça assez rapidement pour être honnête. À 18 ans, j’ai vite pigé que le marketing, la mode, l’image et les relations publiques devaient être comprises dans le package du sportif de haut niveau. Je vais prendre un exemple : vous souvenez-vous de ma coupe de cheveux aux Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984 ?

Oui, bien sur, c’était une brosse au carré, très militaire, à la Grace Jones...
Exactement. C’était une idée de l’un de mes cousins qui était alors barbier. C’est lui qui m’a coupé les cheveux ainsi. Il était persuadé que ce serait une bonne idée. Et je crois qu’il avait raison. À cette époque, j’étais vraiment obsédé par mon look. Quand j’ai été sélectionné dans l’équipe olympique américaine, en 1984, j’ai demandé au chef de la délégation sept équipements complets. Je ne voulais pas les faire laver quotidiennement. Pourquoi ? Parce que je voulais les porter rutilants, immaculés. Et si vous regardez attentivement les photos de l’époque, vous verrez que mon look était vraiment soigné. L’équipe américaine était sous contrat avec Kappa et moi déjà avec Nike. Les gars de Nike avaient fait réaliser des pointes sur-mesure pour moi et, surtout, des chaussettes avec mon nom brodé. Je les portais toujours de la même manière, jamais tirées jusqu’en haut, légèrement retroussées. Et les deux de la même longueur. C’était pareil avec le cordon de serrage de mon short. Je le laissais toujours à l’extérieur. C’était ma marque de fabrique, un signe assumé de coquetterie.

Pourquoi, par superstition ?
Non, pas du tout. Je voulais simplement être différent. J’aimais la mode, je voulais que ça se voie, ou du moins que ça se sente. Autre exemple : les shorts. Dans les années 80, les nôtres étaient courts, beaucoup plus courts que ceux de maintenant. Et les miens étaient encore plus courts. C’était un choix délibéré de ma part. J’aimais aussi les combinaisons intégrales à peu près pour les mêmes raisons. Nous étions des athlètes de haut niveau et nos corps étaient – il ne faut pas avoir peur de le dire – sublimes. Et j’étais fier du mien. Je voulais que les gens, le public, les fans le voient, l’admirent. C’est la raison pour laquelle je portais les shorts les plus courts possible.

Plus qu’une manie, une stratégie marketing ?
Oui, absolument. C’était exactement ça. En dehors des terrains de sport, j’aimais porter des smokings noirs mais aussi de toutes les couleurs, des cravates de cuir, tout le tralala.

C’est toujours le cas ?
Oui, j’aime toujours ça mais je n’ai plus 20 ans. J’ai la cinquantaine. Et je suis un fan absolu de Giorgio Armani. Je suis heureusement encore fit, ce qui me permet de porter de temps en temps du Dolce & Gabbana. À mon âge, généralement, les hommes commencent à s’éloigner de la mode. Pas moi. J’ai la chance d’avoir un corps plutôt correct et surtout les moyens de me payer à peu près tout ce qui me fait envie.

Athlète, vous aviez clairement la volonté d’être au top stylistiquement. Sur la piste, mais aussi en dehors...
Sur la piste, j’étais sous contrat avec Nike. Depuis 1981, pour être exact. À l’époque, j’étais un nouvel athlète et Nike était une marque naissante. Les designers fabriquaient des tenues invraisemblables, des combinaisons d’athlétisme qu’on n’avait jamais vues auparavant. Et je leur disais : « Donnez-moi ces nouvelles combinaisons, je veux les essayer ! ». Et c’est comme ça que j’ai été le premier sprinteur à tester et à utiliser les combinaisons intégrales sur une piste ! C’était en 1982. Et c’était alors un projet relativement secret.

Quels étaient alors vos designers préfères ?
Je vais vous raconter un truc. En 1984, j’habitais à Houston et j’avais l’habitude d’aller dans une boutique... ah, impossible de me souvenir du nom de ce magasin, mais peu importe. C’était une sorte de concept-store très branché. Je m’étais lié d’amitié avec la patronne. Petit à petit, elle est devenue ma styliste personnelle, et ce pendant plusieurs années. Elle vendait des trucs incroyables, des vêtements de grandes marques bien sûr, mais aussi des collections de jeunes designers inconnus. Une année, j’ai été invité à la cérémonie des Grammy Awards. J’y suis allé en costume argenté avec un bermuda et des boots à talonnettes gigantesques, à l’image des chaussures que portait Prince ! C’était les eighties ! On n’avait peur de rien.

Prince porte des talonnettes parce qu’il est petit. Pas vous.
Non, c’est vrai, j’étais grand. Mais, même quand j’étais ado, au milieu des années 70, j’aimais porter des chaussures à talonnettes. Tout le monde aimait ça, c’était smart. Je voulais être dans la tendance, mec ! J’avais aussi à cette époque une belle coupe afro, des pantalons à pattes d’éléphant et des chemises avec des cols démesurés !

À la fin des années 90, vous avez lancé votre propre marque de vêtements. Comment cette histoire s’est-elle terminée ?
Plutôt mal (il éclate de rire) ! Pour être tout à fait exact, j’avais lancé deux marques. La première s’appelait Santa Monica Track Club, du nom de mon club d’athlétisme. La seconde, celle qui me tenait le plus à cœur, s’appelait Carl Lewis, tout simplement. C’était une marque de vêtements à l’esprit sportswear mais chic. Écoutez, voici comment l’idée est née. À l’époque, à Houston, j’allais à l’entraînement vers midi et je repartais chez moi en début d’après-midi. Le stade se trouvait dans un quartier bourgeois, classe moyenne supérieure. Avec toutes ces femmes bien sapées qui, le matin, déposaient leurs mômes à l’école dans leur 4x4 Cadillac rutilants et qui, ensuite, allaient jouer au tennis ou au golf avant de déjeuner avec leurs copines en ville. Puis elles retournaient à l’école pour aller chercher leurs enfants, rentraient à la maison pour préparer le dîner, faire les devoirs. Et ainsi de suite. Et je m’étais dit : ces femmes doivent se changer pour chacune de leurs activités. Du coup, pourquoi ne pas inventer une ligne de vêtements qui leur permettrait de tout faire sans avoir à se changer ? C’était loin de moi et de mes préoccupations personnelles, mais c’était une façon d’associer le sport à la mode. Nous étions alors en 1986. J’ai rencontré des investisseurs, des designers, des distributeurs...

Et ?
Et il y a eu des problèmes financiers. La marque a vécu trois ans.

En 2011 et 2012, vous aviez des visées politiques. Vous avez même failli vous présenter aux élections sénatoriales dans le New Jersey. Que s’est-il réellement passé ?
Je vais vous dire la vérité. Je vivais dans le New Jersey. La situation économique dans cet État était désastreuse. Les gens ne cessaient de se plaindre de la crise, des impôts, de la qualité médiocre des services publics, notamment dans les écoles. Dans le New Jersey, voyez-vous, le système scolaire est l’un des plus ségrégationnistes des États-Unis. Je vivais là-bas et je souhaitais aider les gens. Quand j’ai voulu me présenter aux élections, j’ai rapidement pris conscience que ceux qui étaient censés m’aider me mettaient en réalité des bâtons dans les roues. Du coup, quand j’ai jeté l’éponge, j’ai pigé : il est beaucoup plus simple de se plaindre dans les médias que d’essayer de faire quelque chose pour améliorer la réalité. Mais ce fut une expérience intéressante sur le plan personnel : j’ai rencontré des gens passionnés, travaillé sur des dossiers. Mais je ne voulais pas y aller pour rien. Au final, j’ai donc décidé de déménager.

Quelle est la vie de Carl Lewis aujourd’hui ?
Oh, je vais être honnête avec vous : ma vie est plutôt très organisée, quasiment régimentaire. En plus de mon rôle chez Nike, je suis aussi ambassadeur de bonne volonté auprès des Nations Unies. J’interviens ici et là, je voyage...
 

DÉCOUVREZ ICI LE MAKING-OF DU SHOOTING.

 

lire le magazine

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.