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La seconde vie d’Andre Agassi

La seconde vie d’Andre Agassi

Par Dominique Bonnot , le 14 novembre 2014

Il fait partie des plus grands joueurs de l’histoire du tennis, et ça ne lui fait ni chaud, ni froid. Pour Andre Agassi, ambassadeur Longines, l’homme qu’il est devenu compte davantage que le champion qu’il a été.

«Les titres, le tennis (on pourrait ajouter les coups de génie, les coups de blues, trente ans d’instabilité, de mal-être et de révolte – ndlr), c’était pour ça. » La fierté d’Andre Agassi, 44 ans, est tangible quand l’ex-Kid de Las Vegas désigne d’un geste circulaire l’ensemble des bâtiments ocre de « son » école, l’Andre Agassi College Preparatory Academy.

Inaugurée en 2001 dans un quartier de la banlieue de Las Vegas autrefois classé dangereux, l’Agassi Prep’ représente la partie émergée de l’iceberg façonné par l’ancien champion dès 1997, sous l’appellation Andre Agassi Foundation For Education. L’une ne va pas sans l’autre. La maison mère a pour objectif de faciliter l’accès à l’éducation pour les enfants défavorisés, dans le sud du Nevada et quelques autres États américains. Tandis que l’Agassi Prep’ représente pour les enfants pauvres de Las Vegas – à 95 % issus de familles afro-américaines en grande difficulté – une opportunité miraculeuse de suivre un cycle complet d’études de la petite maternelle à l’entrée en université. Mille deux-cents élèves externes, tous vêtus d’un uniforme correspondant à leur niveau d’études, occupent les locaux qu’Andre Agassi, accompagné de son ami et agent depuis toujours, Perry Rogers, a pratiquement fait lui-même sortir de terre, il y a quinze ans, une pelle à la main.

 

Agassi, l’école de la vie

Depuis 1997, terrible année où il a plongé dans la dépression et à la 141e place du classement ATP, Agassi consacre environ 70 % de son temps à l’éducation des jeunes enfants laissés pour compte de la société américaine. Autant que le temps consacré par son épouse Steffi Graf dans sa propre fondation, Children for Tomorrow. Située à Hambourg et soutenue par la maison horlogère Longines, elle est dédiée aux enfants traumatisés par les guerres. À chacun son combat. Celui d’Andre n’est pas né par hasard. « C’est intéressant de voir le parallèle entre mon propre parcours et ce que je fais maintenant », dit-il d’une voix douce comme un sourire. « Je n’ai pas eu l’occasion de choisir moi-même ma voie, je devais être bon au tennis, c’était ça ou rien. J’ai eu de la chance, je le suis devenu. Mais je pense que sans éducation, les enfants sont privés de choix pour leur vie et que, peut-être, ils n’auront pas la même veine que moi. J’ai eu la chance d’avoir le tennis, mais j’ai terriblement souffert de ne pas avoir reçu d’éducation et c’est ainsi que mon parcours m’a ramené naturellement au point de départ. L’éducation, c’est fondamental. Les enfants paient très cher la faiblesse du système de notre société actuelle. »

Si Agassi a toujours donné beaucoup de son temps et de son propre argent pour faire de ses convictions un engagement plus durable que sa propre vie, il a su s’entourer d’un staff de cadres administratifs, professeurs, psychologues et de parents bénévoles. « Ils sont là pour faire comprendre aux enfants combien il est important de bien travailler à l’école, d’avoir des valeurs, du respect pour soi-même, pour les autres, pour l’autorité, pour l’environnement. Ils leur expliquent que si on leur demande beaucoup, c’est parce qu’on estime qu’ils sont capables d’accomplir de grandes choses. Plus on place la barre haut, plus l’enfant se sent considéré. »

 

Le vrai job de ma vie, c’est de créer une différence dans la vie des enfants. 

 

Assurer l’avenir

Comme rien ne se fait sans financement, Agassi s’est associé à un partenaire suisse connu dans le monde entier pour la fiabilité de ses montres, tenant l’éducation pour la garantie d’un avenir meilleur. Juan Capelli, vice-président et directeur du marketing international de Longines, dont la première icône dans le domaine de l’aide à l’enfance défavorisée fut Audrey Hepburn, explique ce qui a poussé cette très ancienne maison horlogère fortement ancrée dans le monde du sport – tennis, ski alpin, sports équestres, gymnastique, tir à l’arc, etc. – à choisir Agassi plutôt que n’importe quel autre champion de tennis : « Nous avons un slogan depuis plus de vingt ans, c’est “Elegance is an attitude”. Pour nous tout vient de là, de l’élégance dans les actes. La tradition. La performance. Andre représente notre image, et nous soutenons sa fondation. Il y a même au sein de l’Agassi Prep’ une filière pour devenir horloger aux États-Unis, selon le savoir-faire suisse ! »
 

L’événement phare de leur aventure commune est un dîner de charité à 100 000 euros la table, Grand Slam for Children, que Longines organise au nom d’Agassi à Las Vegas tous les deux ans. On y croise des invités aussi prestigieux que Céline Dion, Barbra Streisand ou Bill Clinton, et il rapporte environ 21 millions de dollars à la fondation de l’ancien n°1 mondial. Sans compter les opérations ponctuelles comme le passage en coup de vent d’Agassi cette année à Roland-Garros, qui lui a permis de repartir avec un chèque de 50 000 dollars. Tout ce qui peut servir sa cause, Agassi l’accueille sans scrupules. Il l’a d’ailleurs confié dans son autobiographie, où il se souvient avoir mis en vente l’alliance que sa première épouse Brooke Shields lui a laissée... pour grossir l’enveloppe de départ nécessaire à la réalisation de son école. Cette biographie parue en 2009, dans laquelle le lecteur découvre quelques frasques secrètes du Kid de Las Vegas, aurait pu lui faire grand tort. Mais on n’était plus à l’époque de ses débuts et du slogan « Image is everything », qui lui a pourtant longtemps collé à la peau. « Andre Agassi n’est pas une personne parfaite en apparence », reprend Juan Capelli. « C’est quelqu’un capable de dire : voilà qui je suis, j’ai fait des erreurs dans ma vie, mais j’ai compris certaines choses et aujourd’hui, je fais ça. Nous avons immédiatement et sans réserve soutenu Andre Agassi quand le livre est sorti, parce que nous sommes bien placés pour savoir ce qu’il apporte vraiment à la société.»
 

Avant de refermer derrière nous les portes d’un collège modèle où chaque mur est orné de dessins colorés remplis de bons sentiments, on s’inquiète de savoir si les enfants que l’on a vu chanter, réciter leurs leçons, manipuler les souris d’ordinateur et crier joyeusement dans la cour de récré, ont conscience de la chance qu’ils ont d’avoir croisé un être dont la seule façon d’être heureux est de donner. Agassi ne veut pas laisser le moindre doute affleurer. « Je n’ai absolument pas besoin que les enfants me disent merci. Peut-être que mon implication personnelle, mes efforts sont quelque chose de positif pour eux, mais je le fais parce que je suis intimement persuadé que c’est leur droit de recevoir une éducation digne de ce nom. » Et juste avant de monter dans sa petite voiture noire, vêtu d’un simple jean et d’un T-shirt ajusté sur un corps affûté, il lâche : « Tout le monde apprécie le fait d’être reconnu pour ce qu’il fait. Mais ce n’est pas ce qui me fait me lever chaque matin. Le vrai job de ma vie, c’est de créer une différence dans la vie des enfants. Et j’en suis beaucoup plus fier que de tout ce que j’ai pu accomplir dans ma carrière de tennisman. » On le regarde dans les yeux. Et on le croit sur parole.

 

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