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Un futur grand
Marco Verratti

Un futur grand

Par Jérôme Touboul , le 04 février 2015

Un regard perçant, un sourire perforant. Voilà tout Marco Verratti. Si sa cote est montée en flèche, c’est sûrement parce que le petit du PSG concentre dans son style l’essentiel du nouveau foot.

Il peut en témoigner : la vie peut être satirique au point de vous planter un jour face à 250 journalistes qui ne sont pas venus pour vous voir. Ce 18 juillet 2012, Paris se découvre un centre de gravité suédois en même temps qu’on vient lui présenter Marco Verratti, jusque-là acteur de Série B, la deuxième division italienne. Dans l’auditorium du Parc des Princes, « Ibra-la-Star » n’est pas encore entré en scène. Alors, comme on ferait les balances avant un concert, le PSG invite son Italien de 19 ans à décrire sa première journée dans un club qui entend faire de plus en plus de bruit. Sur le moment, les mots sortent au compte-goutte. Il semble s’exprimer, surtout, avec ce regard si pénétrant que ses coéquipiers le surnomment immédiatement « il gufetto », le petit hibou. Il raconte cette première matinée parisienne à s’entraîner avec des joueurs qu’il regardait « jusqu’à maintenant à la télé ». Il se qualifie d’« anonyme », conscient de l’océan qui le sépare encore des géants, ces Ibrahimovic et Thiago Silva dont il partage dorénavant le vestiaire. Et la quête de gloire : « Je suis jeune, j’ai envie de prouver mon talent et, dès que je jouerai, je chercherai à apporter ma pierre à l’édifice ».

En s’écoulant, le temps a peu à peu levé le voile qui enveloppait cet énigmatique post-ado façonné au club de Pescara, au cœur des Abruzzes, sur la côte adriatique de la Botte. L’ovni a été identifié. En premier lieu, Marco Verratti parle beaucoup, porté par une spontanéité qui l’amène – dès ses premiers matchs – à râler devant les arbitres français en italien et à se muer en machine à empiler les cartons jaunes. Autre révélation : il avait beau n’avoir jamais disputé le moindre match de première division avant de rejoindre le PSG version Qatar, il est bien ce milieu de terrain de grande classe qui justifiait, aux yeux du club parisien, de verser 11 millions d’euros à son club formateur.

À 22 ans, « Marcolino », ex-adorateur de Zidane, brille déjà par son art de fusionner des dribbles osés, des tacles fougueux et des passes qui peuvent tout changer. Verratti ou le jeu trempé dans l’adrénaline. L’été dernier, Cesare Prandelli, sélectionneur italien, l’a même emmené déguster une Coupe du monde au Brésil. Éliminée dès le premier tour, la Squadra Azzura n’a pas brillé mais Verratti, qui a encore sa vie de footballeur devant lui, a pu approfondir son exploration du grand monde. En club comme en sélection, son nom sonne désormais comme une évidence. À Paris, la machine semble trembloter dès lors qu’on lui retire son ressort électrique floqué du numéro 24. Pour avoir osé le sortir de l’équipe lors du choc perdu en décembre à Barcelone (1-3), alors qu’il était le phare du collectif parisien, Laurent Blanc a essuyé une tornade de critiques. Intouchable, Verratti ? Presque. Parce qu’il est très bon. Et très souvent. Parce que même si certains de ses élans restent encore teintés d’excès, l’Italien diffuse sur l’équipe une énergie capitale et une confiance en soi sans laquelle un sportif n’oserait jamais regarder l’Everest dans les yeux.

Un Italien à Paris
Au fond, Marco Verratti est rapidement devenu parisien, des restaurants italiens de Saint-Germain-des-Prés aux balades au Champ-de-Mars via des sessions shopping rue Saint-Honoré. Parisien, mais pas people. Il lui est arrivé de s’afficher la nuit, notamment lorsqu’il fêta ses 21 ans, un soir de novembre 2013, à la Gioia, le restaurant du VIP Room. Il a célébré ses deux premiers titres de champion de France sans se cantonner forcément au soda. Mais il reste avant tout un jeune homme discret, qui pouponne depuis un an le petit Tommaso dans son appartement de 400 m2 à Neuilly-sur-Seine, où il a emménagé après les premières semaines passées dans des hôtels de l’avenue de Wagram ou du quartier de l’Opéra. Entre crampons et biberons, une vie de responsabilités qu’il lui faut concilier avec l’explosion de sa notoriété. Une nouvelle dimension qu’il vit avec détachement, à l’observer combiner maquillage et interview face à un miroir du Studio Zéro, dans le Xe arrondissement de Paris. Un seul micro, cette fois, tandis qu’émerge le décor musical de son shooting autour des sons de Die Antwoord, le groupe électro-rap sud-africain. À 22 ans seulement, une vie déjà bien remplie... « Je suis un garçon chanceux. C’est vrai que j’ai déjà connu tant de choses à mon âge. Mais je vis aussi avec l’idée qu’il me reste beaucoup d’ambitions à accomplir, d’émotions à ressentir dans mon travail comme avec ma famille. »

Le choix de Marco
Fabrizio, le père, est employé dans un service de recouvrement de créances fiscales. Lidia, la mamma attentionnée, est toujours restée au foyer. Si ses parents se sont séparés à peu près au moment de son transfert à Paris, la famille dessine ce cocon que Marco Verratti a placé en priorité dans ses bagages. L’enfant de Manoppello, petite bourgade de 7 000 habitants, a basculé soudain de l’atmosphère villageoise des Abruzzes au bouillonnement de la mégapole parisienne. Entre ces deux vies, deux traits d’union. Laura Zazzara, la compagne qu’il a connue à quinze ans et qui n’a pas attendu qu’il gagne trois millions d’euros par an pour le trouver beau et fort. Et Stefano Verratti, 27 ans, venu vivre à Paris un peu comme un frère à tout faire, chargé de « fluidifier » le nouveau quotidien de Marco en France et d’étirer au-delà des frontières l’attachement du joueur à ses racines, à sa dolce vita d’avant. Témoignage de l’aîné de la fratrie, qui patiente sur un canapé pendant que Marco entame son face-à-face avec le photographe. « Enfant, Marco ne pensait qu’au ballon. C’était son obsession. Même à l’école, je crois qu’il n’y allait que pour jouer au foot avec ses copains ! Il a gardé la même simplicité de vie depuis qu’il est arrivé à Paris. Il est heureux et épanoui. Pourtant, au début, ça a été difficile. Marco était habitué à jouer dans le club de la ville la plus proche de son village. Partir si loin, dans une ville tellement plus grande, c’était comme s’exiler vers une autre planète. Mais partir au PSG est une opportunité qu’il ne pouvait pas refuser. Ses proches le lui ont dit et ça l’a beaucoup aidé à accepter l’idée de quitter sa région natale. »

Quelques instants plus tôt, Marcolino avait évoqué ce cordon si compliqué à couper qu’il avait fini un jour par pleurer pour supplier le grand AC Milan de cesser ses sollicitations. Abruzzes, famille, amis, une trinité longtemps impossible à briser. « Au début de l’adolescence, j’aurais pu partir à Milan. Mais je n’ai pas voulu. Je me disais : attends, jouer au foot, tu peux très bien le faire avec tes copains d’enfance ! Alors, pourquoi partir ? À cet âge-là, je ne voyais le foot que comme un truc fun. Pas du tout comme un job. Et s’amuser, pour moi, c’était rester avec les copains de toujours. Je ne voulais pas penser au futur, seulement profiter du présent. »

Enfant, il s’est beaucoup amusé, ballon au pied, dans les ruelles de Manoppello, connu en Italie pour son sanctuaire qui abrite depuis 1506 le Santo Volto (Sainte Face), cette image du Christ imprimée sur un voile. Il a aimé son enfance et s’attache à en cultiver les saveurs, du calcio aux fourneaux. Quand il retourne au village, c’est aussi pour le plaisir des arrosticini, des brochettes de viande typiques des Abruzzes. Peu après son arrivée à Paris, son père a avalé au volant un aller-retour de 26 heures pour lui apporter « de l’huile d’olive, du jambon cru, de la sauce tomate faite avec des produits du jardin ».

Il ne faut pas se mentir : comme Ibra, Thiago Silva ou Edinson Cavani, Marco Verratti est un peu venu à Paris à reculons. Originaire lui aussi des Abruzzes, Donato Di Campli, son agent, livre son éclairage, instructif. « Au début, après l’offre transmise par Leonardo, Marco ne voulait pas aller au PSG. Il avait peur. Il voulait rester avec ses copains de l’équipe de Pescara. Et puis, au début du mois de juillet 2012, il m’a envoyé un message : “OK pour Paris”. » Grâce soit ici rendue à Damiano Zanon. Sans ce défenseur italien de Pescara de neuf ans son aîné, le brillant Marco n’aurait peut-être jamais rejoint Paris et ses lumières. « Zanon lui a dit qu’il serait fou de rater cette chance d’aller là-bas ! », raconte Donato Di Campli. « Pour Marco qui tergiversait beaucoup, cela a sonné comme un déclic. » Au moment où l’inattendu Verratti atterrit à Paris, son recrutement s’inscrit dans la stratégie impulsée par Leonardo, ce directeur sportif brésilien décidé à puiser allégrement dans les ressources d’un football transalpin devenu moins puissant que le Paris de Qatar Sports Investments. « Un jour », poursuit Di Campli, « Ariedo Braida, alors dirigeant de l’AC Milan, a lâché à Leonardo : “Aujourd’hui, nous n’avons plus l’argent pour acheter un joueur comme lui. Mais prends-le sans hésiter. C’est un futur champion”. »

 

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